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Analyse des pratiques et petite enfance

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De l’utilité des dispositifs d’analyse des pratiques cliniques d’orientation psychanalytique dans le secteur de la petite enfance

Les particularités du travail avec les jeunes enfants

Les professionnels de la petite enfance ont un rôle essentiel dans notre société, ils prennent en charge au quotidien les êtres les plus précieux, mais également les plus vulnérables.

Prendre soin des bébés peut être très enrichissant, mais peut aussi s’avérer déroutant, voire éprouvant. En effet, ce sont des êtres qui évoluent chaque jour, qui ressentent les émotions de façon très intense, qu’il s’agissent de leurs propres émotions, mais également de celles des personnes qui les entourent. Ils écoutent, ils observent, ils apprennent, mais ils n’ont pas encore accès à la parole. Les parents et les professionnels doivent à la fois s’efforcer de décoder les besoins physiologiques des bébés : manger, boire, dormir, être en bonne santé, mais également les besoins affectifs des bébés pour qu’ils puissent se développer correctement. Devoir essayer de décoder ces besoins avec des bébés qui n’ont pas accès au langage peut dérouter ou mettre en difficulté les adultes, d’abord les parents, mais aussi les professionnels aussi bien individuellement que collectivement.

Les comportements des bébé ne sont pas uniquement en lien avec ce qu’il se passe pour eux ici et maintenant avec les professionnels dans la structure, mais ils peuvent également être en lien avec ce qu’il se passe pour eux à la maison avec leur figure d’attachement principale (souvent l’un de ses parents). Un comportement inquiétant d’un bébé peut être en lien avec ce qui vient de se passer avec un autre enfant, avec un professionnel, ou alors avec tout autre chose dont le professionnel n’a pas connaissance, un évènement important à la maison, un attachement insécure qui le rend particulièrement vulnérable et sujet aux angoisses, etc…

A ceci s’ajoute d’autres difficultés liées au transfert des professionnels.

Le transfert dans la relation avec les bébés

Tous les adultes que nous sommes ont au moins un point commun avec les bébés que nous accompagnons : nous avons tous été un bébé, il y a plus ou moins longtemps. Nous avons tous connus cet état de dépendance absolue envers les adultes qui se sont occupés de nous (le plus souvent les parents). Pour chaque bébé, la relation à l’adulte est emprunte d’un enjeu crucial, si les adultes ne prennent pas soin d’eux, ne les nourrissent pas, mais surtout ne les maternent pas suffisamment, ils peuvent littéralement en mourir. Chaque bébé met alors tout en œuvre pour plaire à l’adulte qui le prend en charge et ainsi s’assurer que les soins nécessaires à sa survie lui soient prodigués.

Cette période où nous avons dû tenter de nous faire comprendre pas les moyens dont nous disposions : pleurs, cris, gestes, babillements, etc… est une période dont on ne se souvient pas mais qui fait pourtant partie intégrante de nous. Cette période a posé les bases de l’adulte que nous sommes devenu. Cette période est profondément gravée dans notre inconscient. Les conséquences de ce que nous avons vécu avec notre figure d’attachement sont là en nous, sans que nous ne nous en apercevions et quelques fois, ces éléments de notre histoire ressurgissent sans crier gare dans notre vie d’adulte, dans notre vie professionnelle, sans que nous ne comprenions ce qu’il se joue ici et maintenant.

Nous pouvons alors être traversés par des émotions très fortes, qui nous paraissent disproportionnées par rapport à ce qui se passe ici et maintenant dans la relation professionnelle. Quand ces émotions sont très intenses, sans que l’on ne comprenne pourquoi, c’est qu’il peut s’agir d’une relation transférentielle. C’est-à-dire qu’à cet endroit, dans cette relation, ce n’est plus l’adulte ou le professionnel que nous sommes qui réagit. Mais en réalité, c’est le bébé que nous étions qui réagit à l’intérieur de nous et qui génère l’intensité de ces émotions. C’est qu’il y a quelque chose dans la relation avec ce bébé dont nous prenons soin aujourd’hui qui nous a inconsciemment renvoyé au bébé que nous étions et très souvent on ne comprend pas ce qu’il se passe.

