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Analyse des Pratiques à distance : Une expérience !

teletravail

Confinement et télétravail

Qu’en est-il de l’analyse des pratiques professionnelles ?
Après expérience je l’affirme : l’Analyse des pratiques en visioconférence fonctionne!

Cette période de confinement a obligé bon nombre d’établissements sociaux et médico-sociaux à passer d’une pratique relationnelle en présence des personnes accompagnées à une pratique du télétravail, à distance, par téléphone ou visioconférence. Cette modification subite des modalités de travail a aussi touché les interventions en analyse des pratiques professionnelles.

Le premier mouvement logique pour beaucoup d’entre nous, responsables d’établissements, professionnels de terrain ou animateurs de groupe d’analyse des pratiques professionnelles, a été d’annuler les séances prévues. Face à l’ampleur de ce qu’il y avait à réorganiser, l’analyse des pratiques a pu apparaître comme secondaire. En outre, le travail d’analyse des pratiques s’appuie sur la dynamique du groupe et l’animateur tire partie des mimiques, des expressions corporelles, des émotions perçues pour mettre en question l’explicite et l’implicite dans l’énoncé d’une situation. Ces usages peuvent être spontanément considérés comme faisant partie des bases du fonctionnement d’un groupe d’analyse des pratiques professionnelles, et il est assez logique de considérer que la séance en présentiel est une condition sine qua non de la possibilité d’un travail réflexif. Avant d’avoir pris le temps de me poser la question, c’était mon avis. Une expérience en deux temps m’a démontré le contraire.

Fin mars 2020 je devais me rendre en formation pour une consolidation de ma formation initiale à l’animation de groupe d’analyse des pratiques professionnelles. Au cours de ces deux journées, je devais passer devant un jury pour valider la certification professionnelle d’aptitude aux fonctions d’animateur de GAPP. La situation sanitaire a rendu ce regroupement impossible et la consolidation a été annulée. Pourtant à ma grande surprise l’organisme de formation a décidé de maintenir le jury en visioconférence

J’ai dans un premier temps éprouvé quelques réticences, notamment une appréhension d’être dépendant d’une technique dont je ne maîtrise pas certains paramètres comme le flux de données. Je me suis néanmoins prêté au jeu pour aller au bout du travail préparatoire qui m’avait conduit jusqu’à ce jury.

Le jour J, en visioconférence donc, les examinateurs ont réussi par leurs questions à me mettre en travail, à me faire m’interroger sur le sens de ma pratique, sur ma posture, sur mon éthique. J’ai finalement vécu dans cette expérience la possibilité de faire un travail réflexif à distance, et ce de manière d’autant plus convaincante que je l’ai moi même éprouvé dans la posture du professionnel accompagné.

Fort de cette expérience, j’ai pris contact avec un établissement médico-social dans lequel j’anime plusieurs groupes, afin de proposer de maintenir les séances prévues fin avril – que le confinement nous empêchait de faire en présentiel – et de les organiser en visioconférence.

Le travail des professionnels de ces groupes est très varié par leurs professions (éducatifs, soignants, encadrants techniques) et par leur organisation de travail, certains travaillant en internat, d’autres en journée avec les usagers dans l’établissement, et d’autres encore en milieu ouvert avec des contacts réguliers avec les personnes accompagnées.

Le confinement a entraîné la fermeture physique de l’établissement. Ces professionnels de terrain sont donc passés d’une pratique quotidienne avec les usagers à un travail à distance, par téléphone le plus souvent, de manière hebdomadaire pour les appels les plus fréquents. Ceci a entraîné, comme pour beaucoup de professionnels du secteur, une refonte subite et complète des missions. Elles sont exercées pour un temps à partir du domicile de chacun, dans un maintien du lien et un accompagnement de la vie confinée des usagers dans leurs domiciles respectifs.

Il s’agissait donc d’offrir un espace d’élaboration à ces professionnels, leur permettant de mettre en perspective le travail effectué en cette période de crise avec le travail habituel, leur ouvrant un espace pour poser et interroger ce qui fait problème dans cette nouvelle manière de travailler et leur offrant aussi la possibilité de venir explorer une situation vécue dans le lien à distance avec un usager. Il s’agissait ni plus ni moins d’offrir à ces professionnel un espace d’analyse des pratiques à distance. C’est ce que nous avons fait, et le bilan est très positif.

