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Quelle est, en tant qu’intervenant en Thérapie sociale, ma spécificité d’animateur d’APP avec les travailleurs sociaux ?

La Thérapie sociale permet de construire un cadre sécurisé pour se parler en confiance : intégrer les besoins et les motivations de chacun dans le groupe et l’objectif, constituer une cohésion de groupe, travailler sur les obstacles à la coopération, permettre le conflit constructif nécessaire à une réelle intelligence collective.

Je vois dans mon métier d’intervenant en Thérapie sociale un grand intérêt pour l’analyse de pratiques : pouvoir prendre sa place dans le groupe, dérouler ses propres histoires de pratique tout en avançant en intelligence collective avec les autres et permettre collectivement les nécessaires transformations…

Comment sortir d’un certain idéalisme, et mieux travailler avec la réalité des situations, et avec les autres ? Comment accepter qu’on ne peut pas tout changer d’un seul coup, mais qu’on peut déjà agir à notre niveau, ensemble ? Comment sortir du sentiment d’impuissance/surpuissance, et se satisfaire de ce qu’on fait, parce qu’il permet tout de même de se réaliser, et d’agir à de réelles transformations bénéfiques ?

Oui, il est possible de travailler sur ses capacités à prendre du plaisir dans son travail, qui est intimement lié à sa capacité à être soi-même au milieu des autres, à se sentir autorisé à exprimer ses sentiments, à être relié à ses intuitions, à se reconnaître sa propre valeur et sa propre autorité.

Cette capacité à prendre du plaisir est une condition pour être motivé, mobilisé dans son travail et sa pratique. Prendre du plaisir, cela ne peut exister que si l’on accepte d’avoir un pouvoir limité (humilité) : nous pouvons faire que ce que nous sommes capables de faire, en tenant compte des réalités du terrain, des autres, de leur demande et de leurs besoins.

La coopération peut être vue comme un moyen pour atteindre l’objectif, qui là serait plutôt d’atteindre sa « bonne puissance », sa capacité à vibrer pour son travail : dans les APP, je propose d’y réfléchir ensemble, un peu comme la coopération me permet, dans mes propres supervisions d’intervenant en Thérapie sociale, d’analyser mes pratiques, mes problématiques, les unes après les autres, avec mes pairs et mon superviseur.

L’analyse de pratiques avec l’approche de la Thérapie sociale permet à chacun de monter soi-même en compétence dans l’observance de ses propres obstacles à la confiance et à la coopération. Il s’agit d’une méthode applicable à ses relations, avec soi-même, avec les autres, y compris le public, pour pouvoir notamment se décoller de ses propres sentiments négatifs (activés notamment au contact de la détresse des publics, ou des collaborateurs, ou de l’environnement professionnel), et accomplir ainsi son travail avec davantage de plaisir – ce qui pourrait au premier abord sembler contradictoire avec le fait de travailler avec des publics en souffrance !

La Thérapie sociale est un cadre sécurisé pour se parler en confiance : intégrer les besoins et les motivations de chacun dans le groupe et l’objectif, constituer une cohésion de groupe, travailler sur les obstacles, permettre le conflit constructif.

Je vois dans la Thérapie sociale un grand intérêt pour l’analyse de pratiques : pouvoir prendre sa place dans le groupe, dérouler ses propres histoires de pratique tout en avançant en intelligence collective avec l’équipe pour permettre les nécessaires transformations…

En tant qu’intervenant en Thérapie sociale, je trouve une grande motivation à permettre aux participants de travailler à être davantage présent à eux-mêmes, être capables d’affirmer leur autorité, ou celle de l’institution, mieux se défendre face aux attaques…

Ainsi, pour les travailleurs sociaux, les séances permettent d’améliorer leur capacité d’observance de soi, des autres, de leurs peurs, ce qui leur permettra de développer leur capacité à être proche des publics, voire de s’autoriser à être sincèrement touchés par leurs situations de vie, sans pour autant être submergé émotionnellement, et manipulés par des peurs.

Autrement dit, cela leur permet d’être mieux présents à eux-mêmes, en lien avec les autres, y compris avec leurs propres peurs, leurs propres souffrances, et de mieux l’assumer, et de mieux le vivre.

C’est un travail en confidentialité qui permet de mieux se confronter à soi-même et au groupe, de se reconnecter à soi, face au groupe, à ses intuitions, qui sont toujours bonnes conseillères, à sa petite voix intérieure, à ce qui nous anime en profondeur, et à sa propre autorité.

Cela fait naître :

  • + de confraternité

  • + de motivation, d’enthousiasme, de courage

  • + de puissance (en sortant de l’impuissance/surpuissance)

  • + de capacité à accueillir avec humanité et empathie la réalité des publics

  • + de capacité à se défendre, y compris face au public, à se battre sans être violent (mais non sans agressivité si nécessaire), à mordre quand il faut mordre

  • + de capacité à faire valoir qui on est face à la hiérarchie, avec + d’autonomie

  • Développement d’une fermeté sereine, et une plus grand confiance en ses compétences, en son autorité

  • Faire son travail avec + de plaisir

La Thérapie sociale est une méthode qui permet à chacun d’acquérir des outils pour cela, qui permet de gagner en capacités de rétablir soi-même les conditions de la coopération, et notamment les outils d’observance de soi, des autres, de ses peurs.

