Lille, Paris, Strasbourg, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Nice, Toulon…  

Articles marqués avec ‘Groupe d’analyse des pratiques’

Le « savoir » et la parole dans un groupe

A la fin d’une séance de groupe d’analyse de pratiques, alors que des participants répondent à l’invitation du praticien d’en dire les points saillants, un professionnel prend la parole : « on savait déjà tout ce qui a été dit ». Qu’est-ce qu’un savoir dans un groupe, et à fortiori « un savoir que l’on savait déjà » ? Comment un groupe manie et remanie une parole qui ne serait pas du semblant ? En quoi « ce qui se savait déjà », c’est-à-dire ce qui s’est dit en tant qu’affects et positions peut se transformer dans un espace tiers en une analyse des dynamiques qui traversent un groupe ? L’article qui suit vise à donner quelques repères pour cette question du « savoir ».

Le statut du savoir : le sujet-supposé-savoir

Ce « savoir déjà connu » du professionnel et supposé connu de ses collègues, pose plusieurs questions : quel est le statut de ce savoir ? En quoi a-t-il ou non des effets ? Que dit le « déjà tout » ? quels affects implicites relèvent cette réaction ? Qu’est-ce qui ferait différence avec un savoir autre ? Est-ce du savoir ou de l’agir ?

Nous observons dans des groupes traversés de conflits, quelles qu’en soient les causes, des positions réactionnelles de rejet ou de déni que la parole circulante ait des effets. Elles peuvent se manifester en position groupale comme en réaction personnelle. Le déni d’une parole dynamique, c’est-à-dire qui aurait des effets, a pour visée de refouler des incertitudes et de l’angoisse, à les refouler par de l’agir. On l’entend dans la demande de « solutions » du côté de l’agir organisationnel et de décisions techniques. Un processus obsessionnel qui, par la technique et son horizon d’usine à gaz de la décision met à distance le désir et sa dynamique. Le « savoir déjà connu » est à entendre du côté d’un savoir mort en quelque sorte, un « savoir sans dynamique ». Quant au « déjà tout », il bloque une position autour d’une totalité supposée connue. Autrement dit, il ne laisse pas de place à ce qui échapperait précisément à ce qui est connu. En quelque sorte, une partition du travail groupal en « tout ou rien ».

La question du sujet-supposé-savoir met en scène un savoir symptomatique : ce que les participants d’un groupe peuvent s’accorder de savoir, ce sont les manifestations d’affects et de positions qui traversent un groupe et font conflit. La place du symptôme se repère par une scène passionnelle : conflits à rebond, hystérisation des positions individuelles ou hystérisation du terrain institutionnel, lorsque des causes structurelles sont rabattues en sentiments et émotions envahissants. Les causes ne sont alors ni parlées ni analysées. Les dynamiques qui traversent un groupe se fondent sur l’idéal en ce qu’il n’est pas réalisable : le sentiment de cohésion, de complétude ou d’homéostasie (« une bienfaisante inertie »), les valeurs auxquelles des personnes s’accordent mais qui recouvrent des réalités différentes, des représentations individuelles des métiers, du travail et des situations , ou au contraire des représentations communes. On s’intéressera à la plasticité des représentations communes, en ce qu’elles peuvent s’élaborer, se remanier, ou au contraire se figer, en quelque sorte « gravées dans le marbre ». La plasticité des représentations véhiculées par la parole circulante, a des effets sur un espace de négociation dans lequel des personnes pourront jouer de la différence, de la singularité entendue et reconnue, et dessiner une cartographie aisée de la parole circulante. Un espace de négociation étroit, voire mimétique renvoie à ce que des paroles singulières sont reçues comme mettant à mal la cohésion groupale. C’est-à-dire un fantasme de mimétisme recouvrant des réactions ou positions individuelles défensives ou conflictuelles.

Une parole qui ne serait pas du semblant

S’il entre en conjonction avec la subjectivité individuelle, le jeu social ne s’assimile pas à l’intime de la personne. Par jeu social, nous entendons ce qui se joue entre les membres d’un groupe, dans le contexte d’une institution. Pour le dire autrement, la parole ou la position d’un individu procède d’une adaptation, d’un compromis ou d’une négociation avec ce qui apparait comme « position ou affect de groupe ». Le groupe en tant qu’entité idéale ou tenue comme telle ne produit pas d’affects, car l’entité groupale en tant que totalité affective1 relève d’une abstraction. L’affect de groupe résulte d’un affect communément reconnu par les membres d’un groupe comme leur affect personnel et c’est parce qu’il y a affect mimétique qu’il a le statut d’affect de groupe. Le savoir d’un groupe est mobilisable dans les limites des affects et positions négociables entre personnes, c’est-à-dire d’un savoir placé au centre du groupe dans lequel les participants se reconnaissent « dans notre groupe, on sait que… », et un savoir aux limites du groupe « Jean pense que… C’est son point de vue ». Il y a donc aussi un savoir singulier qui n’est pas incorporé à celui du groupe, un savoir différent, ou en rupture. De son savoir, et à fortiori d’un savoir des affects, un groupe procède par aménagement des discours, et donc de tensions dynamiques entre des protections individuelles et des positions hors du discours groupal mimétique en ce qu’elles circulent dans un espace de négociation implicite ou explicite2.

En savoir plus sur Marc Lasseaux – Praticien-superviseur


1 – Exemple « on ressent tous la même chose » s’entend comme perception à laquelle s’accordent plusieurs membres d’un groupe, avec ses effets de soulagement de la solitude ou de l’angoisse individuelle.
2 – Par espace de négociation implicite ou explicite, on se réfèrera pour l’implicite au tabou (« chez nous on ne parle pas de… » ou encore « ça, c’est réglé une bonne fois pour toutes », ou ce qui convoque le silence, la gène, le malaise. Un espace de négociation explicite a trait aux règles consenties et à ce qui structure le travail groupal avec des limites à ce qui est acceptable et toléré.

