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Constituer un groupe et traiter le « négatif »

Dans tous les espaces de travail et d’accompagnement collectifs, tels que les réunions d’équipe, l’analyse des pratiques professionnelles, la supervision, la régulation, la formation ; mais aussi dans les services et structures où s’organise une vie collective avec les publics, le groupe est déterminant.

Prenons l’exemple d’un dispositif d’analyse des pratiques professionnelles. Ce dispositif se veut ouvert à tous, collectif, dédié aux pratiques professionnelles et plus particulièrement à ce qui les empêche de se réaliser avec justesse et opportunité, le superviseur doit alors « créer et garantir un climat de liberté réelle avec tous »1.

La visée est de construire un espace de libertés et de présence réelles à soi et aux autres, entre tous, où les masques professionnels et personnels (rôles, attitudes, postures, conduites défensives) seront moins présents.
Il s’agit de constituer des groupes de travail dédiés à nos pratiques et ambitions, où chacun exerce et dialogue avec liberté ses motivations, envies, ambitions, engagements, mais aussi son « négatif », ses démotivations, doutes, soupçons, charges émotionnelles, visions idéologiques.

Ce qu’on appelle négatif en Thérapie Sociale n’a pas le sens péjoratif commun. Il s’agit de considérer nos humanités en reconnaissant les ambivalences et paradoxes inhérents à celles-ci.

Il s’agit aussi de permettre à chacun d’exister avec ce qu’il est, là où il en est, sans culpabilisation, de s’y intéresser vraiment et d’accompagner ce qui se montre.

Apparaissent alors une diversité de positionnements et d’affirmations du type : « je n’y crois pas, je ne vois pas ce qu’on peut faire ensemble », « j’ai l’habitude de rester plutôt en retrait dans ce genre de travail », « si on n’y arrive pas c’est de la faute à la direction », Etc.

Ces positions ont alors besoin d’être exprimées, accompagnées ou confrontées. Ce négatif peut être vu habituellement comme une dimension des relations qu’il convient d’éviter.
Ce négatif est perçu comme un empêchement, voire comme un volcan qu’il convient de ne pas réveiller. Il suscite des craintes, des doutes, des soupçons, des visions sombres et des jugements.

Des « jeux relationnels » s’exercent donc pour ne pas dire et ne pas montrer les écarts entre les personnes, leurs visions réelles (non pas réalistes, mais bien réelles).

Les professionnels peuvent traditionnellement être sommés de s’exprimer en mode positif et constructif. Tout ce qui ne pourra se dire dans l’instance collective initialement dédiée à construire une coopération, se déplacera dans des lieux plus affinitaires ou claniques et prendra alors la forme de plaintes, de discrédits et de victimisations.

Les professionnels peuvent aussi parasiter et empêcher cette instance d’avancer par l’expression d’une nonchalance, d’oppositions-écrans, masquant leurs raisons plus émotionnelles et singulières de non-adhésion.

Au début d’un travail de groupe, d’une rencontre, d’une relation, d’un projet, mais aussi tout au long de ceux-ci, nous pouvons avoir certaines envies et volontés, mais aussi des craintes, doutes ou besoins spécifiques pour y arriver. Ces craintes mais aussi ces envies sont sous influence de nos filtres émotionnels et peuvent donc nous empêcher de voir suffisamment la réalité, de soi, des autres, de la coopération, de l’objectif.

Il y a donc une opportunité à faire exister et accompagner ce « négatif émotionnel » et ses résonances dans le groupe, pour accéder à une prise en compte de chacun dans sa réalité, dont ses filtres et visions.
Par cet accompagnement, certains de ces filtres et visions négatives diminueront voire disparaîtront. Le groupe accède alors à la réalité d’un négatif (ce qui fait réellement obstacle entre les professionnels pour réussir leur projet et auquel ils doivent trouver des solutions collectives nouvelles).

Cette reconnaissance de tous, cet accompagnement du négatif sont des spécificités fortes de la Thérapie Sociale

C’est donc l’expression, la reconnaissance et l’accompagnement de toutes ces dimensions qui conditionnent la constitution d’une relation de travail libérée et responsable et qui favorisent des liens de coopération plus francs entre tous, le partage d’informations importantes et la possibilité de trouver ensemble des solutions nouvelles, opportunes et réalistes aux difficultés, « challenges » individuels et collectifs.

Pour imager ce « négatif » auquel l’intervenant en Thérapie Sociale a appris à s’intéresser, prendre soin et accompagner, nous pouvons le comparer au négatif d’une photo, où tous les éléments pré-existent et c’est le traitement suffisamment juste de tous ceux-ci qui favorisera des mises en lumière de la réalité et la créativité de ses auteurs.

Selon les situations et enjeux, ce « négatif » peut être au-delà d’appréhensions et de doutes.

C’est le cas dans des relations où les personnes ont des images dégradées et même diabolisées les uns des autres, lorsque des violences s’exercent entre elles, lorsque certaines exercent un pouvoir abusif et que d’autres vivent des stress et angoisses importants, lorsque ces personnes ont fait l’expérience répétée ou grave de blessures entre elles.

Ce négatif n’est pas de nature différente de celui précédemment nommé, il s’agit d’une différence de degré, d’intensité.

Et c’est bien la reconnaissance et l’accompagnement, plus ou moins conséquent de ce négatif en fonction de ses intensités, qui est déterminant pour permettre aux personnes de s’engager dans des positions plus libres, apaisées, c’est-à-dire moins manipulées par leurs filtres et leurs empêchements, ensemble.

Jérôme Voisin, intervenant en Thérapie Sociale TST – En savoir Plus…

1 Quel superviseur pour l’analyse des pratiques professionnelles ?

  • : Jérome Voisin, Superviseur, Intervenant en Thérapie Sociale TST
  • : icare.dijon@yahoo.fr

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