
Le contrat est ce qui légitime la rencontre de la supervision. C’est un engagement mutuel de deux parties. L’établissement du contrat permet l’intervention. Il induit la reconnaissance des rôles et des fonctions. Il définit le cadre général du travail de supervision.
Le cadre permet d’apporter de la sécurité à l’ensemble du processus de la supervision. Il est le socle de la supervision. Il est à définir, l’énoncer et en être le responsable. Le superviseur doit également être le garant de la confidentialité. A l’aide de ces paramètres, la parole peut, alors, se libérer. La confiance peut s’installer.
La demande, la non-demande, les résonances.
La demande du supervisé constitue l’axe central de la supervision. Il convient de la disséquer de la reformuler de demander au supervisé ou est ce qu’il se situe au niveau de cette demande. Renvoyer la question de F. Toquelles cité par Joseph Rouzel : « Et toi qu’est ce que tu fou là[1] ? » est, me semble-t-il, le sens profond de la supervision.
Dans une supervision le dire ne signifie pas le besoin du supervisé. L’énoncé d’une situation peut faire émerger une ou plusieurs demandes. La demande effective qui se situe au niveau du besoin réel est souvent sous-jacente et d’autres fois pas. Dans les deux cas, il me semble nécessaire d’écouter attentivement, de reformuler, de demander des éclaircissements, de vérifier que nous parlons des mêmes choses.
On ne peut s’empêcher de penser à sa propre histoire lors de l’énoncé des problématiques du supervisé. Je veux parler des résonances. Elles sont vivantes dans la relation superviseur – supervisé. La prise de conscience de ce mouvement vibratoire ainsi que sa verbalisation peuvent favoriser la solidification du lien. Ils ouvrent des possibles et créent la confiance et l’alliance.
Pour effectuer cet exercice, je vais décrire le sens du métier de superviseur dans une première partie. Dans la seconde, je vais décrire ce qui me semble important dans la construction de l’identité du superviseur.
Le superviseur instaure et garanti le maintien du cadre. Le cadre signifie le moment formel. Il définit la nature de la relation. C’est dans un cadre formel qu’il y a demande. Ce qui est significatif pour le superviseur est de travailler cette demande. Souvent le supervisé arrive avec une demande qui peut paraître claire. Il convient au superviseur de la décortiquer, de l’analyser, de mettre du sens autour d’elle. C’est, également souvent, que d’autres demandes émergent et se construisent. Dans un cadre bien défini, un processus de supervision peut s’y dérouler. C’est le lieu pour observer les mutations, les évolutions et les cheminements qui s’opèrent.
Le sens du travail de superviseur est de repérer les projections. Qu’est-ce que je dis de moi que je vois en l’autre ? Il s’agit là des transferts. Les situations peuvent « parler en nous » mais également pour le supervisé. Il s’agit de prendre conscience de ces circulations relationnelles et d’en saisir l’impact produit sur la relation superviseur – supervisé, sur le supervisé et soi-même.
Dans une supervision les places du supervisé et du superviseur sont bien distinctes. Ce qui est significatif : C’est d’observer la place d’où on parle. Il s’agit de veiller à la juste place de chacun. Le superviseur ne doit pas être dans une position d’un sujet supposé savoir. Il est là pour une relance de la parole.
La construction de l’identité professionnelle de superviseur passe assurément par la question : « Comment se tenir ensemble en étant distincts ? ». La parole représente ainsi cette force d’union. Qu’est ce qui nous lie ? Il s’agit alors de soutenir cet espace pour dire, pour créer, pour favoriser l’émergence du possible. J’aurai un rôle de facilitateur.
La supervision est l’espace d’émergence des possibles. Quelques fois, il peut y avoir blocage et donc une impossibilité d’aller de l’avant dans la réflexion. Cela peut être dû à plusieurs facteurs. Résonances très fortes, divergences de point de vue. Il s’agit alors de faire un pas de côté pour essayer de s’extraire de cette position et de verbaliser ce qui se passe dans l’ici et maintenant. Il s’agit, de sortir de cette position « enfermante » et de proposer peut-être d’autres supports de travail : jeux de rôle, laisser la place au silence, demander au supervisé son ressenti.
[1] La supervision d’équipes en travail social – Joseph Rouzel – Edt Dunod, Paris 2007.
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