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Composition d’un groupe d’analyse des pratiques professionnelles : A quoi être vigilant ?

composition groupe analyse des pratiques

En mai dernier, je rédigeais l’article “Composition d’un groupe d’APP : qui décide ?
Voici, dans la continuité,  un article qui tente d’établir les conséquences et les points de vigilance en fonction de la composition du groupe.

Notions d’homogénéité et d’hétérogénéité

La composition du groupe dAnalyse des Pratiques Professionnelles est une variable déterminante du pilotage des GAP. C’est la notion d’homogénéité / hétérogénéité du groupe des participants qui en est la clé de voûte. En effet, un groupe, suivant son curseur homogénéité/hétérogénéité, conduira l’outil APP à travailler certaines dimensions stratégiques pour le service plutôt que d’autres, et impliquera, de fait, pour l’intervenant en Analyse de la Pratique la gestion technique de certaines variables.

Comment définir si un groupe d’Analyse des Pratiques est homogène ou hétérogène ?

Un groupe d’Analyse des pratiques sera dit homogène si les participants entretiennent un fort dénominateur professionnel commun ; autrement dit si leurs tâches professionnelles du quotidien se ressemblent. 

Plusieurs paramètres entrent en compte pour tendre à cette dénomination professionnelle commune. Voici ceux qui me semblent être les principaux et que je vous conseille d’évaluer pour chacun des participants avant de faire démarrer un dispositif d’Analyse des Pratiques : la distance de travail avec les usagers, la connaissance des mêmes usagers, la similarité des fonctions, des formations, des statuts hiérarchiques et administratifs.

Un groupe d’Analyse de la Pratique homogène

Exemple appliqué d’un groupe d’APP fortement homogène :

Un groupe d’éducateurs spécialisés, en Maison d’Enfant à Caractère Social accueillant des 6-12 ans, travaillant tous sur un même roulement horaire, en individuel sans doublure, auprès des mêmes jeunes.

Explications : tous les participants ont ici la même formation (Éducateur Spécialisé), et la même fonction (Éducateur Spécialisé). Ils travaillent tous auprès du même type de public (enfants de 6 à 12 ans, placés par le magistrat, vivant et dormant dans la MECS), et connaissent tous chacun des jeunes accueillis dans la structure. Leurs plannings s’effectuent sur un même roulement (impliquant qu’ils effectuent tous des temps professionnels similaires tels que : accompagnement du quotidien, des temps de coucher, nuitées, entretien avec les familles et réunions avec des partenaires extérieurs). Les participants de ce Groupe d’Analyse de la Pratique possèdent entre eux une très grande similitude dans leurs tâches professionnelles. 

Pour aller plus loin, dans des exemples issus du terrain, voyons ensemble ce qui pourrait faire baisser l’homogénéité de ce même groupe   : 

  • si certains professionnels ayant la fonction d’Éducateur Spécialisé, n’en avaient, pour autant, pas la formation. 
  • si certains professionnels travaillaient sur un planning d’internat, d’autres pas
  • si certains éducateurs travaillaient uniquement auprès de certains jeunes de la MECS et pas avec d’autres (s’il y avait des unités de jeunes organisées sur le foyer par exemple)
  • si certains éducateurs travaillaient dans la MECS, et d’autres à l’ITEP d’à côté (gérée certes par la même association)
  • si le service fonctionnait avec seulement quelques éducateurs référents
  • si le service accueillait ponctuellement des “places d’urgence”
  • si parmi les éducateurs, l’un d’eux avait eu l’accord pour une formation longue impliquant son absence dans le roulement de planning collectif
  • si …

Nous pourrions également rajouter : les différences d’âge et d’expériences au sein du groupe d’éducateurs (en terme d’années, de diversité d’expériences antérieures…), les différences de type de placements ordonnés par le Juge confiant les enfants à la structure, le type de contrat (CDD, CDI, intérim) des éducateurs en poste…

Pouvez-vous capter combien de simples variables organisationnelles génèrent des effets sur les pratiques professionnelles ? Et combien, de ce fait, elles impliqueront une modification du champ des possibles abordables dans les séances d’Analyse de la Pratique ?

