
La psychanalyse intervient lorsque, dans le champ institutionnel, se posent les questions de la parole et de ses effets psycho-dynamiques, du transfert dans les relations entre professionnels et avec les usagers. Autrement dit des demandes, des positions ou des affects qui dépassent le cadre formel et organisationnel. Le travail des professionnels, par les situations et ce qui s’y joue renvoie à leur désir, à leur idéal, et parfois de ce qu’ils ont vécu dans leur histoire personnelle ou familiale.
Parler n’est pas communiquer. L’on entend souvent dans les groupes accompagnés un regret ou une plainte selon laquelle dans l’institution, il y aurait « des problèmes de communication ». La question de la parole est posée ici comme une réalité culturelle et subjective. Elle fait appel à des représentations, des images chargées de sens, du souvenir et des affects qui s’y rattachent. D’où le travail psycho-dynamique d’une approche recourant à la psychanalyse d’un dispositif d’analyse des pratiques.
Dans les institutions relevant du soin et de l’éducation, la prise en charge d’usagers confronte les professionnels à des situations pour lesquelles un travail clinique participe de la mise à distance d’enjeux projectifs et de l’analyse de ce qui se joue. Cela fait soutien au travail quotidien des professionnels.
Dans « analyse des pratiques », on peut entendre un travail organisé autour d’un objet neutre, transposable d’une personne à l’autre, avec pour horizon de trouver la bonne position professionnelle. Ce qui se joue au et dans le travail engage la subjectivité de tous ceux qui y sont partie prenante : professionnels, usagers, familles, partenaires. Il y va du désir, du fait que chacun.e désire quelque chose pour lui et pour l’autre, et que l’un et l’autre se tiennent mutuellement. Autoriser à ce que le désir soit parlé dans un travail groupal a pour effet de redonner de la parole incarnée, engagée, pouvoir dire « Je ».
Comment travailler des positions professionnelles robustes, du lien à l’autre qui soit soutenant, si la parole, si les positions et leurs effets sont rabattus sur du confus, de l’indistinct, du moyen (on entend souvent « le juste milieu ») ? En institution, le désir a pour limite des contraintes, des obligations, des règles et tout ce qui fait qu’un lien en institution est un lien institué, autrement dit un lien avec un plan organisationnel et un autre symbolique. Un dispositif d’analyse des pratiques à visée analytique engage aussi ce lien à l’autre et à l’institution.
De ce qui est dit dans les deux chapitres précédents, les effets de l’approche analytique se produisent à l’articulation entre la pratique individuelle, singulière, le groupe, ses modalités de fonctionnement, ses rituels, son histoire, ce qui le traverse et le questionne, et la place de l’institution en tant qu’organisation culturelle et sociale.
Les limites d’un travail groupal portant sur les effets de la parole, les liens, le transfert, et aussi ce que le réel de l’institution produit se trouvent dans ce que chacun peut engager de sa singularité et donc des protections-permissions qui accompagnent le travail groupal au long cours. Il ne saurait y avoir « de psychanalyse sauvage », ce que l’on a pu entendre à d’autres époques où un travail groupal enfreignait le respect des personnes et se déplaçait sur le seul terrain subjectif. Le terrain institutionnel, dont la fonction d’un professionnel fait partie, balise et borde le travail d’analyse des pratiques.
On retrouvera les pères et auteurs de la psychanalyse qui viennent aider à étayer la clinique adaptée aux cas et situations mises au travail. Pour le groupe, les auteurs comme René Kaës, les travaux de Didier Anzieu, et des auteurs qui produisent et publient aujourd’hui un travail contemporain sur la personne au travail, le groupe et l’analyse institutionnelle.