
Que vous soyez chargé d'animer des analyses de pratiques ou membre d'un CODIR cet article vous prépare à identifier et comprendre les préalables nécessaires à la mise en place et la pérennisation des GAPP.
Au cours de l’analyse de pratiques, la posture du psychologue est primordiale.
Il s’agira :
Je reprends toujours avec les équipes le cadre de l’Analyse des Pratiques. J’insiste notamment sur la confidentialité des échanges : « rien ne doit sortir du groupe sans l’accord du groupe ». Je précise également la posture du psychologue qui se trouve plus dans le rôle d’animateur/modérateur des échanges que dans une position de transmission de savoirs (formateur).
Ceci me permet de préciser l’importance de la participation active de chacun, dans un cadre d’échanges borné (outre la confidentialité) par l’écoute respectueuse de chacun et le non-jugement des propos partagés. Je rappelle que le dialogue entre pairs, la « dispute professionnelle » peut notamment trouver sa place au cœur du collectif autour de discussions sur la qualité du travail, la cohérence des pratiques, …
Lors de la 1ère APP, je prends le temps de faire un tour de table. Chacun présente son parcours de formation et son expérience professionnelle. Je me présente également en conclusion. Cela détend l’atmosphère et apporte à chacun de nombreux éléments précieux pour mieux se connaître. Ces échanges nous permettent également d’observer les interactions au sein du groupe :observer les réactions/possibles tensions ou affinités, etc. et rendent également le psychologue plus accessible.
Demander si l’un des participants souhaite s’essayer à l’exercice d’aborder une situation problème. J’ai remarqué que parler de « problème » peut parfois bloquer, du coup je parle aussi d’anecdotes, d’événements qui questionnent, qui dérangent. J’explique la manière dont je souhaite que soit présentée cette situation. Ce ne sont pas des transmissions. Il est important que tous les écoutants (qu’ils connaissent la situation ou non) soient immergés comme dans un film. Garder en tête une description détaillée type QQOQCCP par exemple : la personne situe le où ?, le quand ?, le quoi ? le comment ?, etc. en n’hésitant pas à y intégrer ses interrogations, ses ressentis, les émotions qui l’ont traversée à ce moment-là. Ainsi cela permet de respecter la parole de la personne tout en la guidant (surtout les premières fois) par des questions.
Si personne ne trouve une situation, donner des exemples rencontrés au cours de votre pratique pour débloquer la parole. Pour les soignants d’EHPAD par exemple, décès d’un résident plus difficile que les autres à « digérer », les violences des résidents ou des familles ou entre collègues, violences sexuelles entre résidents. Un autre sujet souvent traité est la sensation de maltraitance envers les résidents ainsi que les difficultés de relation à certains résidents pour certains professionnels (femmes vs hommes, question de la couleur de peau/racisme/peur), etc.
Ne pas oublier que la plainte institutionnelle fera grandement partie des premiers échanges, notamment lorsque le climat social est difficile. Il me paraît important de laisser se déposer cette plainte. Celle-ci sera écoutée, canalisée tout en respectant le principe de l’APP. Ignorer cette plainte nous rend la tâche plus difficile. Le lien de confiance est plus compliqué à établir et il y a sans cesse « un éléphant au milieu de la pièce ». L’écouter diminue la tension du groupe et recentrer progressivement sur l’APP est contenant. Cela peut prendre plusieurs séances, c’est un jeu d’équilibriste et de patience.
Pour conclure, les bases posées en amont et au début de l’analyse de pratiques feront que votre intervention sera pérenne ou non dans le temps.
Un article de Nadège Cordente psychologue du travail à Bordeaux - Membre de Opyxis
Crédit photo: Image par wal_172619 de Pixabay