
En pratique, les dirigeants d’institutions, lorsqu’ils font appel à de la supervision, consultent plusieurs praticiens. Les équipes les rencontrent et donnent leur avis ou consentement à propos du superviseur choisi. Si ce processus est communément admis et institué, nous en relevons quelques points clés d’un choix de superviseur dans l’article qui suit.
Si la « famille des psy » est majoritairement sollicitée, elle n’est pas exclusive de l’adresse. Les coaches, experts et intervenants issus de la formation ou du conseil y trouvent également place. La « famille des psy » présente de l’hétérogénéité. Un(e) psychiatre n’opère pas avec le même référentiel qu’un(e) psychologue clinicien(ne), ou encore un(e) psychanalyste, voire un(e) psychothérapeute. Ils et elles ont en commun de travailler avec la psyché d’un autre. Toutefois, leur position éthique et clinique varie, non seulement en raison du cadre dans lequel chacun(e) travaille, et aussi parce que la position professionnelle résulte d’une pratique personnelle et d’une réalité : un(e) professionnel(le) est aussi un sujet désirant (ce qu’il ou elle veut pour l’autre).
On ne peut pas exclure cette question qui frotte, ou qui gratte. Si des psy n’avaient aucun désir pour l’autre, ou ils seraient installés dans la toute puissance, ou opéreraient dans la demande de supervision / analyse de pratiques par besoin marchand et non par désir. Qu’un psy (ou un praticien autre) ait encore du désir pour l’autre, ne serait-ce que le désir d’écouter l’autre, humanise sa position et aménage la rencontre entre des subjectivités.
J’en viens à ce qui est adressé. Dans bien des cas, c’est la mise à distance du quotidien du Travail et de la prise en charge qui légitime une demande de supervision ou d’analyse des pratiques. Le Travail au quotidien se présente en un agir fragmenté, immédiat, parfois éclaté ou conflictuel (conflit de valeurs, de priorités, de loyauté), des obligations et des injonctions. Le Travail au quotidien c’est aussi ce qui se répète, ce qui fait ligne de fuite ou au contraire butée des « problèmes ».
C’est-à-dire de ce que des sujets n’arrivent pas à résoudre (butée) ou ce qu’ils ignorent ou refoulent (ligne de fuite). Ce qui fait fuite ou butée est l’objet de jouissance - souffrance dans les équipes. Jouissance observable par la recherche de soulager des tensions (phénomène de cause finale qui explique le Tout, recherche d’un bouc émissaire, décharge affective par la critique systématique ou une position agressive). Souffrance par la circulation des tensions, chacun(e) s’estimant victime de l’autre ou des autres, de la hiérarchie ou de l’institution lorsque les conflits se transportent dans le fonctionnement quotidien.
Dans l’écoute de l’adresse par un superviseur, un questionnement du cadre institutionnel est nécessaire, car la Société donne mission et délégation à des institutions médico-sociales ou sociales de s’occuper de ce pour quoi elle a échoué, n’a pas de réponse politique ou sociale, ou encore requiert un cadre spécifique à la prise en charge. L’adresse peut être accueillie comme contenu et point de départ de la relation.
Dans l’observation de la demande, l’adresse faite au praticien relève dans certains cas d’une expertise. J’y trouve une confusion ou une demande fusionnelle cachée :