
Dans les chapitres précédents, nous avons introduit le nouvel acronyme GAPP, pour Gestes d’Ajustements, Professionnels et Partagés. Nous avons établi un parallèle avec le secret professionnel partagé, puis discuté les notions de geste professionnel et d’ajustement. Ensuite, nous avons abordé ce qui se joue quand des professionnels partagent des informations qui portent sur eux-mêmes, leurs comportements et leurs ressentis. Pour ce nouveau chapitre, nous partirons de l’amusant « gappito » pour caractériser l'effet euphorisant des GAPP et en arriver à de nouveaux jeux de mots.
Nous empruntons la contraction « Gapito » à Lucas, un éducateur spécialisé, participant d’un de nos groupes d’analyse de la pratique professionnelle (APP), qui a établi la synthèse entre deux moments de partage et de convivialité entre collègues : le GAPP auquel il assistait et le mojito que certains de ses collègues auraient plaisir à partager un peu plus tard. Le néologisme fonctionne aussi avec « pépito », autre produit euphorisant, compensatoire d’énergie ou de plaisir.
Dans tous les cas, dans une bonne ambiance, les échanges sont fluides et positifs. Chacun peut s’exprimer librement, sans crainte d’être jugé. Les participants partagent leurs points de vues et les émotions transparaissent sans trop de risque d’escalade agressive. On a l’impression d’expérimenter une certaine capacité à « refaire le monde », à commencer par celui du travail.
Anne Chimchirian, dans son tout son tout dernier article, rappelle cette dimension cathartique de l’APP depuis son origine. L’importance d’une « décharge émotionnelle » pour évacuer les tensions que peuvent engendrer les relations avec les usagers mais aussi avec les collègues. Chacun cherche aussi à être reconnu au sein d’une communauté de pairs, potentiellement aidants.
Les encouragements dynamiques partagés en APP, qui portent à agir collectivement de façon constructive et positive, peuvent être freinés par les inerties et tensions du quotidien. Ce constat peut s’exprimer par un nouveau jeu de mots, en anglais cette fois : On peut en effet observer un véritable « gap », ici en tant qu’écart significatif entre une vision distanciée et décrochée du réel, qui peut se construire entre une forme d’illusion groupale, et la réalité de l’accompagnement. Que ce soit en face à face ou sur des groupes restreints, la dynamique peut être tout autre, plus désespérante.
Il s'agit ici de travailler la question de l’accompagnement du professionnel dans la régularité au quotidien. S’appuyer sur les GAPP pratiqués couramment pour aboutir aux GAPP telles que définies ci-après.
Ces garanties pourraient s’appuyer et s’articuler sur les principes éthiques suivants :
Dans les GAPP, l’intervenant a une fonction de « régulation », au sens de Volckrick (2017). Il agit principalement en « tiers réflexif » … C’est-à-dire qu’il n’incarne pas une « 3ème » personne appelé en médiation devant deux individus… mais il invite les membres d’un collectif à questionner les « normes » qui les rassemblent, dans toutes leurs complexités.
Sur le terrain, ce questionnement régulateur peut et doit se poursuivre:
GAPP après GAPP, euphorisant ou engageant, nous constatons combien les professionnels se montrent exigeants dans ces réflexions et cette recherche d’efficacité et de légitimité dans leurs fonctions et dans leurs responsabilités.