Un Guide pour l’Analyse des Pratiques

Si l’Analyse des pratiques est devenue encore plus indispensable dans ces établissements ou ces services qui travaillent à flux tendus, hélas, sa mise en œuvre ne fait pas toujours l’unanimité des acteurs ce qui impacte le niveau de qualité du travail effectué en séance.

De la mise en place d’un groupe d’Analyse de la pratique

Les échanges que nous avons avec des chefs de service ou des directions d’établissement, les retours des intervenants, les appels téléphoniques ou mails de travailleurs sociaux mettent en évidence les écueils propres à la mise en place de sessions d’Analyse des Pratiques. Leurs questionnements récurrents interpellent la définition des besoins et des attentes des différents acteurs, les objectifs des séances, le niveau de concertation, le cadre et les règles de fonctionnement du groupe, la participation, la confidentialité…..et leur corrélation avec la qualité du travail effectué dans le groupe d’Analyse des Pratiques.

Tout ceci invite à réfléchir au processus de mise en place des séances ainsi comme à celui de l’élaboration du cahier des charges de l’intervention. C’est dans ce contexte que le Portail de l’Analyse des Pratiques a sollicité plusieurs intervenants et formateurs, tous professionnels de l’Analyse des Pratiques, pour rédiger un guide pratique et méthodologique.

Après un accord sur le plan du document, Marc LasseauxChristian GlaudelCatherine FarzatJean Pierre ERNST Laurent Garcia et Nadia Hadjeri de chez Cadres en mission ont chacun pris en charge une partie de la rédaction de ce Guide Pratique & Méthodologique de mise en place de sessions d’Analyse des Pratiques.

Téléchargez le Guide Pratique & Méthodologique de l’APP

Que vous soyez cadres, travailleur social, personnel de santé, ce Guide vous est proposé comme un outil de réflexion sur les étapes et les modalités pratiques relatives à l’organisation d’un Groupe d’Analyse des Pratiques pour une équipe au sein d’un établissement qu’il soit social, médicosocial ou sanitaire.

Il répondra aussi à d’éventuelles autres interrogations telles que les différentes approches de l’Analyse des pratiques, la recherche de prestataires, le financement ou encore les tarifs.

Nous remercions les professionnels qui ont participé à sa rédaction et espérons qu’il se vous sera utile. Veuillez vous rendre sur la page de téléchargement en cliquant sur le bouton ci-dessous.

Peut être y a t-il des établissements dans votre carnet d’adresses que ce guide pourra aider qu’ils soient Foyer d’hébergement, SAVS, ESAT, IME, MECS, SESSAD, EHPAD…situés à Strasbourg, Metz, Nice, Toulon, Montpellier, Toulouse, Nancy, Troyes, Valence…ou ailleurs en France. Si tel est le cas nous vous laissons leur transmettre le lien vers la page de téléchargement.

Groupe d’Analyse des Pratiques Professionnelles

Le groupe d’analyse de pratiques professionnelles est un outil de réflexion et d’élaboration des pratiques proposés à tous les professionnels étant en relation avec un public.

Le travail est axé sur une analyse approfondie de situations sous la vigilance d’un tiers non impliqué dans le suivi et se situant en dehors de toute relation hiérarchique.

Le superviseur permet de structurer un espace de parole, offrant un autre regard sur l’activité quotidienne. Son rôle favorise les échanges en toute sécurité, respect et bienveillance et apporte aux participants des contenus théoriques en fonction des situations et des demandes.

Basé sur un cadre éthique, l’analyse des pratiques professionnelles permet à une équipe d’analyser le fonctionnement de la personne accompagnée, d’acquérir une meilleure compréhension de la problématique à partir de chaque personne et chaque histoire, et de réaliser le rôle et la fonction de chacune des personnes évoluant dans une situation.

Cet accompagnement permet aux professionnels une meilleure compréhension de soi, ce qui se joue dans la relation, interroger leurs postures face aux situations auxquelles ils sont confrontés. Il développe les compétences professionnelles et permet l’élaboration d’une identité professionnelle te institutionnelle.

Cette instance est un espace offert aux professionnels pour prendre le temps de réfléchir à leur pratique, d’élaborer des nouvelles pistes d’actions et surtout de s’entraider.

Le groupe est un lieu de soutien et d’échanges qui permet la cohésion d’une équipe et le développement de capacités nouvelles.

C’est un lieu qui permet de capitaliser les expériences en les reliant à des concepts théoriques, par les échanges et les questionnements, il aide les équipes à réfléchir à leur pratique et à s’ouvrir à des dynamiques inters équipes innovantes.

Le groupe d’analyse des pratiques est un cadre dédié à la « trans-formation ».

J’entends par trans-formation, l’apprentissage de nouvelles manières de penser la pratique et la possibilité de s’offrir une capitalisation d’expériences et de compétences. De se remettre en mouvement, de redonner du sens à l’action, clarifier les fondements de l’identité professionnelle et être acteur de changement.

Un article de Dominique LEMESRE – dom.lemesre@orange.fr

 

Coordonnées

A-FCC Analyse des Pratiques Professionnelles
Adresse principale :
Parc Richelieu - Entrée 7
F-33800 Bordeaux, France
Tel:( 33 9) 54 95 76 84
Fax:( 33 9) 59 95 76 84
E-mail: contact(at)analysedespratiques.com
URL: