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Analyse des Pratiques et Supervision : symptômes et dynamiques d’équipes

Du symptôme de l’usager à la dynamique d’équipe !

De multiples facteurs influencent les dynamiques d’équipes qu’ils soient personnels, psychologiques, sociologiques ou encore historiques, institutionnels, systémiques…. Les politiques sociales ont fait le choix il y a de nombreuses années de regrouper des populations selon les problématiques qu’elles présentaient et les classes d’âges.

J’ai fait l’hypothèse dès mes premiers postes de travailleur social que ce regroupement de population avait une influence majeure sur les dynamiques et les symptômes des équipes.

Voici quelques situations et observations relevées sur ce chemin !

Violence des uns, violence des autres !

Jeune éducateur, il y a trente cinq années, je fis ma première expérience d’analyse des pratiques professionnelles. Alors en I.M.P. j’accompagnais de jeunes issus d’un « ghetto » d’une grande ville française, tous dits ” caractériels ” étaient atteints de ” troubles du comportement et du caractère” pour reprendre les termes utilisés à l’époque. Le quotidien était occupé à gérer les violences entre usagers ou avec l’extérieur (rivalité de bandes, braquage, viol, vol avec effraction…) Les rapports entre éducateurs hommes étaient plutôt virils et la reconnaissance des éducatrices proportionnelle à leur capacité à gérer l’agressivité physique des usagers. L’infirmière plutôt masculine et une enseignante professeur de judo était particulièrement respectées du reste de l’équipe. Les Éducateurs les pus anciens avaient décidé d’un séjour de rupture pour les « Caïds ». Au retour de ce séjour et lors d’une séance d’APP, ils expliquent qu’ils avaient instauré des règles de vie minimales appliquées avec rigueur durant le séjour. La première destinée à “restaurer la loi du père” était : “Un gros mot, une beigne” et pas n’importe laquelle ! Les époques changent, si ceci est à peine pensable aujourd’hui. Beaucoup d’entre-nous avions développé l’art de justifier à postériori de notre incapacité à trouver d’autres solutions d’accompagnement. Les références explicatives inappropriées ne manquaient pas depuis une psychanalyse vulgarisée jusqu’à la gifle thérapeutique de Makarenko. Aujourd’hui nous serions hors la loi comme nos jeunes protégés !

De la folie des uns à celle des autres !

Quelques années plus tard, je prenais un poste dans un service de neuropsychiatrie infantile. Nous étions en analyse de groupe avec la psychiatre du service sur le divan de laquelle plusieurs des membres de l’équipe allaient s’allonger fort du modèle transmis par Bettelheim. Lors de ma première séance de groupe chacun me souhaita la “bienvenue” et un membre de l’équipe ajouta:

    – “tu as de la chance tu arrives dans le bon “Bon groupe” ! ” – Surpris je rétorquais immédiatement « parce qu’il y en a un “Mauvais”, – “Oui” dit-il “le Groupe Merde” au bout du couloir, il ont les petits qui se pissent et se chient dessus”

Fallait-il voir une corrélation entre la référence freudienne au stade marqué par l’encoprésie des plus petits et la dynamique de ces équipes ? Fort de mes lectures de Mélanie Klein et de ses écrits sur le “bon” et le “mauvais” objet je me dis tout de même : “Bienvenue dans la psychose ! “ Il m’a été difficile de résister à la puissance du processus. Celui a généré, chez moi, quelques angoisses à l’idée de ne pas être apprécié de mes collègues.

Aimons-nous les uns les autres !

Par la suite, en qualité de chef de service puis de directeur j’ai eu à animer des équipes en Foyer Occupationnel et Foyer d’Hébergement pour adultes handicapés. Mon parcours d’analyste des pratiques m’a également mis en relation avec le type de structure concerné. L’un des thèmes récurrents, source de différences de points de vue, est la question de la distance affective à mettre avec les usagers. Il est fréquent de voir l’institution poser de façon explicite ou implicite et selon le cas deux types de règles extrêmes :

    • “On ne parle pas d’Amour, on n’est pas la pour les aimer ” “on vouvoie les usagers” “on doit refuser les cadeaux”…

Ou bien

  • “On leur donne l’amour dont ils ont besoin ” ” on fait des cadeaux aux usagers” ” on peut inviter les usagers à manger chez soi”….

