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Archives de l’auteur

Livre – La posture du superviseur

Supervision, analyse des pratiques, régulation d’équipes…

sous la Direction de Joseph Rouzel – Eres, 2017

J’ai apprécié ce livre, confrontation de points de vue de quatorze superviseurs, en majorité psychana-lystes. C’est une vraie gageure que de se trouver dans la position de travailler au grand jour des éléments transférentiels et contre-transférentiels appartenant au secret des séances de supervision, que ce soit dans ce livre ou lorsque l’on forme des superviseurs ou intervenants en analyse de pratiques. Et ce, dans le respect de la confidentialité.

C’est une gageure et cela me paraît la seule manière d’opérer pour transmettre et rendre compte de notre travail, à partir du moment où la supervision est avant tout un espace. Un espace psychique transférentiel où des professionnels pris dans le fonctionnement institutionnel et dans le mode psychique des personnes qu’ils accompagnent, leurs clivages, dénis et conflits, peuvent se dégager des émotions enkystées qui les engluent et, déplaçant ainsi le transfert, peuvent « mettre leurs forces vives au service » de ces personnes en souffrance, absentes de la séance (Joseph Rouzel). Le temps de supervision est avant tout le temps où chacun peut exprimer ce qui le situe dans son rapport à une autre personne accompagnée, en relation avec le groupe, groupe des autres professionnels, groupe des autres personnes accueillies.

Dans cet espace « peut se déployer une parole qui ne concerne pas leur seule pratique mais vient mettre en jeu tout ce qui, de leur subjectivité personnelle et groupale, interfère avec leur action » (Claude Allione) Etant entendu que dans le cadre de l’intervention, bien explicité à la Direction et à l’équipe, figure expres-sément le fait qu’on travaille à partir de la part professionnelle de la personnalité.

Pour être superviseur il ne suffit pas de pouvoir repérer, vivre et utiliser les transferts, il faut une solide expérience des groupes et de l’institution. Et chacun des auteurs, à sa manière, nous raconte comment il travaille, comment il assure la consistance et la légitimité de cette place et de cet espace spécifiques. Qu’est-ce pour lui de tenir cette posture, et quels effets cela a-t-il sur le groupe de professionnels ?

Les trois temps de la séance de supervision sont évoqués par plusieurs. Plusieurs vignettes cliniques savoureuses montrent le bienfondé du choix de ne pas interrompre et de ne pas laisser interrompre le temps de l’exposition.

La discrétion du superviseur est de mise ; de par la massivité des symptômes qui se rejouent sur la scène de la supervision, son engagement et sa prise de risque sont tout autant nécessaires, afin que sa place opère en guise de « cellule de désenvoutement. » La pertinence de telle ou telle intervention du supervi-seur, de son dire, susceptible de faire acte, et permettant « cette fabrique de paroles » dans l’institution, est examinée à travers des vignettes cliniques vivantes, d’un point de vue éthique et depuis le contre-transfert du superviseur. (Claude Sibony, Jacques Cabassut). L’incidence du désir du superviseur sur l’éthique de la supervision est questionnée.

Le seul support sur lequel puisse s’appuyer le superviseur par rapport aux contenus imprévisibles et contaminés qui émergent en séance, c’est sa posture. Etymologiquement le mot posture, au-delà de la signification morale ou psychique, condense plusieurs sens : il interroge le lieu et la place quand il s’agit de poser et de déposer (positus, participe passé de ponere). Il renvoie à la perte (autre sens de ponere : pondre ; quelque chose est déposé, qui vient du corps et n’y retournera pas), à la coupure, « à la capacité à en soutenir les effets sans mascarade ». (Isabelle Pignolet de Fresnes).
Car parler de la posture du superviseur conduit nécessairement à parler d’imposture, et réciproquement. Comment savoir quand nous nous sentons un imposteur – sentiment fréquent chez le superviseur – si nous le sommes? Un superviseur imposteur, qu’est-ce que ce serait ? Ce thème court au long du livre.

Les butées et limites de la supervision sont questionnées. L’un des auteurs nous montre l’annonce dans l’analyse de la demande d’un conflit institutionnel violent dont le superviseur est un révélateur de plus. L’auteur nous montre très précisément comment le transfert négatif envers le superviseur qui occupait la place d’un autre trop menaçant a entravé toutes ses tentatives de mise au travail. N’était-ce pas plutôt d’ailleurs un transfert du négatif ? La question est alors de comment supporter d’être ce mauvais objet sans s’y croire. (Isabelle Piekarski). Elle nous raconte comment dans l’après coup elle a pu faire le lien avec ce qui c’était rejoué pour elle de son histoire dans la rencontre avec cette équipe. Il y a des possibilités de re-questionner la pertinence du dispositif en cours de supervision, voire d’émettre une autre proposition.

Par ailleurs, le travail de supervision doit pouvoir être repris, autrement, dans d’autres instances institu-tionnelles, sous peine de risquer de rester lettre morte.
C’est ainsi qu’Agnès Benedetti nous raconte pour notre bonheur les répercussions positives de l’écriture à partir des situations exposées en séances d’analyse de pratiques, suite à la demande en séance d’un participant. Ces séances ont restitué aux professionnels une capacité de rêverie éteinte, contraignant l’ex-posant à reprendre la lecture des faits de façon inédite. Alors que de graves difficultés institutionnelles malmenaient profondément les équipes, cette initiative a été reprise avec l’accord de la direction par d’autres éducateurs, à leur manière, dans d’autres lieux de l’institution et d’abord sans en parler à l’intervenante, et a impacté toute l’institution de manière vivante et joyeuse. Elle nous montre comment ce dispositif d’écriture, transposable, demeure une histoire de transfert.

