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Pratiques professionnelles : Quelques réponses

Catherine FARZAT

Interview de Catherine FARZAT

Madame FARZAT, vous êtes Psychanalyste, intervenante en analyse de pratiques et supervision, ainsi que coach depuis de nombreuses années, pouvez vous nous faire part de votre expérience …

Qu’elle est pour vous l’utilité de l’Analyse des pratiques professionnelles ?

  •  S’interroger sur ce qui est en jeu dans la relation professionnelle et la prendre en compte dans sa complexité ;
  • Permettre un temps d’échanges non seulement entre professionnels, mais entre différentes générations de professionnels, dont la formation et les références théoriques et pratiques sont différentes. Ces différences peuvent être sources de complémentarité comme être vécues sous forme plus conflictuelle, et l’analyse des pratiques professionnelles permet d’originer et de dépasser ces conflits.
  • Ne plus rester seul(e) dans la honte devant ses difficultés et l’écart par rapport à l’idéal professionnel ;
  • Lutter contre l’usure professionnelle, dans un dispositif qui est aussi un dispositif de formation-recherche, selon les groupes Balint initiaux ;
  • (Re)Trouver de la créativité.

Quels sont pour vous les établissements, les services ou les équipes qui en ont le plus besoins et pourquoi ?

Tous les professionnels de la relation d’aide et d’accompagnement ont besoin d’une aide à l’analyse et à la compréhension des situations difficiles pour des interventions adaptées.

Les professionnels de terrain, travailleurs sociaux ou médico-sociaux, professionnels de l’éducation, rencontrent régulièrement des sujets présentant des troubles psychologiques, des difficultés de cohérence, voire des déstructurations profondes d’ordre psychiatrique.

Ces troubles associés à de graves difficultés sociales, familiales en particulier de la parentalité et souvent à des pratiques addictives accroissent la complexité des suivis et posent question aux professionnels.

Pour faire face à ces situations, l’analyse de pratiques est conçue comme un espace de parole, de partage et de soutien avec un professionnel expérimenté et extérieur à l’institution ou à la collectivité.


Quelles sont les conditions qui doivent être réunies pour la mise en place de sessions d’analyse des pratiques professionnelles et pourquoi ?

Il faut déjà se poser la question de la pertinence de l’analyse de pratiques. Peut-être est-ce d’autres choses dont l’équipe et/ou la direction a besoin ? (régulation, analyse institutionnelle, analyse de pratiques managériales….). Il faut donc travailler les demandes.

Travailler sur la demande de l’équipe, c’est déjà la mettre au travail : d’expression de ses craintes éventuelles, d’analyse de ses pratiques professionnelles et de ses représentations l’analyse de pratiques.

Travailler sa demande avec la direction permet de faire connaissance avec la structure et ses responsables, connaître leurs attentes et représentations de l’adp, pouvoir dire ce que l’analyse de pratiques n’est pas, notamment par rapport à l’idée éventuelle que ce serait à d’autres de faire un travail qui incombe à l’institution (cas de dysfonctionnements institutionnels).

Il s’agit de considérer l’analyse de pratiques comme un projet, dont la mise en œuvre a des impacts sur l’équipe et sur l’institution, et participe à créer du tiers, dont certaines institutions ont besoin.


Quelle(s) approche(s), méthodologie(s), outil(s) utilisez vous principalement en Analyse de la pratique et quels sont leurs atouts ?

Je me positionne dans la continuité de Michael Balint, médecin et psychanalyste anglais qui instaura il y a plus de 50 ans l’analyse des pratiques professionnelles comme outil de formation et de travail pour les médecins en difficulté dans leurs relations à leurs patients.

Ce dispositif s’est étendu à l’ensemble des métiers dans le domaine social, médical et éducatif, c’est-à-dire des pratiques qui mettent en jeu le lien à l’autre.

Mes interventions et animations de groupes d’analyse de pratiques type Balint se font à partir d’une prise de parole spontanée, dans un cadre très défini que les participants intègrent, et leur permettent d’identifier leurs positionnements, les enjeux posés, les émotions qui parasitent le lien à l’autre.

