Analyse des pratiques professionnelles : posture et différenciation (Témoignage)

Le : 08 / 01 / 26Sarah HAUËT-LACONDEMINE
Différenciation
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Analyse des pratiques professionnelles : posture et différenciation (Témoignage)

Le cadre, dans un établissement, a la responsabilité de son équipe. Il encadre, entoure, prend soin. Prendre soin, c’est veiller à ce que son équipe ait les ressources nécessaires. Elle peut alors, à son tour, prendre soin d’autres personnes, plus vulnérables car prises en charge dans l’établissement.
Mais la vulnérabilité peut concerner chacun, quelle que soit la place officielle que l’on occupe.

À partir de ce postulat, le cadre, aujourd’hui, et c’est une chance, a la possibilité de proposer des espaces de réflexion, de prise de recul, ou simplement de pause, d’aération. Un peu comme on irait faire une pause café, il s’agit là d’une pause pour soi, autrement.

Parmi ces espaces, il y a la supervision, les réunions d’équipe, de régulation institutionnelle ou clinique, le coaching… Et il y a l’Analyse des Pratiques Professionnelles, souvent appelée par son acronyme : APP. Parce qu’il est plus commode d’employer l’acronyme, probablement. C’est un fait. Toutefois, cet usage conduit, souvent de manière involontaire, à en brouiller les contours et éviter la différenciation. L’Analyse des Pratiques Professionnelles se confond alors avec d’autres dispositifs ; elle devient, par exemple, de la supervision. En tant que dirigeante de clinique, je signais moi-même des contrats d’APP-supervision, et j’en étais satisfaite.

Il ne s’agit pas ici de débattre du mieux ou du moins bien, de l’adapté ou du non adapté. Il s’agit simplement de proposer un arrêt sur image, et une réflexion sur ce que recouvre le terme en lui-même pour parler de différenciation.

L’Analyse des Pratiques Professionnelles : une clarification pour une différenciation

La différenciation est nécessaire et il existe des manières de voir qui ne s’excluent pas, mais s’additionnent. Et il s'agit ici de tenter d’expliciter ce que l’on entend plus largement par là.

J’aime assez, pour cela, le principe de l’exclusion. Partir de ce que l’Analyse des Pratiques Professionnelles n’est pas permet de mettre de côté certaines confusions. Comme dans un entonnoir, cela permet ensuite de se rapprocher progressivement de l’essentiel. C’est ainsi que la formatrice que j’ai eue en analyse des pratiques a présenté les choses.

L’Analyse des Pratiques Professionnelles, nous enseignait-elle dans le cadre de la formation IAPP systémique, n’est ni une supervision technique, ni une supervision relationnelle, ni une réunion d’équipe, ni une régulation. Cette étape explicative, très tôt dans le déroulement de la formation, m’a marquée. Elle m’a marquée parce qu’elle faisait sens, à un moment où existait probablement une forme de joyeuse confusion dans mon esprit, confusion bien réelle, mais jusque-là refoulée.

Quand la question de la différenciation ne se posait pas

Je parle de confusion joyeuse, car j’ai toujours porté un regard très bienveillant sur ces dispositifs, que je considérais comme des atouts et des aides pour le management des équipes.

Manager, pour moi, c’était aider des personnes à travailler en sécurité et en confiance, afin qu’elles puissent donner le meilleur d’elles-mêmes, d’abord pour elles-mêmes, puis naturellement pour les autres.

J’étais donc une dirigeante très partisane de tout ce qui pouvait venir soutenir les professionnels dans leur pratique. C’est ainsi que mes équipes bénéficiaient d’Analyse des Pratiques Professionnelles - supervision.

À ce moment-là, je ne me situais pas dans un questionnement autour de la différenciation ; pour moi, il n’y en avait tout simplement pas.

La différenciation dans l’addition des dispositifs

Je ne fais pas l’éloge de l’un plutôt que l’autre, car ils sont tous grandement utiles, et je resterai toujours convaincue de cela. En revanche, là où mon regard a changé, c’est dans la différenciation.

La différenciation est utile en ce qu’elle permet d’identifier un ou des besoins, d’y répondre et de compléter. Elle ouvre ainsi une palette de choix.

L’Analyse des Pratiques Professionnelles, spécifiquement

Là encore, il ne s’agit pas de choisir les dispositifs au hasard, mais d’identifier un besoin.

Décortiquons maintenant ce qu’est l’Analyse des Pratiques Professionnelles; c'est un terme simple et lisible, malgré son nom à rallonge. Ce nom est pourtant utile, car chaque terme est essentiel. On me demande souvent ce qu’il veut dire ; sans doute parce que, là encore, l’acronyme est largement utilisé par habitude. Le fait de le nommer ainsi, et de le dire à voix haute, produit déjà un premier effet de clarification.

En effet, dire les mots à voix haute permet simplement de retrouver la simplicité de ce que l’on a parfois rendu complexe, à force de confusions avec d’autres pratiques. Il s’agit ici de donner une représentation plus concrète et de la remettre à sa juste place. Ce titre, qui fait déjà définition, se complète toutefois par plusieurs éléments essentiels : l’ici et maintenant, la prise de recul, et le recours au collectif pour retrouver un ré-ancrage et une forme de réassurance à partir d’une problématique individuelle. Le collectif joue ici un rôle important. Non parce qu’il apporterait des solutions toutes faites, mais parce que, dans un système, ce qui est vécu individuellement résonne souvent au niveau collectif. Une situation exprimée par un professionnel peut faire écho chez un autre, différemment, parfois de manière implicite. La mise en mots favorise alors la compréhension, le soutien et l’élaboration commune.

Il n’y a rien de magique dans l’APP, ni de solution miracle. Il s’agit avant tout d’une aide, d’une facilitation, permettant de faire émerger ce qui est déjà là, au plus près de l’expérience humaine et professionnelle.

L’Analyse des Pratiques Professionnelles, quand la différenciation fait sens

Je conclurai en disant qu’il est assez singulier de passer de l’autre côté du miroir. Celui où l’on perçoit autrement ce que l’on connaissait déjà, sans pour autant en changer la nature. Depuis cette nouvelle place, en continuité avec la précédente, je souhaite simplement partager une réflexion. Il n’est pas toujours simple de savoir précisément de quoi les équipes ont besoin. Lorsque l’on cherche à bien faire, pris entre des demandes multiples et des responsabilités importantes, on agit avec les moyens et les repères dont on dispose. Or, bien souvent, elles savent elles-mêmes ce dont elles ont besoin. Et lorsque ce besoin gagne à être mis en mots, l’intervenant en analyse des pratiques professionnelles peut en faciliter l’expression. La rencontre et le dialogue prennent alors toute leur place entre les différentes parties prenantes : la direction, les équipes et l’intervenant.

La complémentarité apparaît alors comme un appui essentiel. Chacun a sa place, et parfois aussi son temps, dans la mesure du possible et des moyens disponibles.

Crédit photo : Planet volumes - Unsplash+ Publié par l'administrateur du site sous licence Unsplash +

Sarah HAUËT-LACONDEMINE

Un article écrit par Sarah HAUËT-LACONDEMINE

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