Le phénomène des enfants “chouchou”

Le transfert peut également être à l’œuvre dans les relations avec les enfants « chouchou » où au contraire avec ceux dont on n’a pas envie de s’occuper. Sans que nous ne nous en rendions compte, la relation avec ce bébé peut nous renvoyer transférentiellement à une relation que l’on a connu étant petit et qui nous évoque des souvenirs inconscients positifs ou négatifs.

Les phénomènes des « chouchous » fait souvent débat dans le secteur de la petite enfance et selon moi, il est important de ne pas l’ignorer. Au contraire, un vrai travail d’élaboration sur le transfert à ce sujet peut permettre à un professionnel de sortir d’une situation inconfortable. Faire ce travail d’élaboration groupale sur le transfert dans la relation avec le bébé en analyse de pratique peut permettre de prendre conscience de ce qui se joue dans la relation, de ce qui relève du bébé, ou de ce qui relève de ce que je projette de ma propre histoire sur ce bébé.

Les apports de l’analyse de pratique d’orientation psychanalytique

La mise en lumière du transfert dans les séances d’analyse de la pratique clinique d’orientation psychanalytique aide à démêler ce qui relève de la relation professionnelle avec un bébé ou encore avec ses parents et ce qui relève de ce que moi, professionnel je projette de mon histoire dans cette relation. Une fois que ce tri est fait et que l’on y voit plus clair, on peut alors réajuster sa posture professionnelle au plus près des besoins du bébé ou de ses parents. Ces séances permettent souvent aux professionnels de sortir d’une situation de blocage inconfortable.

La nouvelle règlementation pour les crèches

Si cet outil d’élaboration à travers l’analyse de pratique professionnelle était déjà selon moi assez développé dans le secteur de la petite enfance relevant du médico-social, elle l’était encore trop peu dans le secteur de la petite enfance relevant du droit commun représenté par les crèches et les assistantes maternelles. Je me réjouis donc de la mise en œuvre du décret du 30 aout 2021 qui modifie l’article R 2324-37 du code de la santé publique et qui impose aux établissements d’accueil du jeune enfant la mise en œuvre de dispositifs d’analyse de pratique pour le personnel au contact des enfants. Maintenant il faut que ces établissements aient les moyens de mettre en œuvre de vrais dispositifs cliniques qui puissent porter leurs fruits. Je suis en revanche persuadée que les 6h imposées par la loi sont insuffisantes pour faire un travail d’élaboration de qualité.

Les financements supplémentaires pour les RPE

STEPHANIE-KRYSTLIKPar rapport aux moyens mis en œuvre pour financer ces dispositifs, les RPE (relais petite enfance, anciens RAM : relais assistantes maternelles), qui n’ont quant à eux pas encore d’obligation de mettre en place de l’analyse de pratique pour les assistantes maternelles, peuvent en revanche décider de participer à une mission renforcée en mettant en place des séances d’analyse de pratique. ( lettre circulaire 2021 014 de la CAF)

S’ils choisissent de mettre en œuvre cette mission renforcée, ils peuvent bénéficier d’un  financement supplémentaire de la CAF à hauteur de 3000€ sur l’année.

Le RPE doit respecter un cahier des charges précis fixé par le référentiel des RPE  pour pouvoir bénéficier de ce financement. Je trouve que le cahier des charges est très en lien avec la construction d’un dispositif d’analyse de pratique, il impose que la personne qui anime l’analyse des pratiques ait une compétence spécifique concernant l’analyse de pratique et soit extérieure au RPE ( CF cahier des charges p.15), que les groupes soient petits (pas plus de 15 professionnels), la confidentialité des échanges, qu’au moins 6 séances soient organisées sur l’année. En espérant que ces dispositions financières et règlementaires puissent permettre à de plus en plus de professionnels de la petite enfance de bénéficier des apports précieux des dispositifs d’analyse de pratique.

Stéphanie KRYSTLIK Analyste clinicienne des pratiques professionnelles, superviseuse, formatrice

 

Photo Photo de Zach Lucero sur Unsplash

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