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Pour une éthique de la modestie

Analyser ses pratiques professionnelles

 Je suis intervenant en analyse des pratiques professionnelles, j’interviens également comme formateur auprès de travailleurs sociaux. En 2010, j’étais encore salarié et travaillais comme éducateur dans un internat éducatif (Maison d’Enfants à Caractère Social- MECS) sous tutelle du Conseil Général de la Haute Savoie (Aide Sociale à l’Enfance). Ce texte fut à l’origine un billet d’humeur, en réaction instituante à un institué se voulant imaginairement tout puissant, et où la parole vraie est confisquée.

Ecrire

Il est parfois difficile d’oser prendre la plume, et pire, franchir le pas, c’est presque provoquer la levée d’un inter-dit occulte, implicite, refoulé, celui de communiquer ses écrits à ses pairs, ceux avec qui l’on partage le quotidien du travail dit social, lorsque l’on est inséré au sein d’une profession où l’essentiel passe par le verbe, et où l’on s’interdit généralement d’écrire. Ecrire, c’est suspect pour un éducateur censé être dans l’agir, hormis quelques rapports dits de situation, il est rare qu’on lui demande d’écrire, et du coup, il n’écrit plus.

Ecrire serait réservé aux Maîtres, aux décideurs, aux financeurs… alors, comment fonder une clinique éducative, si les acteurs de cet acte éducatif ne transmettent pas leur savoir, par l’écriture de l’expérience ?

Or, l’écriture autorise un changement de posture salvateur. Il est le passage de « travailler dans le social » à « travailler sur le social », ce qui revient à s’en distancier, à réfléchir, à en analyser autant que possible la nature, les pratiques, la puissance et les limites. Ainsi, ces quelques éléments de réflexion destinés à ceux qui pourraient se sentir concernés, à ceux pour qui tout ne va pas de soi, au-delà des tautologies…

Diagnostic

Tout chercheur en sciences sociales et humaines, tout praticien et/ou tout thérapeute du champ social se trouve affecté – et qu’il le veuille ou non – d’un coefficient de déformation inconsciente, d’origine psychosociologique, lequel dépend du milieu dans lequel il a vécu, de son éducation, de ses croyances, mais également de son hérédité, de sa personnalité, et de son histoire de vie. C’est ce qu’il est convenu d’appeler l’équation personnelle du chercheur, celle-ci est généralement en œuvre dans toutes les sciences sociales, et cela constitue un biais, source d’erreurs, au moment où le thérapeute et/ou le chercheur-acteur voudrait analyser objectivement une situation, voire établir un diagnostic rigoureux. Les sciences humaines telles que la psychologie, la sociologie, ou encore, la psychanalyse, ont toujours attiré ceux que préoccupait le destin de l’homme, c’est-à-dire les valeurs, d’où leur difficulté à se détacher d’une tendance souvent moralisante, voire idéologique. De ce fait, un praticien sérieux et honnête devrait se départir de ses préjugés, ou à minima en prendre conscience. Il ne saurait être le grand prêtre d’une nouvelle religion, ni le directeur de conscience [tel un surmoi collectif] de toute une institution au travail, il y aurait là une grave dérive.

Un diagnostic sérieux avec une visée un tant soit peu scientifique doit être fondé sur des observations et une écoute aboutissant à une hypothèse, laquelle doit être confirmée ou infirmée par des faits observables, par la confrontation parfois étrange à l’autre du symptôme, l’énigmatique et problématique sujet humain.

Une posture de modestie

Nous recommandons l’humilité de la modestie, posture à mi-chemin entre l’illusion [dogmatique] de la maîtrise et la culture du doute. Notre objet, c’est l’humain, acteur-sujet de son histoire, c’est à dire la complexité (E. Morin). Nous sommes au cœur de la problématique abandonnique, et il serait imprudent d’enfermer le « petit d’homme » dans des cases ou des petites boites trop étroites. A l’articulation des registres neurobiologiques, psychologiques et sociologiques, se trouve le trou noir de nos connaissances inachevées, et aucune méthodologie actuelle, aucun paradigme, aucun concept n’autorisent à la compréhension totale d’un enfant (et imaginairement toute puissante) avec une fiabilité absolue. La modestie conseillerait une approche transdisciplinaire indispensable pour accéder à la problématique personnelle d’un enfant ou d’un jeune dans sa globalité humaine, c’est-à-dire un regard pluriel non totalisant, un regard empathique qui n’enferme pas dans les déterminismes. Sauf dans les sciences formelles (mathématiques, physique, logique…), il n’existe pas de critère fini qui permettrait de valider à coup sûr la vérité univoque d’une hypothèse.

Rupture avec le sens commun

En outre, un diagnostic se fonde sur des observations plurielles, sur une écoute active et approfondie du sujet, d’où l’obligation de se départir de ses idées reçues, des clichés, des opinions du sens commun, ce qu’il est convenu de nommer rupture épistémologique ; ainsi, une hypothèse en sciences humaines est une proposition provisoire à une question que l’on se pose, et qui tend à formuler une relation entre des faits significatifs, des signifiants, des attitudes, convergence d’indices. Une fois ces faits regroupés, il est possible avec modestie de les interpréter, de leur donner sens. L’hypothèse, une fois enfin vérifiée, constituera l’ébauche possible d’une construction théorique [la problématique], voire d’un diagnostic. Pour se faire, encore faut-il que le praticien ne soit pas débordé par ses émotions, ses propres affects, son refoulement, ses peurs, et son idéologie, afin de respecter une déontologie élémentaire, celle qui respecte le sujet. L’enfant et/ou le jeune doit être accueilli dans son étrangeté légitime, dans sa singularité, dans sa globalité qui constitue sa personne propre. L’enfant et/ou le jeune est le produit de son histoire, son identité s’est forgée à partir des évènements qu’il a pu vivre et qui constituent sa biographie, et de ce fait, il est un être socio-historique. Il est acteur de son histoire, donc porteur d’historicité, c’est-à-dire la capacité à intervenir sur sa propre histoire et à la comprendre ; cela le positionne comme sujet dans le mouvement dialectique entre ce qu’il fut, ce qu’il est, et ce qu’il va devenir. L’enfant et/ou le jeune est aussi producteur d’histoire : Par les activités mnésiques et sa parole, il peut reconstruire son passé, et à minima en maîtriser le sens. Il est le sujet de son histoire et non l’objet de manipulateurs [aux visées souvent « généreuses »] s’autoproclamant savants détenteurs du savoir, professionnels techniciens infaillibles et tous puissants, ceux qui croient ainsi être les propriétaires d’une vérité univoque… une vérité érigée en dogme.

Cette réflexion renvoie à la notion de respect, valeur dominante de l’éducation : A bien y regarder, le respect est une chose toute simple, il ne s’agit que de la prise en compte de l’altérité, c’est-à-dire la reconnaissance de l’homme par l’homme. Oui, il faut respecter l’enfant, et cela implique d’éviter tout discours normatif, conformiste, et totalisant, discours de « celui qui sait » à la place du sujet là où est son bien….
Serge DIDELET
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