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L’animation en couple, De la typologie du couple amoureux à la typologie du couple d’animateurs

Le couple d’animateurs en Analyse des pratiques, Supervision d’équipes… (3ème partie)

Deux typologies du couple amoureux vont nous permettre d’imaginer des typologies de couples d’animateurs. La première est ancienne et est basée sur les modèles d’attachement et de séparation, la deuxième est plus moderne et est basée sur l’insuffisante de l’élaboration de la position dépressive et des angoisses de séparation. Il est important de noter que dans les deux modèles, la question de la séparation est primordiale.

Dans la première typologie (Mattinson ; Sinclair, 1979), on a pu identifier 3 sortes :

« Gamins dans le Bois1 »  ; « Filet et Épée2 » et « Chien et Chat3 ».

Dans le modèle « Gamins dans le bois », les membres du couple se cramponnent l’un à l’autre pour faire face à tout ce qui vient de l’extérieur et qui leur paraît hostile. Dans le modèle « Filet et Épée », le désir de rapprochement est porté par l’un quand le désir de distance est porté par l’autre. Le modèle « Chien et Chat », est celui de deux partenaires qui multiplient les chamailleries et les disputes, qui ne se séparent pas pour autant mais qui au contraire, au moment où on attend de les voir se séparer, font preuve d’attachement.

La deuxième typologie plus récente ( G. Decherf, 2001) décrit deux grandes configurations : une basée sur l’amour idéal et une autre sur l’angoisse de mourir.

La première configuration, l’amour idéal, est caractérisée par deux phases : une phase d’illusion et une phase de désillusion. Dans la phase d’illusion, chacun des deux partenaires pense avoir trouvé sa deuxième moitié. Une deuxième étape, étape de désillusion vient remplacer cette première ou plutôt la moduler. Le couple passe d’un contrat entre deux partenaires basé sur un idéal absolu commun à un contrat fait d’un idéal qui tient compte de la réalité, des besoins et spécificités de chacun.

Deux périodes sont traversées : une période d’amour idéal et une période d’aménagement de cet amour idéal.

Dans la période d‘amour idéal, les partenaires semblent se dire : « Nous voulons atteindre un amour idéal ; Nous nous faisons du bien tous les deux ; Nous nous faisons du bien tous les deux ; Nous sommes bons tous les deux ». Dans la période d’amour idéal aménagé, Derechef fait dire aux partenaires : « Nous avons des idéaux communs ;  Nous avons des idéaux propres ; Nous nous faisons du bien tous les deux ; Nous avons des points communs et des différences ; Nous sommes bons tous les deux ».

Le couple passe ainsi de l’état d’illusion retrouvée, illusion qui rappelle la relation primaire mère-enfant avant la séparation à une illusion aménagée ou désillusion. Le passage de la première à la seconde étape nécessite des renoncements et des compromis tenant compte des besoins de l’autre. Mais cette désillusion ne va pas de soi. Il arrive qu’elle n’advienne pas. Dans ce cas, des phases différentes des premières peuvent faire leur entrée : ,

Une phase de survie ou de liens pervers peuvent avoir lieu en réponse à la désorganisation et en fonction de son intensité lors des aménagements et des renoncements nécessaires.

La deuxième configuration, l’angoisse de mourir ou d’autres angoisses, est caractérisée par un état de lutte pour la survie. Dans cet état, chacun doit neutraliser définitivement l’autre pour survivre. Ici, le dialogue interne ou explicite est le suivant : « Il faut neutraliser l’autre pour survivre ; Je souffre à cause de l’autre ; Je souffre à cause de l’autre ; J’ai raison, l’autre a tort ; J’ai raison, l’autre a tort ; Je suis bon, l’autre est mauvais ; Je suis bon, l’autre est mauvais ».

Cette situation peut provoquer une déception inacceptable et entraîner un lien qui peut prendre des tournures perverses. Des manœuvres perverses peuvent se mettre en place : manipulations, disqualifications, ainsi que différentes stratégies de neutralisation ou de contrôle. Plusieurs destinées de cette situation  sont possibles. Le but, est donc de garder l’autre sous la main. Pour cela, plusieurs stratégies perverses peuvent se mettre en place. Le dialogue interne ou explicite serait donc le suivant : « Avec toi, je ne vis pas, changeras-tu ?; Sans toi, je ne vis pas, ne change pas ; Je souffre à cause de toi ; Je souffre moins avec toi ; J’ai besoin de toi pour ‘nous’ ; J’ai besoin de toi pour moi ; Nous avons besoin d’être tous les deux ».

Il m’a semblé que la question de la rencontre du couple d’animateurs, de leurs choix d’animer ensemble, notamment quand il s’agit d’animateurs de groupes de longue durée, comporte quelques configurations qui sont similaires aux différents modèles décrits ci-dessus. Mon hypothèse, est que la peur de la solitude est une raison commune aux deux situations de mise en couple.

Dans cette situation de mise en commun d’un temps de travail avec un groupe, la capacité d’être seul en présence de l’autre, la capacité d’être seul en son absence, les différentes formes de solitude partagée, l’angoisse de séparation de type catastrophique, les difficultés d’individuation, de différenciation, l’illusion gémellaire, la reviviscence d’une séduction narcissique restée béante peuvent concerner les couples d’animateurs.

Que cherche l’animateur en se mettant dans une position de co-animation ? assurer le bon déroulement de son travail en diminuant les biais de la subjectivité ? vouloir se protéger contre les attaques du groupe ? partager le poids des éléments transférentiels et contre-transférentiels ? faire face à toutes sortes de biais dans la perception de la situation ?

Il serait utile et fructueux pour nous tous de tenter de nous ouvrir à ces mouvements intellectuels, psychiques et émotionnels, à tenter d’orienter notre loupe à ce qui se passe dans cet espace partagé si complexe : la co-animation.


1 Babes in the Wood
2 Net and Sword
3 Cat and Dog

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