
Madame FARZAT, vous êtes Psychanalyste, intervenante en analyse de pratiques et supervision, ainsi que coach depuis de nombreuses années, pouvez vous nous faire part de votre expérience ...
Tous les professionnels de la relation d’aide et d’accompagnement ont besoin d'une aide à l'analyse et à la compréhension des situations difficiles pour des interventions adaptées.
Les professionnels de terrain, travailleurs sociaux ou médico-sociaux, professionnels de l’éducation, rencontrent régulièrement des sujets présentant des troubles psychologiques, des difficultés de cohérence, voire des déstructurations profondes d'ordre psychiatrique.
Ces troubles associés à de graves difficultés sociales, familiales en particulier de la parentalité et souvent à des pratiques addictives accroissent la complexité des suivis et posent question aux professionnels.
Pour faire face à ces situations, l’analyse de pratiques est conçue comme un espace de parole, de partage et de soutien avec un professionnel expérimenté et extérieur à l’institution ou à la collectivité.
Il faut déjà se poser la question de la pertinence de l’analyse de pratiques. Peut-être est-ce d’autres choses dont l’équipe et/ou la direction a besoin ? (régulation, analyse institutionnelle, analyse de pratiques managériales….). Il faut donc travailler les demandes.
Travailler sur la demande de l’équipe, c’est déjà la mettre au travail : d’expression de ses craintes éventuelles, d’analyse de ses pratiques professionnelles et de ses représentations l’analyse de pratiques.
Travailler sa demande avec la direction permet de faire connaissance avec la structure et ses responsables, connaître leurs attentes et représentations de l’adp, pouvoir dire ce que l’analyse de pratiques n’est pas, notamment par rapport à l’idée éventuelle que ce serait à d’autres de faire un travail qui incombe à l’institution (cas de dysfonctionnements institutionnels).
Il s’agit de considérer l’analyse de pratiques comme un projet, dont la mise en œuvre a des impacts sur l’équipe et sur l’institution, et participe à créer du tiers, dont certaines institutions ont besoin.
Je me positionne dans la continuité de Michael Balint, médecin et psychanalyste anglais qui instaura il y a plus de 50 ans l’analyse des pratiques professionnelles comme outil de formation et de travail pour les médecins en difficulté dans leurs relations à leurs patients.
Ce dispositif s’est étendu à l’ensemble des métiers dans le domaine social, médical et éducatif, c’est-à-dire des pratiques qui mettent en jeu le lien à l’autre.
Mes interventions et animations de groupes d’analyse de pratiques type Balint se font à partir d’une prise de parole spontanée, dans un cadre très défini que les participants intègrent, et leur permettent d’identifier leurs positionnements, les enjeux posés, les émotions qui parasitent le lien à l’autre.
Il s’agit de poser un espace de paroles constituant un cadre sécurisant et structurant qui permet d’entendre et de faire entendre ces mots souvent jugés insignifiants, d’exprimer la complexité, les contradictions, les tensions, les émotions.
J’utilise la psychanalyse appliquée au domaine social, jointe à mon expérience de la dynamique de groupe, de la systémique, pour concentrer l’énergie du groupe sur des possibilités de solutions pratiques et créatives, en allant là où chacun n’aurait pas forcément pensé à chercher pour ses propres cas.
Ne pas clarifier en amont la demande du prescripteur et de l’équipe, ce qui reviendrait à ne pas mettre à jour les éventuelles contradictions et à ne pas définir un cadre d’intervention cohérent. C’est d’autant plus crucial dans un contexte interdisciplinaire que les différences de statut peuvent engendrer des peurs.
Par « jeune », j’entends quelqu’un de jeune dans le métier d’intervenant en analyse de pratiques, quel que soit son âge. Car il est nécessaire d’avoir de la bouteille dans sa profession d’aide et d’avoir fait un travail sur soi, quel qu’il soit.
La supervision des pratiques de l’intervenant en analyse de pratiques me paraît absolument indispensable, quel que soit l’âge de l’intervenant, et à fortiori s’il est jeune.
Je lui conseillerais aussi de favoriser les inter-visions avec un ou deux collègues, entre les supervisions, afin de ne pas rester isolé, et de pouvoir gérer au mieux son transfert « didactique ».
Enfin je crois qu’il aurait intérêt à tenter de diversifier ses champs d’’interventions, et de ne pas craindre de refuser les missions qui lui semblent trop difficiles dans un premier temps. Il en aura d'autres !