Jean-Pierre Lebrun lie les difficultés de l’action collective à l’intrication de deux problématiques contra-dictoires : « l’abus de pouvoir et les ravages de l’impouvoir », la charybde de la restauration d’un pouvoir pyramidal et patriarcal organisé selon un modèle religieux et la scylla d’une gestion horizontale aux mains des partenaires. Les défaillances à soutenir l’action collective risquent de mettre en difficulté la nécessité d’un fonctionnement démocratique. Un contexte de méfiance à l’égard de toute autorité peut favoriser l’épuisement des dirigeants, et les dirigés ne distinguent plus ce qui fait autorité, chacun étant pris dans le cycle action/réaction et les conduites bureaucratiques. Le burn-out des équipes peut aussi être analysé comme l’absence de lecture de ces phénomènes. L’auteur explore comment la supervision, espace où se découvrent les différentes facettes des personnes accompagnées et des professionnels, s’insère dans cette problématique.

Alors que les professionnels de la relation d’aide sont de plus en plus confrontés à des sujets présentant des déstructurations profondes associées à de graves difficultés sociales et familiales, Claude Allione nous rappelle que cet espace qu’est la supervision permet le déploiement du transfert dissocié, et de donner forme et élaboration à la constellation transférentielle, matrice à partir de laquelle la relation de transfert dissocié de ces sujets peut être traitée. Le pouvoir du superviseur consiste à permettre que cela ait lieu.

La supervision est un espace. Espace de déminage et « entreprise de salut public » qui rouvre le ques-tionnement (Joseph Rouzel) et la bonne curiosité que les modes opératoires, le cycle action/réaction, et la haine de la parole tendent à clore. Un autre des pouvoirs du superviseur est de protéger la parole. « Il doit en être convaincu et tout mettre en œuvre pour cela »(Claude Allione), afin que « ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire trouve enfin une écriture » (Claude Sibony).

Un Article de Catherine Farzat, Psychanalyste et Superviseur d’équipes dans le champ social, médical et médio-social, Formatrice de Superviseurs et d’Intervenants en Groupe d’Analyse de Pratiques Type BalintEn Savoir Pus…

 

Formation à l’animation de groupes d’analyse de pratiques type BALINT – Paris – 3 + 3 + 2 jours

Cette formation, agréée DATADOCK,  répond à la demande accrue d’analyse de pratiques professionnelles, depuis plusieurs années, dans les secteurs sociaux et médico-sociaux, qui laisse apparaitre :

  1. Des professionnels ayant besoin de disposer de lieux d’élaboration de ce qu’ils engagent dans leurs relations aux personnes qu’ils accompagnent et à ce qui se joue au sein des équipes et de l’institution.
  2. Des institutions et organisations souvent impuissantes à contenir les symptômes du public auquel elles s’adressent et du type d’activité qu’elles mènent, ce qui mine les équipes.
  3. Des professionnels sollicités pour ces interventions désorientés devant les difficultés à poser et à soutenir un cadre assez contenant pour accueillir la souffrance des équipes et plongés dans la complexité d’enjeux institutionnels et groupaux qui impactent la demande et le contenu même des séances .
  • :

    Module I : PARIS : 23-25 janvier 2019

    Module II : PARIS  : 19-21 juin 2019

    Module III : PARIS : 20/21 novembre 2019

  • : 1.Tout professionnel de la relation (Psychologues, thérapeutes, éducateurs, infirmiers, conseillers conjugaux, assistantes sociales, puéricultrices, assistantes puéricultrices, médecins, enseignants, cadres de santé et de direction remplissant ls conditions en bas de page) 2.Les professionnels ayant développé des compétences dans le domaine de l’analyse de la pratique avec d’autres références, ayant fait ou faisant un travail personnel, et souhaitant se former à l’animation de GAP type Balint.
  • :

    Cette formation à la fonction d’animateur de GAP à partir du repérage des psychanalyses vise à :

    • Equiper des professionnels issus du terrain ou d’autres approches d’AP d’une réflexion pratique sur l’exercice de l’analyse de pratiques professionnelles, sur la constitution d’un cadre et d’une écoute permettant aux participants et aux intervenants d’accueillir des éprouvés pouvant les déranger, de les panser/penser et de les utiliser pour mieux pratiquer leur métier ;
    • Transmettre la posture de l’animateur de GAP type Balint,
    • Permettre d’utiliser au moindre dommage ou au mieux les contenus contaminés issus de l’institution ou de l’organisation et les phénomènes groupaux dans le processus d’analyse de pratiques professionnelles.
    • Apprendre de soi sur son « soi-même formateur» (Guy Even) à travers ses péripéties professionnelles et ses réactions quant au cadre, aux matériaux amenés par les participants, aux discussions, et à la transmission subjective de la position de l’intervenante.