En terme de participation d’abord : sur les trois groupes, soit vingt-cinq professionnels au total, seuls trois personnes n’ont pas pu participer. Ce taux de participation est équivalent aux séances habituelles, menées en présentiel.

En terme technique ensuite, car nombre d’inquiétudes initiales concernaient la possibilité technique de le faire, la plupart des participants et moi-même vivant en milieu rural, avec des connexions internet pas toujours de grande qualité. Seule une professionnelle, sur les vingt-deux connectés, n’a pas réussi à avoir l’image, ce qui ne l’a pas empêchée de participer et de conclure que le travail avait été intéressant pour elle. Tous les autres professionnels et moi-même avons pu échanger avec une image et un son fluide, permettant la synchronie des échanges nécessaire à la dynamique d’interpellation de la démarche réflexive.

Sur le plan de l’accompagnement réflexif, enfin, l’expérience a également été très concluante, le dispositif ayant permis la mise en mouvement des professionnels sur leurs pratiques de télétravail en situation de confinement.

Dans un groupe, l’épineuse question de la référence a été dépliée à partir de ce qu’elle implique dans la relation usager/professionnel, de la légitimité qu’elle donne ou non dans le lien avec les familles et les collègues, et de ce que le confinement met en lumière des liens professionnels au sein de cette équipe.

Dans un autre groupe, il a été question de l’accompagnement d’un jeune vivant une épreuve familiale, de la manière dont le professionnel concerné était pris dans des enjeux qui interrogent sa fonction et son articulation avec les autres fonctions du service.

Dans le groupe restant, la délicate imbrication entre le professionnel et le personnel, induite par cette situation très particulière de travail à partir du domicile avec ses propres enfants à la maison, a été mise en perspective avec l’immixtion dans l’intimité des familles accompagnées, elles-mêmes contraintes par les restrictions de mobilité.

Ces thématiques sont celles qui peuvent être explorées de manière habituelle par un groupe d’analyse des pratiques professionnelles. De ma place d’animateur, j’ai senti un engagement des participants, une vraie mise au travail, qu’ils m’ont confirmé d’ailleurs par leurs retours : « travail intéressant », « mêmes conditions que d’habitude » ; « agréable surprise de la qualité de la séance », etc.

J’ai également compris qu’en adaptant légèrement ma manière de travailler – plus de reformulation que d’habitude pour ancrer le propos de la personne qui vient de s’exprimer, une distribution de la parole un peu plus directive car la dynamique de groupe n’est pas mobilisable de la même manière en visioconférence – j’ai assez d’éléments non verbaux pour percevoir une part importante des implicites du discours énoncé, donc suffisamment de points d’entrée pour inviter chacun à se déplacer, à changer de rapport conscient à l’expérience vécue.

remy gondre Intervenant en analyse des pratiquesFort de cette double expérience, je peux aujourd’hui affirmer : oui, le travail réflexif à distance est possible ! Oui, l’analyse des pratiques professionnelles en visioconférence fonctionne !

Cette perspective est intéressante pour répondre aux incertitudes du contexte sanitaire lié au Covid-19. Pour toute la période à venir durant laquelle les déplacements et les regroupements vont être limités, durant laquelle les règles sanitaires à respecter vont être contraignantes pour organiser du travail en présentiel dans des locaux parfois exigus, cette modalité de travail à distance pourra être mise en œuvre et porter ses fruits pour les équipes concernées.

Dans une projection à plus long terme, le travail engagé aujourd’hui sous cette forme par contrainte ouvrira peut-être pour demain, par choix d’organisation pratique ou de réduction des déplacements, de nouvelles formes d’accompagnements !

Rémy GONDREIntervenant en Analyse des Pratiques Professionnelles

Photo de Nastuh Abootalebi sur Unsplash

Analyse des Pratiques Professionnelles, Approche reflexive, APP à distance, Visioconférence, covid-19, confinement