
L’Analyse de la pratique de type Balint se déploie d’abord dans des sites destinés à accueillir et traiter différentes souffrances et traumas : les lieux de l’exclusion, de la maladie, de la mort, et de la folie.
Dans l’analyse de la pratique de type Balint, les participants peuvent dépasser les inhibitions à exposer une situation professionnelle où ils se trouvent en difficulté et l’appréhension de dire les choses comme ils les ressentent. La prise en compte de la relation professionnelle dans sa complexité satisfait le besoin qu’ont les personnes accueillies (usagers, résidents, patients) d’avoir en face d’elles des humains pouvant accueillir, ressentir et contenir psychiquement les excitations dues aux traumatismes non travaillés ; tout en étant une autorité étayante.
Elle satisfait le besoin des professionnels de mettre du sens à la répétition de l’insupportable des situations auxquelles chacun est confronté, de mieux les vivre, et de faire pièce à la maltraitance individuelle et institutionnelle. Danger qui guette tout accompagnant, tout responsable de service, toute direction, le mieux intentionné soit-il.
S’interroger sur sa pratique à partir de ce qui émerge consciemment et inconsciemment dans le récit d’une situation professionnelle : Le dispositif conçu par Balint permet d’observer ce que le professionnel de la relation d’aide fait aux personnes qu’il accompagne, et ce que celles-ci lui font. Les professionnels décalant ainsi leur posture, parviennent à mieux prendre soin de leurs clients. Le dispositif Balint est donc au départ un dispositif d’intervention d’analyse clinique à partir de situations professionnelles apportées par les participants. Ce dispositif interroge la part professionnelle de la personnalité du professionnel impliquée dans la relation au patient, au couple, à la famille, à l’institution.
Les Gap de type Balint peuvent rassembler des participants d’une même profession ou être constitués sur la base de l’interdisciplinarité. Le travail mené y est riche, car il remet sur pied ce qui dans le quotidien est souvent vécu comme affrontements idéologiques, différences statutaires irréductibles, jalousies, pouvoir... Là, l’intervenant induit une seule préoccupation : qu’est-ce qui a motivé tel acte, telle parole ?
Depuis une dizaine d’années, l’analyse de la pratique type Balint a gagné le champ managérial, devant les dysfonctionnements engendrés par l’organisation contemporaine du travail et leur l’impact humain de plus en plus préoccupant. Le GAP de type Balint est transposable au management et aux directions car il a la particularité de traiter des aspects du métier non vus dans la formation initiale. Il leur permet de se confronter à leur action et à ses conséquences sur le terrain. En intra pour les différents encadrants d’une institution. En inter le plus souvent pour les directeurs.
La mise en place de « GAP type Balint » nécessite en amont un travail d’analyse de la demande, avec la Direction, les encadrants comme l(es)’ équipe(s). Cette préparation met à jour, les éventuelles contradictions. Elle établit un cadre d’intervention cohérent et crée un esprit de partenariat et un climat de confiance.
Sont examinées la pertinence du caractère obligatoire ou volontaire de la participation à ces GAP, de la participation ou non du chef de service, la durée et l’amplitude des séances, la composition des groupes. Toutes décisions impactant le travail mené dans les GAP type Balint.
Sont également précisées les conditions de restitution à l’encadrement et à la Direction, en fin de contrat, du bilan des séances, après qu’il a été réalisé entre l’intervenant et le groupe. La réunion avec le Chef de service et la Direction se fait dans le respect déontologique de la confidentialité des séances. Elle porte sur la dynamique du groupe et son évolution, sur les principaux thèmes travaillés pouvant impacter l’institution et les actions futures.
Notons à ce sujet que les GAP type Balint sont un moyen simple et économique de débusquer les risques psychosociaux
Deux principes font la spécificité de ce cadre clinique, en plus d’éléments qu’on retrouve dans d’autres approches d’analyse de pratique :
La pensée à partir de sensations, d’émotions, d’intuitions et d’images est une pensée qui prend en compte le corps. et Or nous savons que plus les problématiques des personnes accompagnées sont archaïques, plus le corps des professionnels est mis à contribution ; il reçoit les affects et les émotions brutes, non travaillées. Et si des émotions et des pensées ne sont pas mises sur les sensations qu’éprouvent ces professionnels, leur corps reste un lieu de cristallisation de la souffrance, qui s’exprime par des somatisations fréquentes.
La démarche permet au professionnel de s’interroger à plusieurs niveaux, notamment :
Il en résulte pour chacun et pour le groupe le développement de la responsabilité, en prenant sa part aux difficultés, et rien que sa part.
L’analyse de la pratique type Balint se positionne dans la continuité de Michael Balint : psychanalyste, il instaura en Grande Bretagne l’analyse des pratiques professionnelles comme outil de travail pour les assistantes sociales et les médecins, tous confrontés après-guerre à des de graves problématiques physiques, sociales et psychiques qu’ils n’avaient pas l’habitude de traiter.
Devant le succès de ces expériences, ce dispositif s’est étendu à l’ensemble des métiers du domaine social, médical et éducatif, c’est-à-dire des pratiques qui mettent en jeu le lien à l’autre.
L’analyse de la pratique type Balint s’est enrichie des apports d’autres psychanalystes : ceux de Bion dans sa théorie des petits groupes et des résistances à l’apprentissage, de Didier Anzieu et René Kaës dans leurs travaux sur l’écoute et la dynamique des groupes, ceux de Claudine Blanchard-Laville sur le rapport au savoir et l’analyse des pratiques des enseignants et formateurs. Elle bénéficie également des réflexions contemporaines concernant la personne au travail, la souffrance psychique qui accompagne l’exclusion sociale, et l’analyse institutionnelle.