    MODULES PROPOSES

    Module I: Le GAP de type Balint : La relation transférentielle des praticiens à leurs situations professionnelles et son maniement (3 jours)

    Module II: Le GAP de type Balint : Le travail sur les phénomènes groupaux dans le processus du GAP (3 jours)

    Module III: Le GAP de type Balint : Perfectionnement et supervision (2 jours) Programme à venir

  • :

    PROGRAMME MODULE I :

    La relation transférentielle des praticiens à leurs situations professionnelles et son maniement

    Thèmes abordés à travers l’expérientiel, et donc pouvant être modulés selon les apports du groupe :

    1. Le cadre clinique d’un GAP type Balint :

    • ses spécificités par rapport à d’autres approches
    • élaborer la position particulière de l’écoute d’un groupe
    • poser et soutenir un cadre « anti-fatigue » et suffisamment contenant pour offrir l’hospitalité à ce qui met à mal les professionnels et favoriser les trois conditions d’un travail de confrontation aux affects et aux représentations
    • le concept de personnalité professionnelle.

    2. L’énergie d’un groupe et la position de l’animateur. A partir d’exemples de ce que chaque participant a pu observer ou vivre dans ses relations avec les personnes qu’il accompagne et ses relations professionnelles en groupe, et qui lui a semblé significatif par rapport à ce thème :

    • reconnaître l’état émotionnel de la personne qui expose et des participants du groupe, encourager la mise en mots de cet état
    • les concepts d’affect et de complexe
    • aperçu sur les théories de l’énergie psychique chez la personne et dans un groupe

    3. Les relations transférentielles dans vos pratiques sociales, soignantes, éducatives, managériales…

    • les participants présentent des situations qui leur ont laissé un sentiment de malaise ou d’insatisfaction
    • repérer les places occupées et investies par la personne qui expose et le patient/client/»usager »
    • les concepts de transfert/contre-transfert et du champ transférentiel
    • l’agressivité dans la relation
    • schémas de relations transférentielles et de scénarios relationnels
    • analyse de la manière dont l’analyste de pratiques et le groupe ont traité les situations

    4. La position d’animateur de Gap type Balint :

    • L’attention empathique,
    • le cadre interne de l’intervenant
    • Les interventions de l’analyste de pratiques professionnelles
    • Savoir garder la double dimension individuelle et groupale de la parole de l’exposant et des participants
    • S’appuyer sur le contraste entre les différentes manières de faire et les différents points de vue
    • Liens entre les transgressions du cadre par les participants et la position de l’intervenant

    5. La notion de transfert didactique – le rapport au savoir de l’intervenant

    6. Comment l’animateur d’un Gap de type Balint se débrouille pour gérer l’écart entre le point où il se trouve et son idéal de soi professionnel mis régulièrement à mal


     PROGRAMME MODULE II :

    Le travail sur les phénomènes groupaux dans le processus du GAP

     Thèmes abordés à travers l’expérientiel, et donc pouvant être modulés selon les apports du groupe:

    1. Le travail de contenance psychique des éléments issus du terrain transférés sur le groupe et/ou sur l’intervenant :

    • repérer les effets sur les professionnels des mouvements psychiques induits par l’institution
    • Décontaminer et déconfusionner des éléments difficilement contenables et symbolisables relayés par l’institution
    • restaurer la capacité contenante d’une équipe

    2.Reconnaitre les processus d’évolution d’un GAP type Balint :

    • Chercher à comprendre les tensions dans les groupes à l’aide des concepts de la dynamique des groupes restreints,
    • Gérer les manifestations groupales de l’agressivité et les phénomènes de bouc émissaire,
    • Repérer les phénomènes de résonance entre les membres du groupe et comment ils influent sur le processus,
    • Gérer les stratégies d’évitement du groupe
    • identifier différentes phases d’un GAP type Balint et ses moments organisateurs
    • Développer la capacité du groupe à tolérer de la conflictualité
    • Le point de fin d’année avec le groupe et le rendu compte à l’institution
    • la « fonction contenante » d’une équipe, d’une institution.

    3. Butées et limites du GAP type Balint, comme d’autres types d’APP d’ailleurs :

    Pertinence ou non pertinence du dispositif d’AP
    Repérer dans l’analyse de la demande et au cours de l’intervention des situations de mise en échec de l’analyse de pratiques.
    Possibilités de requestionner la pertinence du dispositif en cours d’AP et d’émettre une autre proposition

     

  • :
    • Situations professionnelles amenées par les participants et travaillées selon l’approche clinique
    • Mise en perspective des situations d’analyse de pratiques préalablement vécues par les participants
    • Situations présentées par l’animatrice, ainsi qu’un travail sur l’évolution d’un groupe type Balint
    • Si besoin, mises en situations par l’animatrice
    • Apports théoriques et méthodologiques. Les apports théoriques portent sur des concepts fondamentaux des psychanalyses, toujours en lien avec l’analyse de pratiques (Freud, Jung, Balint, Bion, Anzieu, Kaes….). Les apports méthodologiques portent notamment sur le cadre externe du dispositif, le champ transférentiel, les contenus institutionnels transférés dans le groupe, toujours à partir de situations vécues.
    • Les dimensions de l’affect et de la réflexion sont privilégiées, les praticiens stagiaires et l’animatrice portent chacun de leur côté leur attention à saisir l’émergence des ressentis, le sens et la dynamique des situations et à apprécier les effets de leurs interventions et attitudes.
    • Evaluation des intégrations et de leur transférabilité sur le terrain. Une bibliographie peut être donnée si souhaité

    Formation agréée DATADOCK

  • :

    Psychanalyste en libéral (adultes, enfants, adolescents) et en CMP (psychodrame psychanalytique avec des enfants et des ados), nantie d’une pratique confirmée de l’analyse de pratiques et de la supervision d’équipes et de personnes en charge de publics difficiles dans le champ social, médical et de la psychiatrie adulte et infantile, et d’accompagnement des dirigeants et managers dans leurs confrontations à leur action managériale en entreprise.