Tel est ainsi un objectif que je peux proposer à un groupe de travailleurs sociaux :

« Commencer à améliorer la communication et la cohésion de l’équipe vers toujours plus de confraternité et de coopération constructive.

Initier pour chacun une montée en compétences à son rythme en bénéficiant du soutien mutuel de l’équipe et de la confrontation féconde des expériences et des points de vue sur les pratiques. Commencer à libérer son esprit critique et son autonomie de réflexion et d’action, en restant connecté (ou en se connectant le cas échéant) à sa motivation et son plaisir de travailler. »

Attention toutefois à ne pas perdre de vue l’essentiel : faire de cet espace d’analyse de pratiques un espace pour pouvoir dire ce qui est important d’échanger pour rester « humains », c’est-à-dire en lien, présent à soi-même, en contact avec ses ressentis, ses besoins, ses motivations. Nous avons besoin de traverser nos peurs d’être nous-mêmes face aux autres, en ne cherchant pas à leur cacher qui nous sommes dans notre vulnérabilité.

Ce travail nous permet de développer nos capacités à réfléchir par nous-mêmes sur ce que nous vivons, à nous remettre en question sans nous dévaloriser, à mieux identifier nos besoins, ce qui nous motive, ce à quoi nous aspirons et à mieux pouvoir en parler et le défendre face aux autres. Cela permet de mieux prendre conscience de notre propre autorité : ce qu’on sait et que les autres ne savent pas, et qu’on peut défendre aussi. Et c’est en développant toutes ces capacités à être soi, à chercher à solutionner les vrais problèmes, à parler de ses vraies difficultés, que l’on peut sortir d’états de mal-être et de blocages, voire de mésestime ou de dévalorisation de soi.

Dans les groupes de Thérapie sociale, nous nous rendons compte qu’en levant les freins à nous parler, nous levons les freins à penser par nous-mêmes, à nous épanouir. C’est en partageant nos expériences, nos ressentis, nos difficultés, en confrontant nos idées, en nous soutenant mutuellement – quitte à exprimer nos désaccords – que nous pouvons véritablement analyser nos pratiques en montant ensemble en compétences, en bien-être dans notre travail, en satisfactions. Il s’agit d’un travail collectif vers plus de confraternité et de coopération constructive.

Je crée principalement des espaces pour l’expression des ressentis, de tous les ressentis. « Je me sens mal, j’ai l’impression de recevoir des coups tout le temps, avec une pression de résultat ». « Je me sens épuisé, j’ai l’impression que mes responsables ne se rendent pas compte de tout ce que je fais ».

Le photo-langage (ou autres supports) permet parfois d’affiner : « J’ai choisi un paysage avec un vélo abandonné et rouillé, qui pour moi représente la mort et la destruction : c’est ce à quoi je suis confrontée, avec toutes ces histoires de vies que je recueille et qui m’affectent personnellement. »

« Moi j’ai choisi la photo de rails de chemin de fer abandonnés et recouverts par la végétation : j’ai du mal à aller de l’avant, j’ai l’impression de beaucoup écouter, notamment ma hiérarchie, mais je ne sais pas comment exprimer mon mal-être. Je peine à trouver le sens de mon travail, et je me demande s’il est fait pour moi. »

Ils se sentent parfois comme un volcan, pleins d’énergie désordonnée pour « aller à la pêche aux sentiments ».

Ces sentiments d’impuissance, d’épuisement ou de mal-être sont générés, au sein des services, par des manques d’échanges sur certains sujets qui les préoccupent, et qui fâchent, parfois.

En proposant un objectif (par exemple « Améliorer la communication et la cohésion de l’équipe vers toujours plus de confraternité et de coopération constructive »). Je leur explique que ce travail va leur permettre d’acquérir des outils pour améliorer leur propre travail, notamment dans leur relation avec les publics : outils d’observance de soi, des autres, de leurs propres peurs et celles des autres qui nous manipulent et nous empêchent d’être nous-mêmes.

Leur laisser un espace pour émettre leurs sentiments négatifs revêt une grande importance, à commencer par celle « d’harmoniser leurs motivations », d’intégrer leurs vrais besoins à l’objectif, conditions de leur participation active et intéressée, pour ne pas dire pleine et motivée :

«  Je crains qu’on ne puisse pas faire le véritable travail de parler de ce qu’on vit ».

