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L’idéal groupal par temps de pandémie

ideal groupal

« L’individu se sent incomplet (incomplète) quand il est seul »¹

De la mi-mars à mi-mai 2020, le lieu du travail : l’institution, tout comme le lien social et personnel au travail ont été mis en suspens dans leurs formes ritualisées : ce qu’on appelle le temps ordinaire du travail, celui qui conjugue un cadre d’organisation, un groupe d’appartenance, et des tâches à exécuter selon un ordre pré-établi.

De par les obligations sanitaires de la période, l’injonction à la protection des autres et de soi a eu pour effet de ré-aménager les présences dans l’institution, de les transporter de l’institution au domicile sous l’appellation du « télétravail », de stopper net réunions, formations et autres rassemblements de personnes dans une salle de réunion, espace de confinement d’un groupe. Or, l’injonction à la protection déplaçait le confinement du groupe au travail à de l’éloignement corporel (les gestes barrière) ou à un lieu individuel : le domicile.

Passé la sidération des premiers temps des effets de déstructuration sociale de l’épidémie, de l’angoisse d’un objet d’effroi par son invisibilité circulante, ce qui de notre analyse en a potentialisé la puissance et l’adversité supposée – pour celles et ceux qui ne l’auraient pas contracté ou rencontré, le travail groupal s’est trouvé pris dans un impossible dont nous allons rendre compte dans cet article. Certaines institutions ont aménagé du travail groupal à distance, par visioconférence, dès lors qu’il y avait consentement des professionnels à accepter cette médiation, et sur le plan technique, que les professionnels soient équipés d’appareils électroniques. A cet endroit, nous avons entendu que des professionnels tenaient à distance téléphones mobiles, ordinateurs ou tablettes. Cela renvoyait à de l’aversion pour une technologie jugée envahissante ou toute puissante, parfois à de l’idéologie, c’est-à-dire à une position de résistance à ce qui serait le symptôme d’une jouissance libérale-capitaliste de l’usage déshumanisant d’une technologie.

Est venu le temps du dé-confinement et de l’ouverture prudente, phobique à reprendre un travail « normal ». Nous disons phobique, non pour désigner des mouvements psychiques de personnes, non plus des directions d’institutions, mais phobique par le discours politique et des média, disons par un discours sociétal organisant une peur de la pandémie par un rapport à l’autre et aux autres de type phobique, de déplacement d’un objet : l’angoisse de mort sur un objet hypnotique : l’espace social, l’espace public comme paralysie ou évitement.

Ce qui nous a intéressé dans la période, toujours en cours, c’est un impossible autour de l’idéal groupal dont l’effet est de refuser l’usage de la visioconférence pour le travail groupal, dont le point de jonction avec une espérance organise une sorte de procrastination – disons une poussée obsessionnelle de reporter la forme idéale du travail groupal à demain. Demain, autrement dit à la mesure des projections temporelles à un moment où domine un sentiment d’incertitude, de nommer un temps où « ça va s’arrêter, le travail normal reprendra ». Et il reprendra dans un mois, dans trois, en début d’année prochaine, bref il reprendra quand Tanathos – la pulsion de mort – se serait éloigné.

Dans le suivi que nous avons institué avec des établissements médico-sociaux et sociaux, nous entendons ce report non pas comme un effet de préférences, ou d’obligations – bien évidemment il y a des obligations sanitaires à respecter – mais comme un effet de jonction entre un discours « on veut se retrouver en groupe, c’est important d’être ensemble », et l’interdit de se retrouver ensemble qui découle des obligations sanitaires. Ce point de jonction déplace l’horizon d’une reprise du travail groupal.

Marc LASSEAUX PSYCHOLOGUECe qui nous semble pertinent d’indiquer à cet endroit, c’est qu’à la reprise de groupes d’analyse de pratiques, de supervisions d’équipe et d’autres dispositifs de travail en groupe, il y aura à écouter cet impossible : de vouloir ce qui ne peut s’organiser, mais aussi de ce que l’usage de l’idéal groupal (« ensemble ou rien ») dit de ce que chaque sujet y a trouvé comme refuge sans que nous ayons aujourd’hui à l’interpréter. Le temps sera celui de l’écoute. On peut entendre d’une oreille fonctionnelle et se dire que la mise en jachère du travail groupal répondait à des besoins opérationnels – de fait cela y répondait. Pour notre part, nous entendrons ce qui s’est joué de la déstructuration du lieu et du lien au travail en temps de pandémie, de son Nom, de ce qui s’est construit autour du surgissement de la maladie pour tous, et du discours politique et scientifique qui l’a mis en scène.

Marc Lasseaux, Psychanalyste – Praticien en institution


¹ Sigmund Freud, in Psychologie de masse et analyse du Moi, Ed. Points


Photo by Hudson Hintze on Unsplash

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