    Son expérience continue en milieu psychiatrique, pédopsychiatrique, éducation spécialisée, interculturel, dans le lien social avec les bénéficiaires de minima sociaux comme avec les managers, nourrit les différentes interventions, qui prennent en compte les réalités institutionnelles où elles s’inscrivent.

  • : 10 stagiaires
  • : Module I : 3 jours soit 21 heures - module II : 3 jours soit 21 heures - module II : 2 jours soit 14 heures
  • : Module 1 : 975 euros - Module 2 : 1875 euros - Module 3 : 575 euros - Module 1 + 2 + 3 : 2450 euros
  • : CATHERINE FARZAT EURL
  • Catherine FARZAT EURL
  • 199 Rue du Faubourg Saint Antoine
  • Paris
  • 75011
  • : c.farzat@orange.fr
  • : 06 09 36 92 17 - 01 43 48 00 49
  • : Complément d'informations quant aux professionnels sans compétences préalables dans le champs de l'APP. Ils devront avoir : - plus de 5 ans d’exercice de son activité, - fait ou faisant un travail personnel sur lui, quel qu’il soit, - eu une expérience de l’analyse de pratiques ou de la supervision, quelle que soient les références théoriques de l’intervenant. Cette expérience peut être du côté participant ou supervisé, - souhaiter travailler la position de l’intervenant dans un GAP type Balint, afin de pouvoir inviter à son tour d’autres praticiens à parler de leurs pratiques profession-nelles, à s’y confronter, selon une approche psychanalytique, sans pour autant jouer au psychanalyste..

A l’origine des Groupes Balint et des GAP

« La rupture faite par la psychanalyse dans la façon d’appréhender la transmission des savoirs et l’enseignement d’une discipline »

C’est sur ces réflexions amorcées très tôt par les pionniers de la psychanalyse que Michael Balint développa la pratique des groupes de professionnels de santé, connus sous le nom de « groupes Balint ».

Médecin et biochimiste hongrois, puis psychanalyste dans la filiation de Ferenczi, Balint (1896-1970) s’exila en Grande-Bretagne en 1939. Chercheur à la Clinique Tavistock, haut lieu d’expérimentations et de psychanalyse sociale, il répond en 1947 à la demande d’aide d’Enid Albu qui dirige un séminaire de « casework » (travail du cas) pour assistantes sociales recevant des couples en détresse matérielle et psychique. Le casework rompt avec l’assistance caritative et introduit une méthode d’aide centrée sur les capacités d’autonomie de la personne, différente donc du conseil. Pour Enid Albu, il s’agissait à la fois d’étudier les problèmes qui se posaient aux couples après la guerre et de former des  » caseworkers  » capables de recevoir les couples en tenant compte des recherches faites sur la dynamique inconsciente des couples.

Mais, se demandaient l’animatrice du séminaire, comment des assistantes sociales n’ayant pas l’expérience d’une analyse personnelle pouvaient-elles développer une conscience accrue des réactions émotionnelles inconscientes de leurs clients, et des leurs, pour mener à bien un travail où la relation avec la personne est l’outil principal ?

Balint va modifier la méthode de travail du séminaire en introduisant l’esprit de la supervision analytique hongroise et celui des petits groupes (Rickman et Bion). Il demande de laisser tomber le dossier scrupuleusement monté, et de parler sans notes de la personne ou de la famille en charge, de dire ce qui vient à l’esprit à propos de ce client ce qui a pu gêner l’assistante sociale dans cette relation, etc…

Ce modèle de formation à la relation, il propose de l’expérimenter auprès de médecins, confrontés à des patho-logies qu’ils n’avaient pas l’habitude de traiter, dans le cadre du National Heath Service. Le NHS propose des cours de psychopathologie et de psychologie, mais Balint sait que les conférences sont souvent de peu d’utilité, au moins pour ceux qui les écoutent. Il propose au NHS d’expérimenter non pas un enseignement mais un dispositif pratique, dont il appliquera la méthode par la suite pour former des médecins généralistes à la relation médecin-malade. L’expérience donne des résultats étonnants, des changements chez les médecins et leurs patients.

Les médecins volontaires se réunissent très régulièrement, exposent les cas de leurs pratiques qui leur posent problèmes, narrent la prise en charge et les difficultés rencontrées, et procèdent par associations libres, laissant poindre les manifestations de leur contre-transfert. Les collègues écoutent d’abord, puis posent des questions, donnent leurs impressions et émotions, et essaient d’aider leur confrère à mieux cerner la relation qu’il a établie à son insu avec son patient.

