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« Rôles et places d’une équipe dans un dispositif d’analyse des pratiques »

Mireille, Françoise, Pierre, Anaïs et Mickaël ont en commun la prise en charge d’enfants et d’adolescents au domicile et en institution*2.

En séance de supervision, ils présentent un cas mettant en relation  un adolescent et chacun d’eux. Leur fonction les positionne différemment. Mireille est éducatrice, Françoise psychologue, Pierre psycho-motricien, Anaïs assistante sociale. Mickaël dirige le service.

Mireille et Anaïs interviennent à domicile, Françoise et Pierre reçoivent à leur bureau en institution. Mickaël a reçu l’adolescent pour un entretien de suivi, durant lequel sa fonction de direction mettait en jeu le lien de l’adolescent à l’institution.

La présentation du cas a pour origine un désaccord des équipiers à propos des affects de l’adolescent, de ce qu’il leur renvoie. Pour Mireille, l’adolescent – appelons le : Jérôme, lui témoigne de sa confiance. Françoise le perçoit comme fuyant son contact, et évitant les entretiens. Pierre trouve que Jérôme se montre passif, voire inerte en séance, obéissant à ses demandes avec ennui. Anaïs est en lien avec les parents de Jérôme, une position qui la met en intermédiaire entre l’adolescent et ses parents. Mickaël, qui a reçu récemment Jérôme dans son bureau pour « remettre du cadre », s’est trouvé pris dans l’agressivité de son interlocuteur.

Dans l’analyse produite en séance par les membres de l’équipe, la question de la différenciation des rôles et des positions met en jeu :

  • le transfert de l’adolescent sur les personnes et les fonctions.
  • le lien de Jérôme aux objets de travail.

Par transfert, j’entends la projection d’affects (sentiments, émotions, impressions, jugements) et de représentations sur les personnes et leurs fonctions. Le transfert, positif (sympathie, amour) ou négatif (antipathie, haine, rejet passif) s’organise par ce qui renvoie Jérôme à son identification imaginaire et au jeu de miroir avec chacun des professionnels.  Le Nom de la fonction de chaque équipier vient en soutenir l’identification imaginaire de Jérôme. Il n’y a pas de fonction sans représentation par l’autre usager ou patient.

La notion d’objets de travail est à entendre comme le lien singulier que toute personne projette sur ce qu’on appelle communément « matières », « disciplines », « domaines ». L’objet de travail, au collège ou au lycée sera constitué des matières, par exemple les mathématiques ou le sport, et ce qu’ils convoquent comme préférences, et donc amour d’un savoir, ou au contraire passivité, rejet, haine d’un savoir. Tout comme l’angoisse de ne pas satisfaire l’injonction de l’autre (demande performative du professeur).

Au travail, c’est-à-dire au bureau ou à l’atelier, les taches et travaux feront « objets de travail » par ce qu’ils renvoient le sujet à de l’archaïque (par exemple, un salarié produisant de la statistique alors qu’il avait les mathématiques en antipathie), et à des positions passives – fuite ou passionnelles dans la tache (pour l’un éprouver de la passion pour les statistiques et y investir de la perfection obsessionnelle, pour l’autre reporter à plus tard cette tache détestée). Jérome fuit ou se soumet dans l’ennui à des objets de travail « psy », ce qui le protège ou fait écran à un remaniement de sa jouissance : manquer le collège, se montrer agressif ou recourir à un chantage morbide (le suicide) quand ses parents ou un représentant de l’autorité (Mickaël) lui enjoignent de répondre de sa présence en classe, ou l’interpellent sur les causes de ses absences, question à laquelle Jérome répond par du silence-conflit.

La séance de supervision produit de l’analyse, aussi le conflit intra-équipe fait repère du symptôme transféré par Jérôme. Le désaccord dans l’équipe n’opère pas tant comme des affects et jugements différenciés de l’adolescent à l’endroit des équipiers. Le désaccord opère par les projections dont chaque professionnel est l’objet, c’est-à-dire objet d’amour ou de haine, dans une triangulation sujet-identification – fonction -représentation et objets de travail.

En travaillant le lien à Jérôme par ce qu’il projette de la fonction et des objets de travail représentant des équipiers, le conflit et ce qu’il vectorise de pulsionnel peut traverser ce qu’il y a de jouissance, et donc de souffrance du côté de Jérome et du comportement réactionnel des équipiers mis en échec ou tenus à distance par l’adolescent.

*1 – GRAAM – Groupe de recherche appliquée sur la subjectivité du travail, Paris. Site : www.graam.fr
*2 – Les prénoms, l’identité et la mission de l’institution ont été changés pour des raisons de confidentialité.

Un article de Marc LASSEAUX – contact@bymarclasseaux.com

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