Il s’agit de poser un espace de paroles constituant un cadre sécurisant et structurant qui permet d’entendre et de faire entendre ces mots souvent jugés insignifiants, d’exprimer la complexité, les contradictions, les tensions, les émotions.

J’utilise la psychanalyse appliquée au domaine social, jointe à mon expérience de la dynamique de groupe, de la systémique, pour concentrer l’énergie du groupe sur des possibilités de solutions pratiques et créatives, en allant là où chacun n’aurait pas forcément pensé à chercher pour ses propres cas.


Quelles sont les erreurs majeures à ne pas commettre lors de la mise en place d’un projet depuis son initialisation à sa réalisation ?

Ne pas clarifier en amont la demande du prescripteur et de l’équipe, ce qui reviendrait à ne pas mettre à jour les éventuelles contradictions et à ne pas définir un cadre d’intervention cohérent. C’est d’autant plus crucial dans un contexte interdisciplinaire que les différences de statut peuvent engendrer des peurs.


Quelles sont pour vous les compétences indispensables à un intervenants en APP et pourquoi ?

  •  Savoir poser et tenir un cadre « anti-fatigue » et rigoureux (cadre externe) : sans lui pas de liberté d’association et d’expression, pas de sécurité, pas de travail possible permettant de contenir les angoisses des professionnels et des usagers, pas d’émergence de créativité, pas de reconnaissance d’un professionnalisme mutuel),
  • Avoir fait un travail sur soi permettant d’avoir une écoute très fine, d’identifier ses projections, d’accepter de ne pas tout savoir, voire de ne rien savoir, de savoir être à la fois empathique et limitant, de pratiquer la dissymétrie, de s’identifier et de se désidentifier avec les participants et les personnes qu’ils accompagnent, d’être à la fois humble et exigeant, d’être souple et flexible sans être trop poreux, d’accueillir la complexité…
  • Avoir un cadre interne (sentiment de sécurité intérieure sur lequel la sécurité ultérieure du groupe repose, une éthique du respect et de la confidentialité, une capacité à supporter d’être une surface de projections – positives comme négatives – pour les participants, un espace psychique intérieur où l’intervenant peut se décoller de ce qui est dit et éprouvé et où il peut laisser venir les pensées et émotions qu’il pourra élaborer et réutiliser au bon moment dans le groupe…)
  • Etre capable d’ouvrir le questionnement et favoriser l’émergence d’un espace où les praticiens de tout métier de la relation humaine puissent s’appuyer sur leurs sentiments, pensées, sensations, intuitions et émotions pour mieux exercer leur métier, et penser par eux-mêmes leurs pratiques
  • Savoir adopter une posture favorisant la production par les participants de récits riches,
  • Poser les frontières explicites du travail en séance afin d’éviter les dérives,
  • Avoir une bonne connaissance et pratique de la dynamique des groupes,
  • Savoir analyser les processus,
  • Savoir délivrer des feed-back apprenants et utiliser ses compétences pédagogiques.

Quel conseils donneriez vous à un jeune intervenant souhaitant se lancer dans l’Analyse des pratiques professionnelles ?

Par « jeune », j’entends quelqu’un de jeune dans le métier d’intervenant en analyse de pratiques, quel que soit son âge. Car il est nécessaire d’avoir de la bouteille dans sa profession d’aide et d’avoir fait un travail sur soi, quel qu’il soit.

La supervision des pratiques de l’intervenant en analyse de pratiques me paraît absolument indispensable, quel que soit l’âge de l’intervenant, et à fortiori s’il est jeune.

Je lui conseillerais aussi de favoriser les inter-visions avec un ou deux collègues, entre les supervisions, afin de ne pas rester isolé, et de pouvoir gérer au mieux son transfert « didactique ».

Enfin je crois qu’il aurait intérêt à tenter de diversifier ses champs d’’interventions, et de ne pas craindre de refuser les missions qui lui semblent trop difficiles dans un premier temps. Il en aura d’autres !

Catherine FARZAT

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