Je me souviens avoir sollicité dans l’un de ces établissements le passage d’un test d’adaptation pour les usagers. Le test révéla pour l’ensemble de la population adulte une maturité affective allant de 3 ans à 5 ans. Qu’en était-il du niveau de maturité affective des relations au sein de l’équipe ? Force est de constater que selon les cas l’équipe vivait l’illusion d’une véritable “fusion” (copinages hors travail rependu, création de nombreux couples au sein de l’équipe, tutoiement systématique avec la hiérarchie, projet d’adoption d’usagers par des membres…) ou à l’inverse des relations professionnelles intellectualisées, désensibilisées et déshumanisées. Au fur et à mesure de mon parcours j’interrogeais à travers la mise à jour de ces corrrélations les croyances implicites en miroir qui les sous-tendaient.

Occupez-vous de moi et tenez-moi fort ou je pars !

Lors d’une supervision d’équipe devenue assez difficile entre les différents services j’ai directement fait un tour de table en demandant aux membres de l’équipe en quoi les problématiques des usagers pouvaient leur apprendre quelque chose de leur propre fonctionnement entre eux. A ma grande surprise les réponses ont fusées ! Celles-ci reprenaient diversement :

    – “Tant qu’on exiger des autres qu’ils satisfassent nos besoins plutôt que d’être acteur de ceux-ci on peut continuer à faire partie du groupe.” – En d’autres termes “si l’on devient autonome on ne fait plus partie du groupe”.

Pour ceux qui connaissant la population qu’accompagnent ces “éducatrices” vous aurez trouvé sans difficulté. Il s’agit des “gens du voyage”. Si les femmes deviennent actrices (travail, allaitement…) et contribuent au changement de la culture, elles prennent le risque d’être exclues du groupe. Mieux vaut exiger des autres, du groupe, de l’extérieur !

Loin des yeux près du cœur !

Parmi toutes ces aventures, il y a bien des choses que je n’ai pu m’expliquer. En effet l’une des associations dans laquelle j’ai pu intervenir avait pour mission de recueillir toutes les “solitudes” de l’enfance. Ce sentiment pesant, pour moi venant de l’extérieur une fois par mois était perceptible. Plus de la moitié des jeunes accueillis étaient des jeunes majeurs isolés étrangers, venus chercher du travail et de l’argent en France espérant repartir un jour au pays avec la reconnaissance des leurs. Cette structure perdue dans la nature et loin de tout n’attirait évidement pas les professionnels diplômés. Ils recrutaient donc de jeunes accompagnant non diplômés ayant accepté un poste loin de chez eux contre une rémunération et la garantie d’une formation. Comme tous les héros qui rentrent de leur voyage, ils attendaient tous le retour à la maison pour ne pas dire au pays et la reconnaissance des leurs. Les thèmes récurent en analyse des pratiques questionnaient :

  • Le travail individuel ou collectif et la notion d’appartenance
  • La solitude et le soutien des membres de l’équipe
  • La reconnaissance de la hiérarchie
  • La règle « donner/recevoir » (dette)

Plutôt moi que toi !

Enfin lors d’une session d’analyse des pratiques alors que je questionne une éducatrice, celle-ci me dit :

    – “moi je ne dis plus rien et je bosse seule car il n’y a personne pour vous tendre la main dans notre équipe, chacun est seul et à la rue !”

Je lui demande alors ce qu’elle craint le plus dans son travail et la personne me répond :

    – “de lâcher les SDF et qu’ils retournent seul à la rue.”

“Soyez sans crainte”, lui ai-je répondu avec beaucoup d’empathie ! “Vous le faites pour eux !”

De quoi s’émerveiller chaque jour de la complexité des univers dans lesquels nous évoluons !

Que dire encore de ce SAVS travaillant sur l’autonomie des usagers et n’ayant plus de chef depuis plus d’une année ou encore de l’accompagnement de cet adulte psychotique et morcelé suivi par plus de 12 travailleurs sociaux , psychologue, psychiatre, médecin sans véritable collaboration… Probablement pourriez-vous de par vos expériences allonger cette liste inépuisable !

Enfin mes propos ne seraient pas complets si je ne me demandais pas quelle peut être l’influence du recrutement d’une équipe sur la population accueillie : Age, origine socioculturelle, formation…Que d’histoires encore à raconter…

Cela pourra faire l’objet d’un nouvel article !

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