Un groupe d’Analyse des Pratiques Professionnelles hétérogène

Exemple appliqué  d’un groupe d’APP fortement hétérogène :

En EHPAD,  un groupe APP constitué de 5 aides soignantes ( 2 titulaires, 1 contractuelle, 2 en remplacement/intérim, 1 infirmière, 1 animatrice socio-éducative, 1 éducateur ayant le rôle de coordinateur, 1 kinésithérapeute à 0.07% ETP, 1 psychologue titulaire à 0.30°% ETP travaillant sur les 2 autres EHPAD de l’association,  travaillant chacun sur différentes unités de l’EHPAD : Unité Alzheimer, Unité Accueil temporaire, Unité “ retour d’hospitalisation”.

Explications : les tâches professionnelles de ces participants sont très éloignées les unes des autres : de par leur différences de fonctions, de formations, de temps de travail, de statut administratif (type de contrat), et aussi de proximité/ connaissance des personnes âgées. A l’évidence, de par la composition du groupe APP, de nombreuses problématiques de cadre se posent déjà comme des clivages possibles entre les professionnels, avant même de pouvoir questionner la dimension des problématiques de “terrain”, celles relatives aux postures professionnelles générées dans l’accompagnement des personnes âgées accueillies.

Dans cet exemple, plusieurs dimensions des pratiques professionnelles sont impactées. Voyons en quelques unes, plus en détail. 

Premièrement, en termes de connaissance des mêmes usagers : certains soignants sont transversaux à plusieurs unités dans l’EHPAD  (cas de la psychologue et du kiné par exemple), impliquant qu’ils auront probablement une connaissance de l’ensemble des résidents (ou alors de ceux avec lesquels ils effectuent des séances individuelles). D’autres soignants, affectés à une seule unité (Unité Alzheimer / ou Unité Accueil Temporaire…)  ne connaîtront probablement que les personnes âgées résidant dans leur aile de travail. Ce premier point implique de faire coexister plusieurs focus professionnels au sein du même groupe d’APP, ce qui, déjà, ne sera pas simple en termes d’animation du groupe d’Analyse des Pratiques pour l’intervenant. 

Secundo, de par les diverses fonctions, les distances avec les usagers diffèrent : les aides soignantes sont dans un lien du quotidien avec les résidents impliquant de multiples passages journaliers ; alors que kiné et psycho verront les usagers à un rythme plus ponctuel. Là où la plupart des professionnels auront des relations individuelles avec les résidents, l’animatrice socio-éducative, aura, elle, principalement une pratique collective auprès d’eux… Ces points ajouteront une forte complexité à gérer pour l’intervenant en analyse de la pratique.

Rajoutons à cela les différences de précarité de contrats entre les différents agents, qui clairement, amèneront une teinte à la dynamique de groupe, exigeant là encore de la part de l’intervenant en Analyse des Pratiques une observation, analyse et gestion fine de cette dernière. Parlons également d’avoir rassemblé plusieurs unités dans un même GAP. L’Unité Accueil Temporaire implique pour les soignants une pratique auprès d’un public à fort turnover (en effet, les personnes âgées viennent dans cette unité un temps décidé par leurs proches et repartent, puis d’autres arrivent…) alors que l’Unité Alzheimer conduit les soignants qui y exercent dans une pratique tenant compte de la dimension de démence, de désorientation…

Pouvez-vous à nouveau voir se dessiner combien de simples variables administratives viennent impacter les pratiques professionnelles et donc se répercuter dans l’outil APP ? 

Peut-on imaginer décemment qu’en rassemblant des groupes pluridisciplinaires de 15 à 20 agents parfois, multi-unités, multi-fonctions, les groupes APP ainsi constitués, permettent à l’établissement de réaliser une véritable “économie” ? N’est-il pas plus efficace pour lui de financer trois voire quatre groupes d’APP, en orientant techniquement les groupes, quitte à réduire la durée des séances ou à les éloigner en fréquence, sur une composition professionnelle bien plus pertinente et ainsi véritablement travailler l’analyse des pratiques ?  

Groupe d’Analyse des Pratiques Professionnelles homogène ou hétérogène : quelles conséquences pour l’intervenant en APP ?

Concrètement, plus le groupe de participants au sein d’une Analyse de la Pratique sera homogène, et plus l’outil tendra, avec précision, à travailler la cohérence fine au sein de l’équipe et du service. 

En effet, au travers de l’analyse des pratiques professionnelles menée collectivement, les articulations entre les postures professionnelles dans leurs composantes relationnelles, techniques, et éthiques seront questionnées et ré-articulées. C’est une broderie fine, un travail précis de la part de l’intervenant en Analyse de la Pratique Professionnelle, permettant un puissant travail de renforcement de l’institution dans ses missions spécifiques, même si ce dernier est indirect. 