Il s’agit, écrit Balint, de rendre manifeste « ce que le médecin fait au patient et ce que le patient fait au médecin, sur le plan émotionnel », d’étudier « le médicament-médecin », de transformer ainsi les habitudes des médecins, leur faire développer une aptitude nouvelle d’écoute, et parvenir ainsi à mieux soigner les patients. Le dispositif Balint est donc un dispositif d’intervention d’analyse clinique à partir de situations professionnelles apportées par les participants, et qui interroge la part professionnelle de la personnalité du médecin impliquée dans la relation au patient. Petit groupe de recherche et de formation, il n’aborde pas la vie personnelle de ses membres, mais l’analyse de la relation en situation professionnelle, avec l’éclairage psychanalytique.

L’analyste, leader du groupe, soutient le processus associatif, ponctue les avancées dans l’élaboration, leur arrêt, signale les points oubliés, propose des interprétations centrées de préférence sur le travail collectif des partici-pants. Cinq principes guident le fonctionnement du groupe : la régularité, la confidentialité, la solidarité, la non-conflictualité entre les participants, et le souci constant du terrain, le groupe se centrant sur une tâche à résoudre.

Les groupes Balint connaissent un grand succès et entraînent un mouvement qui va s’étendre en France, puis dans le monde, non sans avatars. Ce dispositif s’est étendu à l’ensemble des métiers dans le domaine social et éducatif, c’est à dire des pratiques qui mettent en jeu le lien à l’autre. Il concerne autant les « psy » que les autres professions dans le champ de la santé, du social, de l’éducation spécialisée, ou de l’enseignement.

Je me positionne dans la continuité des groupes Balint, enrichis des apports de Bion dans sa théorie des petits groupes, de Carl Rogers, des travaux d’Anzieu et Kaës sur la dynamique des groupes restreints et l’écoute de l’imaginaire dans les groupes, de ceux de Rouzel, de Claudine Blanchard-Laville sur le rapport au savoir et l’analyse des pratiques des enseignants et formateurs, et…. de ma pratique. Psychanalyste en libéral et en CMP, je suis spécialisée dans le lien social, nantie d’une pratique affirmée de l’analyse de pratiques et de la supervision d’équipes en charge de publics difficiles dans le champ social, médical général et de la psychiatrie adulte et infantile, et d’accompagnement des dirigeants et des managers dans leurs confrontations à la conduite de leur action managériale.

Je préfère pour ma pratique l’appellation de GAP, ou de Type Balint, à celle de groupes Balint. Les GAP dérivent du modèle de travail plus soutenu que Balint a initié.

Catherine FARZAT

Adresse : 75011 Paris
Fixe : 01 43 48 00 49 – Mobile : 06 09 36 92 17

Qu’est-ce qu’un GAP de type Balint

tel que je le pratique ?

C’est un groupe d’inspiration Balint, se réunissant en général une fois par mois, dans un cadre contractuel. Il est animé par un professionnel, en général passé par l’analyse, en tout cas formé et capable d’ouvrir le questionnement et de favoriser l’émergence d’un espace où les praticiens du champ social, éducatif, psychologique, de la santé, et de tout métier de la relation humaine puissent s’appuyer sur leurs sentiments et émotions pour mieux exercer leur métier, et penser par eux-mêmes leurs pratiques.

En France, ce dispositif a d’abord été pratiqué auprès d’éducateurs spécialisés accompagnant quotidiennement des enfants, des ado, des adultes. Il est maintenant largement répandu dans les autres secteurs.

  • Le GAP type Balint est un groupe constitué autour d’un cadre à référence clinique et d’une méthodologie précise découlant de ce cadre ;
  • L’objectif général du groupe est de soutenir des professionnels en relation avec des publics fragiles, souvent sujets à des pulsions d’agressivité et présentant des troubles associés à de graves difficultés sociales, familiales, voire des symptomatologies lourdes, ou des manifestations de destructuration ;
  • À partir de l’exposé d’une situation professionnelle concrète vécue par l’un des participants, le groupe travaille collectivement à l’analyse de cette situation. L’animateur, garant du cadre qui favorise les associations libres des participants, veille au maintien d’une écoute bienveillante, confidentielle, sans jugement, et d’une coopération authentique ;
  • L’objectif d’une séance est de comprendre en profondeur la situation professionnelle exposée, les émotions qu’elle suscite chez l’exposant, en questionnant ses liens avec :
    – Ce qui appartient au praticien et ce qui appartient à l’autre dans les affects éprouvés, – Les représentations que le professionnel a de lui même en tant que professionnel et celles qu’il a de la personne dont il s’occupe – l’histoire professionnelle de l’exposant et les parts de sa personnalité professionnelle impliquées, – le dispositif qu’il adopte, – les effets émotionnels et imaginaires du récit du cas sur le groupe, et ce qui se transfère du terrain sur le groupe, lequel fait un travail de contenance psychique des éléments issus du terrain ; – éventuellement, la réaction personnelle aux éléments de souffrance invalidants en lien avec les dispositifs institutionnels ou groupaux qui peuvent entraver la capacité professionnelle et la vie psychique du praticien.

