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Analyse des pratiques, supervision, quelle prise en charge au titre de la formation ?

UNIFAF prendra en charge des dispositifs d’analyse des pratiques, ou de supervision au titre du financement de la formation. L’accord de branche de l’OPCA daté du 7 mai 2015 y fait référence au chapitre du financement, article 13 – investissement global formation des employeurs de la Branche. Peuvent être pris en charge à hauteur de 0,65% des dispositifs d’analyse des pratiques professionnelles et ceux de la supervision professionnelle. A ce jour, même si toutes les modalités ne sont pas connues, certains établissements ont déjà inscrits des sessions dans le PAUF pour l’année 2016.

Dans son préambule, l’accord de branche d’UNIFAF rappelle le contexte :

« Les réformes issues notamment des lois du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, du 5 mars 2007 relative à la protection de l’enfance, du 21 juillet 2009 relative à l’hôpital, aux patients, à la santé et aux territoires ont été suivies, ces dernières années, de la mise en œuvre de plans de santé publique, tel que les plans «Autisme », «Alzheimer et maladies apparentées », «Cancer », «Développement des Soins Palliatifs », «Santé au Travail ».

Ces dispositifs placent la personne accompagnée et/ou soignée au centre des projets des établissements et services, avec en corollaire la nécessité d’assurer le développement et l’adaptation des connaissances et des compétences dans l’emploi et/ou vers de nouveaux emplois, en tenant compte à la fois de l’évolution des structures, des besoins des personnes ainsi que des nouveaux modes d’intervention auprès de ces dernières ».

La recours croissant à des dispositifs d’analyse des pratiques ou de supervision procède de facteurs tels que la prise en charge des patients ou des usagers, et des pathologies qui peuvent s’avérer lourdes, du geste ou de l’action technique qui se situe dans une relation, du prima d’une pratique élaborée, pensée en groupe et individuellement sur la répétition infinie de gestes et de comportements quotidiens, de la reconnaissance d’une subjectivité du Travail, alors que ces dernières années protocoles, procédures et modes opératoires ont insisté du côté de l’objectivation des tâches.

La prise en charge financière de dispositifs d’analyse des pratiques et de supervision

Elle peut apparaître une « bonne nouvelle », en soutien d’un investissement consenti par les institutions et leurs équipes. Pourtant, des questions sont posées. Elles concernent le cadre administratif et les pratiques habituelles de la formation.

On peut observer des premiers appels d’offres portant sur des dispositifs d’analyse des pratiques conçus comme des programmes de formation.

Ces appels d’offre portent sans ambiguïté sur de l’analyse des pratiques, à l’échelle de plusieurs groupes dans une même institution.

La formation se caractérise par une administration des obligations légales et une technologie du savoir corrélé au résultat observable.

L’administration des obligations légales, même si elle génère des formalités pour les employeurs et formateurs, ne nous semble pas la dimension la plus questionnante. Dans le cadre d’un dispositif d’AP financé au titre de la formation, il faudrait probablement produire les documents que nous connaissons aujourd’hui pour la formation : un programme, une convention, des listes et attestations de présence, de l’évaluation individuelle écrite ou électronique.

La technologie du savoir et le contrôle du résultat observable posent question.

  • La technologie du savoir a été construite historiquement par une double représentation : celle de l’acquisition de savoir comme résolvant les nombreuses incertitudes des exigences de l’emploi et des contraintes des organisations. Au savoir est corrélée ce que j’appelle la technologie, c’est-à-dire une réponse technique à un problème. Avec le renforcement des mécanismes défensifs des organisations et des acteurs dans des périodes de crise et d’enjeux contradictoires, les réponses sont séquentielles, partielles, réactionnelles c’est-à-dire à effet immédiat, car la représentation commune dominante est que « pour tout problème, il y a une solution ». On peut y entendre une demande d’apaisement de l’angoisse ou de l’inhibition.
  • Le contrôle du résultat observable s’inscrit dans l’utilité vérifiable d’une formation. L’utilité est corrélée à l’efficacité mesurable. L’acte inaugural du contrôle vient de la responsabilité de l’Etat à contrôler la conformité de l’activité de formation, marché qui a historiquement attiré de nombreux opérateurs, dont certains ont pu masquer de la pratique sectaire ou fonctionner comme des coquilles vides sur le plan de la pédagogie et de l’ingénierie de la formation. L’État a généré un système technico-administratif lourd destiné à objectiver des résultats techniques transportés par des individus. Autant dire, complexes à évaluer. Ajoutons que la tendance consumériste de « satisfaction » du client : le stagiaire, et au final l’entreprise qui commande de la formation, ouvre la dés-implication du stagiaire. Plus d’un formateur, quels que soient ses talents et son expérience, dans l’intimité d’une discussion, témoignera de cette double contrainte : produire du contenu infini pour des individus en demande, qui peuvent à tout moment considérer que le résultat de leur formation ne dépend pas d’eux, de leur implication, de ce qu’ils apportent comme matériau, l’expérience qu’ils mettent au service du groupe et de leurs enjeux, et par voie de conséquence transférer sur le formateur leur insatisfaction, leur impatience, leurs limites.

Pourquoi évoquer cette réalité, alors que notre propos vise l’analyse des pratiques et la supervision ?

La question tient en un enjeu : l’analyse des pratiques et la supervision vont à l’inverse de ce que je viens de décrire. Là où le savoir légitime le recours à de la formation, l’expérience d’un dispositif d’analyse des pratiques ne se résout pas à du savoir technologique. Qui plus est, dans les métiers du soin, de l’intégration sociale, du handicap, les questions institutionnelles, de l’exercice des métiers et de la responsabilité des acteurs sont complexes, souvent intriquées. Aussi le but d’un dispositif d’analyse des pratiques ou une supervision vise à débrouiller cet écheveau et à remettre des dynamiques, de l’énergie, de la contenance.

Par conséquent, le financement de l’analyse des pratiques et de la supervision au titre de la formation pose la question de la façon dont les acteurs vont respecter le cadre ou faire rentrer les spécificités de ces dispositifs dans les contraintes et réalités que nous venons de décrire. C’est de notre point de vue, un enjeu important, voire même fondamental. Quelle place donnera-t-on aux processus subjectifs, ou au contraire, voudra-t-on normaliser et contrôler ce qui aujourd’hui, procède de la confiance mutuelle et de la liberté des acteurs. Lorsqu’une direction et des équipes s’accordent à déposer des paroles, des vérités singulières, du lien à l’usager ou au patient avec ses ambivalences, du lien groupal, de l’appartenance culturelle et sociale à des métiers, du désir d’exercer des métiers où l’Autre prend place, sans qu’un discours extérieur aux acteurs viennent leur expliquer ce qu’il faut en comprendre, en penser, et par quoi l’agir résoudrait tout ou quasiment. Un agir que, comme psychanalyste, je nomme « agir névrotique ». C’est-à-dire que « la solution » agit comme apaisement immédiat de la tension, avec le comportement réactionnel qu’il suscite. A contrario, les enjeux analysés et discutés dans une analyse des pratiques visent une résolution, par l’émergence de causes, d’un contexte et des subjectivités à l’oeuvre dans la fonction exercée. Dans l’analyse des pratiques, la question du désir n’est jamais loin, ce par quoi « la partition du rôle ou de la fonction » est jouée avec interprétation, précisément la pratique, celle qui engage ce qui se passe plutôt que ce qui devrait normalement se passer.

Un article de Marc LASSEAUX – contact@bymarclasseaux.com

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