« Je doute de pouvoir utiliser ces outils quotidiennement. » « Je me demande comment assumer d’être moi dans mes relations »…

Derrière les craintes, se trouvent leurs besoins cachés, souvent inconscients, qu’il me faut reformuler. L’animateur que je suis sait prendre la parole pour rassurer, sécuriser, aimer sincèrement. Je dis que nous sommes là pour regarder aussi ce qui peut nous empêcher de prendre la parole, de dire nos difficultés. C’est pour cela que je propose un fonctionnement sans doute plus libre que d’autres analyses de pratiques plus traditionnelles, parce qu’on va travailler ici sa capacité à s’imposer et à exprimer ses besoins, à « tirer la couverture à soi », à « défendre son bifteck », y compris devant les publics.

Je leur dis que je pense que les publics ont besoin d’avoir quelqu’un en face qui a du répondant, qui s’autorise à exprimer au besoin ce qu’il ressent, parce que c’est comme ça, je pense, qu’on crée une vraie relation. On va vraiment travailler à comment créer de vraies relations ou à les améliorer, c’est-à-dire des des échanges qui permettent de parler des vrais sujets, essentiels, qui nous tiennent vraiment à cœur, qu’on a hélas souvent tendance à éviter.

Etre présent à soi-même, écouter ses sentiments, savoir les reconnaître, y compris ses peurs, par ce que ça résonne avec notre passé par exemple, c’est ça qui permet de mieux vivre la relation avec le public. Et de se sentir plus apaisé, plus au clair, et de prendre plus de plaisir aussi.

Alors s’installent les conditions pour dire l’intime en pudeur, les préoccupations qui tiennent le plus à cœur, autant de peurs à décoller de soi. Tel événement qui nous a particulièrement touché, parce que ça nous rappelle notre propre histoire.

Nous identifions la variété des sentiments face à telle ou telle situation, souvent partagés dans le groupe : sentiment d’impuissance, d’insécurité, d’exclusion.

Les échanges se multiplient entre les participants (l’empathie aussi) qui permettent à chacun de sortir de son isolement, de sa culpabilisation, de son isolement. Ce genre d’échanges n’ont souvent jamais eu lieu auparavant, pas dans ces conditions.

L’un des buts de ce travail d’analyse de pratiques (APP) est de voir ensemble comment sortir de ce sentiment d’impuissance, de culpabilisation et d’insécurité, notamment en regardant ensemble ce qu’il serait possible de faire évoluer.

L’APP autorise ainsi toute les remises en questions, y compris les dysfonctionnements et la recherche de solutions.

La parole circule librement, la réflexion se nourrit les uns des autres, dans un climat de soutien mutuel et de confraternité. Pour chacun à tour de rôle, les situations sont analysées, en regardant les obstacles à une pratique du métier mêlant motivation et sérénité, ce qui passe notamment par des capacités accrues à se connecter à son empathie sans se laisser manipuler par ses peurs. Nous réfléchissons aux conditions pour pouvoir rester pleinement soi dans l’exercice de son métier, tout en tenant son rôle exigé par l’institution, dans ses confrontations avec les publics, les collègues, la hiérarchie, et pour mieux identifier et faire valoir ses besoins et ses valeurs dans ses relations, en s’autorisant davantage à rentrer dans un « conflit démocratique et constructif » nécessaire à une véritable coopération qui tient compte de chacun, y compris de l’institution.

Yves Lusson, intervenant en Thérapie sociale TST, formé et supervisé à l’Institut Charles Rojzman (par Charles Rojzman)

Mini biographie

Sensible aux abandons, aux difficultés à être soi dans ses relations, je connais bien la tentation de se couper des autres et de la réalité.

Je me suis d’abord réalisé dans les médias : journaliste scientifique (E=M6), santé et social (Ligue nationale contre le cancer, Essentiel Santé magazine, Courrier Cadres), rédacteur-en-chef d’émissions télé éducatives pour les jeunes (Canal J et France Télévisions), communicant d’entreprise (EDF, GDF-Suez) et communicant public (Projet tramway de Dijon, Schéma de cohérence territoriale des Alpes-Maritimes)…

Ma formation à la Thérapie sociale m’aura d’abord permis d’apprendre à mieux surmonter mes propres obstacles à être pleinement moi-même connecté à mes intuitions, à mes motivations profondes, à la réalité, à être en lien de confiance avec les autres, à reconnaître et accueillir mes peurs pour ne pas être manipulé par elles, à accepter humblement les remises en question, à défendre mon intégrité ainsi que mes propres besoins dans nos nécessaires « conflits constructifs ».

Aujourd’hui, en tant qu’intervenant en Thérapie sociale TST, j’accompagne des groupes de personnes qui cherchent à se retrouver pleinement elles-mêmes et en relations de confiance et créatives avec les autres, au travail et/ou dans leur vie sociale et citoyenne : je supervise des groupes d’analyse de pratiques professionnelles auprès de travailleurs sociaux (CCAS, Prévention spécialisée, Centres d’hébergement pour adolescents, Centre d’accueil de demandeurs d’asile, etc.), je forme à la « communication constructive » à l’université (Clermont-Ferrand), j’anime des cellules de dialogue et de coopération dans des associations, des coopératives, des institutions…

Je suis convaincu de l’urgence d’œuvrer ensemble à guérir de nos divisions. 

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