
Les motifs orientant vers de l’analyse de pratique peuvent être divers : verbaliser sur des situations professionnelles pour y mettre du sens et mieux les vivre, connaître de nouveaux outils et regards pour en faire l’analyse, favoriser le travail en équipe, etc…
L’approche recourant à l'anthropologie vise à identifier et questionner ce qui fait l’humanité de toute réalité vécue. Appliquée à l’analyse de pratique professionnelle, cela présente plusieurs intérêts :
En établissement social ou sanitaire, les interactions professionnelles sont nombreuses et croisées : usagers, autres acteurs du dispositif (collègues et encadrement), partenaires extérieurs. Cela soulève une diversité d’enjeux et de questionnements : psychologiques, sociaux, éthiques, managériaux… En recourant à plusieurs disciplines, l’approche propre à l'anthropologie permet d’en saisir globalement la complexité, sans segmentation des acteurs ou des pratiques et loin de toute « querelle de chapelles ».
Les faits humains n’existent pas indépendamment de la manière avec laquelle ils sont lus : « c’est le point de vue qui crée l’objet » (Ferdinand de Saussure). De fait, la relation à un usager, la survenue d’un conflit, la dynamique d’une équipe prennent des significations et des valeurs différentes d’un professionnel à l’autre. Mais cela est vrai aussi des regards portés par des disciplines scientifiques différentes.
Dans une démarche propre à l'anthropologie, chaque intervenant s’appuie sur les dimensions de l’homme qu’il juge essentielles et s’emploie à en travailler les articulations. En séance, cet entrecroisement des représentations, alliées à une déconstruction méthodique des faits et des discours, constituent le point de départ de la réflexion. Celle-ci propose le plus souvent de dissocier les sphères sociale et éthique.
Il imprègne et colore toutes les dimensions de la pratique professionnelle : analyses en amont, interventions, capacités à en « rendre compte » après coup. Au-delà des enjeux de fiches de poste et de catégories professionnelles, les séances permettent d’aller au plus près de ce qu’il implique humainement. Plusieurs dimensions peuvent ainsi être interrogées :
Si tous les faits humains s’inscrivent dans un espace, une temporalité et un usage social, la pratique professionnelle ne s’y réduit pas. Les acteurs sont amenés en permanence à peser leurs décisions, s’assurer de ce qu’ils valent aux yeux de l’autre, ils peuvent « s’emballer » ou souffrir d’une situation, s’indigner d’une remarque ou culpabiliser d’un acte professionnel. Au-delà d’une nécessaire verbalisation, analyser ces ressentis suppose la compréhension de processus, liés à la nature de l’homme. En prendre acte permet à la fois d’avoir une action réflexive sur sa pratique, mieux s’accepter dans ses doutes ou ses audaces, mieux identifier les leviers sur lesquels il est possible d’agir et de se transformer.
Selon son orientation théorique, l’intervenant aura ici recours à la psychanalyse, aux diverses branches de la psychologie mais aussi à l’éthique. Ce questionnement favorise l’intégration dans la pratique de concepts parfois mal compris (ou vécus de manière injonctive) comme, par exemple, l’empathie ou la bienveillance.
Le groupe d’analyse de pratique est un lieu d’échange et de créativité. Sa vie dépend d’une dynamique qui lui est propre, de la personnalité de l’intervenant et de l’alchimie entre les deux.
Le contexte ayant motivé sa mise en place (complexité de situations chez l’usager, difficulté dans les échanges pluridisciplinaires, souffrance au travail…) contribuera à en établir le fonctionnement, toujours singulier et contractualisé avec l’équipe.
Il s’appuie néanmoins le plus souvent sur les étapes suivantes :
L’approche recourant à l'anthropologie peut également s’appuyer sur les jeux de rôle, le psychodrame, le théâtre forum.
L’abord en lien à l'anthropologie permet à tout professionnel :
La collaboration entre l’intervenant et les encadrants n’est pas un supplément d’âme mais bien la condition d’une adéquation entre analyse des besoins et réponses apportées. Elle permet, le cas échéant, un travail de prévention des RPS. Elle suppose, dans le respect impératif de l’anonymat, la plus grande clarté et explicitation de ce qui circule entre le groupe et l’encadrement : thématiques abordées, ressentis des équipes, besoins en formation…
Pour les participants, s’inscrire dans telle ou telle approche en lien à l'anthropologie ne signifie pas d’adhérer de manière inconditionnelle au modèle présenté mais de s’en saisir au service d’une réflexion ouverte et créative, intégrant sa propre culture.
L’anthropologie s’inscrit dans une histoire des sciences humaines vivante et conflictuelle (anthropologies moderne, culturelle américaine, école sociologique française, etc.). Au fil des décennies, des auteurs sont devenus des références dans des domaines intéressant au premier chef les établissements sociaux, médico-sociaux et sanitaires : la pensée complexe d’Edgar Morin, les sciences et techniques pour Bruno Latour, le soin pour Tobie Nathan, etc.
Si chaque intervenant en analyse de pratique a ses propres auteurs de référence (Levi-Strauss, Georges Devereux, Jean Gagnepain, etc.), les séances s’appuient avant tout sur une appropriation personnelle qu’ils sont en mesure de transmettre, étayée et façonnée par leurs parcours personnel et professionnel.
Certains modèles anthropologiques proposent une remise en ordre épistémologique des sciences humaines, ouvrant d’emblée toute analyse à plusieurs disciplines (exemple de la théorie de la médiation de Jean Gagnepain qui déconstruit la raison humaine en 4 plans relevant de la linguistique, de la technique, de la socialité et de l’éthique). D’autres allient un regard théorique global à une modalité plus spécifique de questionnement : psychanalyse, sociologie clinique, philosophie, etc. Dans tous les cas, les situations sont abordées de manière globale. Elle peut inclure suivant les lieux et les motifs de l’intervention des outils spécifiques :