Analyser sa pratique, participer à un GAP type Balint, c’est :

  • Examiner son implication personnelle dans les situations professionnelles rencontrées et travailler à la co-construction du sens de sa pratique. Il s’agit de démonter ensemble le processus qui s’est joué, les ratées éventuelles à l’intérieur du processus, les niveaux d’achoppement (conscient, inconscient, méthodologiques, relationnels, systémiques…) .
  • Repérer des répétitions de fonctionnements et des analogies dans les situations.
  • Ne plus rester seul devant les difficultés, s’apercevoir que les autres ont aussi des difficultés, et que celui qui les expose ne se fait pas disqualifier, mais au contraire est reconnu en tant que professionnel
  • faire ainsi chuter « l’oscillation diabolique entre impuissance et toute puissance » (Georges Gaillaird)
  • se changer (faire bouger sa personnalité professionnelle) pour aider au changement de l’autre dont on s’occupe.

Les participants parlent souvent spontanément :

  • de ce qu’ils font et dont ils ne parlent pas d’habitude parce que ça ne correspond pas forcément à ce qui est prescrit,
  • de ce qu’ils souhaiteraient faire et qu’ils n’arrivent pas à faire ;
  • de ce qu’ils font et qu’ils aimeraient ne pas faire ou
  • de ce qu’ils font sans vraiment avoir conscience qu’ils le font, soit qu’il est plus confortable de ne pas le savoir, soit que cet agir est tellement « incorporé » qu’ils ne le voient plus du tout comme modalité de leur action.

Pour les professionnels, il découle de leur participation à un GAP type Balint:

  • un sentiment de pacification et une meilleure canalisation de l’énergie,
  • un plus juste positionnement dans la relation,
  • une meilleure acceptation des limites inhérentes à leur rôle et à leur action professionnelle,
  • une meilleure tolérance de la conflictualité, ce dont bénéficie l’institution,
  • une diminution de la fatigue au travail par un déblocage de leur potentiel personnel créatif,
  • une confiance accrue dans leurs capacités à accompagner des publics difficiles et une capacité accrue à être et faire avec l’incertitude
  • une motivation à développer seul et en équipe une position réflexive sur leur pratique, leur implication personnelle dans les situations professionnelles rencontrées. leur identité professionnelle, leurs ressentis.
  • Une capacité à repérer et à se protéger des dysfonctionnements institutionnels.

Mon expérience m’a permis de mesurer l’importance de la cohérence des positionnements des professionnels pluridisciplinaires autour d’une même situation problématique, ce qui me conduit à proposer en intra des GAP les rassemblant. Ce dispositif limite le morcellement des interventions et produit une analyse commune des données.

Les professionnels de terrain rencontrent régulièrement des sujets présentant des troubles psychologiques, des difficultés de cohérence, voire des déstructurations profondes qui les font souffrir et qui impactent l’institution.

Ces troubles associés à de graves difficultés sociales, familiales et souvent à des pratiques addictives accroissent la complexité des suivis et posent question.

Le GAP type Balint présente un point d’appui solide aux professionnels, tant pour interroger et élaborer ce qu’ils engagent d’eux dans leur pratique professionnelle, que pour leur fournir des éléments leur permettant de repérer leur relation à l’institution, de se dépêtrer dans ses dysfonctionnements, voire d’être acteur dans de nouvelles dynamiques institutionnelles.

Les origines de la supervision et de l’analyse de pratiques

Un peu d’histoire !

Il est une idée en vogue, et qui existe depuis longtemps : l’approche psychanalytique ne serait d’aucun secours dans les pratiques sociales et médico-sociales, voire elle serait nocive. Or, si travail social/médico-social et psychanalyse sont séparés, ils sont pourtant liés. L’analyse de pratiques professionnelles et la supervision d’équipes viennent de la psychanalyse et peuvent y trouver nourritures affectives, pratiques et théoriques. Comment ça ?

1. Psychanalyse et travail social

C’est grâce à la psychanalyse naissante que les dommages psychiques générés par la première guerre mondiale commencèrent petit à petit à avoir un accueil autre que celui d’accusations de simulation, ou de diagnostic d’ »hystérie de guerre » traitées par les fusillades ou les électrochocs.

Au 5ème Congrès International de la Psychanalyse à Budapest, organisé à l’initiative de Ferenczi, le principe de l’accès à la psychothérapie pour tous fut voté avec enthousiasme (septembre 1918).

L’idée de cliniques dans lesquelles les patients pourraient se soigner gratuitement rencontrait à la fois les idées sociales réformatrices et révolutionnaires de l’après-guerre, et les conditions matérielles et psychologiques précaires dans lesquelles vivaient les gens firent que les patients ne venaient plus seulement des classes privilégiées.

En février 1920, s’ouvre la première polyclinique de psychanalyse à Berlin. La liste des psychanalystes qui consacraient 1/5ème de leur temps à ce travail est éloquente : K. Abraham, P. Federn, O. Fenichel, E. Jacobson, K. Horney, E. Fromm, W. Reich, M. Klein, E. Simmel, M. Eitingon … Deux ans et demie après, 700 personnes, de 6 à 67 ans, avaient été admises, dont la moitié avait bénéficié d’une psychothérapie.