Par contre, plus le groupe de participants au sein d’une Analyse de la Pratique sera homogène, plus l’outil exigera de la part de l’intervenant une importante capacité à rester à la fois en recul (c’est-à-dire dans une vision globale des échanges et du système), et centré sur les relations circulaires entre postures professionnelles, exigences de terrain et connaissance de l’organisation structurelle du service. 

Et plus le groupe de participants au sein d’une Analyse de la Pratique sera homogène, plus l’outil APP exigera de la part du service que le Cadre soit perçu par les participants comme clair, fonctionnel et cohérent.  Oui, le Cadre avec un grand C : celui qui est la toile de fond institutionnelle, sur laquelle les pratiques professionnelles se posent et peuvent ressortir.

Quand en Analyse des Pratiques, on parle du manque de cadre institutionnel… 

S’il y a des manquements voire des dysfonctionnements dans le service en question (incohérences, paradoxes, manque de compétences techniques des professionnels en poste, y compris ceux occupant une fonction cadre), alors ces derniers seront révélés et mis en lumière par les séances d’APP.

Certaines institutions considèrent à ce propos que l’intervenant en Analyse de la pratique est en faute s’il en vient à mentionner les dysfonctionnements du service durant ses séances. Quelques fois, il s’agit effectivement d’un manque de tenue de cadre chez l’intervenant et il est juste de le lui rappeler. Parfois, il s’agit plutôt de cet effet de révélation citée, dû au cadre-même de l’outil Analyse des Pratiques Professionnelles. Il y a là, à mon sens, un travail de confiance et de partage à effectuer entre intervenant APP et cadres du service afin de permettre à l’institution de reprendre sa gouvernance. Ce n’est que lorsque le cadre institutionnel aura gagné en clarté aux yeux des professionnels que le dispositif d’Analyse des Pratiques Professionnelles pourra retrouver de l’efficience.

A l’inverse, plus le groupe de participants au sein d’une APP sera hétérogène, et plus lintervenant devra travailler avec un faible dénominateur commun professionnel.

L’intervenant devra alors s’appuyer sur un style d’autant plus directif, avec des techniques précises de relance et de recadrage, et parfois même sur des exercices préparés pour l’occasion, afin de venir mettre au travail ces différences fortes de pratiques. Dans un GAP hétérogène, il s’agira d’accompagner les professionnels à créer par eux-mêmes et pour eux-mêmes une vision commune, une posture collective suffisamment cohérente, malgré leurs fortes différences d’action sur le terrain.

Comment rassembler des professionnels sur une vision commune alors que, quelques fois, ces derniers ne connaissent littéralement pas les fonctions et formations de leurs collègues de travail ? 

Ne faudrait-il pas commencer dans le dispositif d’analyse des pratiques par des séances de mise en lien entre les différents professionnels : un travail sur les représentations professionnelles des métiers/ tâches des uns et des autres ? Et pour autant : n’est-ce pas là le travail des cadres que d’assurer un climat professionnel suffisamment commun pour qu’ensuite les spécificités du travail de chacun et les séances d’APP puissent s’y inscrire ? Il y a de quoi débattre…

Pour autant, les intervenants en Analyse de la Pratique Professionnelle expérimentés sauront vous dire combien le travail pluridisciplinaire est porteur et riche en Analyse de Pratique. Oui, c’est vrai. Il y a par contre, de nombreuses exigences techniques qui incombent alors au dispositif,  à commencer par la capacité de l’intervenant à maîtriser finement la dynamique de groupe afin qu’aucun professionnel ne se sente “à part” et ne s’ennuie durant les séances. Il s’agira là aussi pour l’intervenant en Analyse de la Pratique d’éviter que les tensions nées et renforcées par les méconnaissances professionnelles laissées jusqu’ici en l’état ne parasitent le dispositif APP au point de l’entraver complètement. 

Puisse cet article continuer de nous faire partager les trucs et astuces de ces missions si vastes que sont les interventions en Analyse des Pratiques Professionnelles. Au fond, elles sont passionnantes, non ?

Anne CHIMCHIRIANIntervenante, formatrice et superviseur en APP – Drome / PACA

Crédit photo : Image par Arek Socha de Pixabay

GAP, Analyse des Pratiques Professionnelles, MECS, groupes d’analyse de la pratique, EHPAD

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