En 1922, est fondé l’Ambulatorium à Vienne, intégrée à la clinique universitaire. Il y était presque impossible de faire face à l’afflux de patients. Entre 1922 et 1931, des centaines et des centaines de patients de tout âge y furent traités pour maladies psychosomatiques, phobies et dépression. Y oeuvrent, notamment, Aichhorn, Anna Freud, H. Deutsch, P. Federn, W. Reich…

2. Psychanalyse, travail social, médico-social, éducation et supervision

Jung est le premier à avoir soufflé à Freud l’idée de la nécessité d’une cure analytique pour tout analyste. Ferenczi affirmera que la résistance au travail analytique se situe toujours du côté de l’analyste. L’idée de la supervision était née : Que dire et faire des affects engagés dans le transfert ?

Les analystes de la Polyclinique de Berlin éprouvent la nécessité de disposer hors cure analytique d’un espace d’élaboration de la relation transférentielle dans le travail avec les patients. L’idée de la supervision est née, dont s’inspireront, dans le champ social et médico-social, toutes les formes de supervision et d’analyses de pratiques professionnelles.

C’est sur ce fond de pratiques analytiques et sociales qu’August Aichhorn, un ancien éducateur et directeur de jardin d’enfants, développe au cours de ses conférences publiques de 1925 un modèle psychanalytique d’aide aux adolescents en souffrance et délinquants1 : il fait des conduites anti-sociales des ados l’équivalent du symptôme dans la cure individuelle, symptôme d’avoir été laissé tomber par les adultes, et de « s’être laissé tomber »2, et repère le transfert dans la relation éducative.

Anna Freud, quant à elle, dans une série de conférences sur la relation entre Education et Psychanalyse, s’adresse ainsi, en 1930, aux éducateurs des foyers d’accueil de Vienne : « Si vous vous êtes décidés à assister à mes conférences, c’est que peut-être sans fondement précis vous devez avoir l’impression qu’une meilleure connaissance de la psychanalyse pourrait vous être de quelque utilité dans votre tâche difficile » puis « Votre position privilégiée, tout en permettant une connaissance intégrale des différents cas, comporte également des inconvénients. Votre fonction d’éducateurs de maison d’enfants vous impose – tout comme aux instituteurs et aux jardinières d’enfants- une action ininterrompue. La vie et l’animation dans vos classes et dans vos groupes exigent votre perpétuelle intervention. …. Mais pour une telle synthèse explicative des éléments en présence, peut-être vous manque-t-il autre chose que l’occasion…. »3 .


1August Aichorn, Jeunes en Souffrance, Psychanalyse et Education Spécialisée (2ème Edition), Edition du Champ Social, 2005, Préface de Sigmund Freud 2 Joseph Rouzel, La supervision d’équipes en travail social, Dunod, 2007. 3 Anna Freud : « Initiation à la psychanalyse pour éducateurs », Collection Regard

Catherine FARZAT

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Pratiques professionnelles : Quelques réponses

Interview de Catherine FARZAT

Madame FARZAT, vous êtes Psychanalyste, intervenante en analyse de pratiques et supervision, ainsi que coach depuis de nombreuses années, pouvez vous nous faire part de votre expérience …

Qu’elle est pour vous l’utilité de l’Analyse des pratiques professionnelles ?

  •  S’interroger sur ce qui est en jeu dans la relation professionnelle et la prendre en compte dans sa complexité ;
  • Permettre un temps d’échanges non seulement entre professionnels, mais entre différentes générations de professionnels, dont la formation et les références théoriques et pratiques sont différentes. Ces différences peuvent être sources de complémentarité comme être vécues sous forme plus conflictuelle, et l’analyse des pratiques professionnelles permet d’originer et de dépasser ces conflits.
  • Ne plus rester seul(e) dans la honte devant ses difficultés et l’écart par rapport à l’idéal professionnel ;
  • Lutter contre l’usure professionnelle, dans un dispositif qui est aussi un dispositif de formation-recherche, selon les groupes Balint initiaux ;
  • (Re)Trouver de la créativité.

Quels sont pour vous les établissements, les services ou les équipes qui en ont le plus besoins et pourquoi ?

Tous les professionnels de la relation d’aide et d’accompagnement ont besoin d’une aide à l’analyse et à la compréhension des situations difficiles pour des interventions adaptées.

Les professionnels de terrain, travailleurs sociaux ou médico-sociaux, professionnels de l’éducation, rencontrent régulièrement des sujets présentant des troubles psychologiques, des difficultés de cohérence, voire des déstructurations profondes d’ordre psychiatrique.

Ces troubles associés à de graves difficultés sociales, familiales en particulier de la parentalité et souvent à des pratiques addictives accroissent la complexité des suivis et posent question aux professionnels.

Pour faire face à ces situations, l’analyse de pratiques est conçue comme un espace de parole, de partage et de soutien avec un professionnel expérimenté et extérieur à l’institution ou à la collectivité.


Quelles sont les conditions qui doivent être réunies pour la mise en place de sessions d’analyse des pratiques professionnelles et pourquoi ?

Il faut déjà se poser la question de la pertinence de l’analyse de pratiques. Peut-être est-ce d’autres choses dont l’équipe et/ou la direction a besoin ? (régulation, analyse institutionnelle, analyse de pratiques managériales….). Il faut donc travailler les demandes.

Travailler sur la demande de l’équipe, c’est déjà la mettre au travail : d’expression de ses craintes éventuelles, d’analyse de ses pratiques professionnelles et de ses représentations l’analyse de pratiques.

Travailler sa demande avec la direction permet de faire connaissance avec la structure et ses responsables, connaître leurs attentes et représentations de l’adp, pouvoir dire ce que l’analyse de pratiques n’est pas, notamment par rapport à l’idée éventuelle que ce serait à d’autres de faire un travail qui incombe à l’institution (cas de dysfonctionnements institutionnels).

Il s’agit de considérer l’analyse de pratiques comme un projet, dont la mise en œuvre a des impacts sur l’équipe et sur l’institution, et participe à créer du tiers, dont certaines institutions ont besoin.


Quelle(s) approche(s), méthodologie(s), outil(s) utilisez vous principalement en Analyse de la pratique et quels sont leurs atouts ?

Je me positionne dans la continuité de Michael Balint, médecin et psychanalyste anglais qui instaura il y a plus de 50 ans l’analyse des pratiques professionnelles comme outil de formation et de travail pour les médecins en difficulté dans leurs relations à leurs patients.

Ce dispositif s’est étendu à l’ensemble des métiers dans le domaine social, médical et éducatif, c’est-à-dire des pratiques qui mettent en jeu le lien à l’autre.

Mes interventions et animations de groupes d’analyse de pratiques type Balint se font à partir d’une prise de parole spontanée, dans un cadre très défini que les participants intègrent, et leur permettent d’identifier leurs positionnements, les enjeux posés, les émotions qui parasitent le lien à l’autre.

Il s’agit de poser un espace de paroles constituant un cadre sécurisant et structurant qui permet d’entendre et de faire entendre ces mots souvent jugés insignifiants, d’exprimer la complexité, les contradictions, les tensions, les émotions.

J’utilise la psychanalyse appliquée au domaine social, jointe à mon expérience de la dynamique de groupe, de la systémique, pour concentrer l’énergie du groupe sur des possibilités de solutions pratiques et créatives, en allant là où chacun n’aurait pas forcément pensé à chercher pour ses propres cas.


Quelles sont les erreurs majeures à ne pas commettre lors de la mise en place d’un projet depuis son initialisation à sa réalisation ?

Ne pas clarifier en amont la demande du prescripteur et de l’équipe, ce qui reviendrait à ne pas mettre à jour les éventuelles contradictions et à ne pas définir un cadre d’intervention cohérent. C’est d’autant plus crucial dans un contexte interdisciplinaire que les différences de statut peuvent engendrer des peurs.


Quelles sont pour vous les compétences indispensables à un intervenants en APP et pourquoi ?

  •  Savoir poser et tenir un cadre « anti-fatigue » et rigoureux (cadre externe) : sans lui pas de liberté d’association et d’expression, pas de sécurité, pas de travail possible permettant de contenir les angoisses des professionnels et des usagers, pas d’émergence de créativité, pas de reconnaissance d’un professionnalisme mutuel),
  • Avoir fait un travail sur soi permettant d’avoir une écoute très fine, d’identifier ses projections, d’accepter de ne pas tout savoir, voire de ne rien savoir, de savoir être à la fois empathique et limitant, de pratiquer la dissymétrie, de s’identifier et de se désidentifier avec les participants et les personnes qu’ils accompagnent, d’être à la fois humble et exigeant, d’être souple et flexible sans être trop poreux, d’accueillir la complexité…
  • Avoir un cadre interne (sentiment de sécurité intérieure sur lequel la sécurité ultérieure du groupe repose, une éthique du respect et de la confidentialité, une capacité à supporter d’être une surface de projections – positives comme négatives – pour les participants, un espace psychique intérieur où l’intervenant peut se décoller de ce qui est dit et éprouvé et où il peut laisser venir les pensées et émotions qu’il pourra élaborer et réutiliser au bon moment dans le groupe…)
  • Etre capable d’ouvrir le questionnement et favoriser l’émergence d’un espace où les praticiens de tout métier de la relation humaine puissent s’appuyer sur leurs sentiments, pensées, sensations, intuitions et émotions pour mieux exercer leur métier, et penser par eux-mêmes leurs pratiques
  • Savoir adopter une posture favorisant la production par les participants de récits riches,
  • Poser les frontières explicites du travail en séance afin d’éviter les dérives,
  • Avoir une bonne connaissance et pratique de la dynamique des groupes,
  • Savoir analyser les processus,
  • Savoir délivrer des feed-back apprenants et utiliser ses compétences pédagogiques.

Quel conseils donneriez vous à un jeune intervenant souhaitant se lancer dans l’Analyse des pratiques professionnelles ?

Par « jeune », j’entends quelqu’un de jeune dans le métier d’intervenant en analyse de pratiques, quel que soit son âge. Car il est nécessaire d’avoir de la bouteille dans sa profession d’aide et d’avoir fait un travail sur soi, quel qu’il soit.

La supervision des pratiques de l’intervenant en analyse de pratiques me paraît absolument indispensable, quel que soit l’âge de l’intervenant, et à fortiori s’il est jeune.

Je lui conseillerais aussi de favoriser les inter-visions avec un ou deux collègues, entre les supervisions, afin de ne pas rester isolé, et de pouvoir gérer au mieux son transfert « didactique ».

Enfin je crois qu’il aurait intérêt à tenter de diversifier ses champs d’’interventions, et de ne pas craindre de refuser les missions qui lui semblent trop difficiles dans un premier temps. Il en aura d’autres !

Catherine FARZAT

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