
L’approche en sociologie des organisations vise à comprendre et analyser comment les individus agissent, coopèrent, résistent aux contraintes de l’organisation qui peuvent limiter leur autonomie ou entrer en tension avec le sens qu’ils donnent à leur travail. Cette approche s’intéresse, au-delà des prescriptions institutionnelles et des directives formelles issues des fiches de postes ou de la hiérarchie, à la manière dont les professionnels mettent en œuvre leur travail dans leur contexte organisationnel au croisement des jeux d’acteurs. Nous retrouvons ici les concepts de travail prescrit/travail réel.1
Lors des séance d’APP, l’organisation est alors perçue et analysée comme un « système d’action concret » traversé par une histoire, des habitudes, des règles, des logiques hiérarchiques, une division du travail et des stratégies d’acteurs permettant à chacun de trouver sa propre marge de manœuvre. Prenons le temps de parcourir quelques concepts intéressants à la démarche d’accompagnent en APP.
L’approche stratégique des sociologues Michel CROZIER et Erhard FRIEDBERG2a montré que dans les organisations certaines zones d’incertitude permettent aux acteurs de trouver des stratégies d’action. Ils doivent toutefois négocier avec les autres acteurs et composer avec les rapports de pouvoir existants.De plus, les décisions des acteurs restent encadrées par la rationalité limitée, selon Herbert Simon : elles se fondent sur des informations partielles et doivent composer avec les contraintes de l’organisation. Enfin, Marie-Anne Dujarier3 met en lumière le rôle des planneurs en sociologie des organisations : ceux qui imaginent et structurent les dispositifs ne sont pas les acteurs qui les mettent en pratique sur le terrain. C’est ainsi que des injonctions paradoxales sont parfois imposées aux professionnels.
L’intégration des concepts de la sociologie des organisations, pour lequel nous n’avons eu qu’une petite présentation, offre une approche conceptuelle riche pour soutenir la démarche d’APP.
En effet, en rendant ces dynamiques organisationnelles visibles, en conscientisant leurs impacts positifs ou négatifs sur les pratiques professionnelles, l’approche de la sociologie des organisations enrichit l’APP permettant un espace réflexif d’analyse des pratiques professionnelles aux prises des situations de travail et des contexte organisationnelles. Comprendre le fonctionnement organisationnel qui influence également ces pratiques permet d’actionner des leviers de transformation.
En conclusion, elle combine une approche psychologique et sociologique pour replacer les pratiques professionnelles au cœur de l’organisation du travail, en intégrant les dimensions managériales, hiérarchiques et institutionnelles, qui interviennent de manière significative dans l’accompagnement et la transformation des pratiques professionnelles.
La séance débute par l’invitation faite au groupe de choisir une situation professionnelle concrète, vécue récemment par l’un des participants et posant question ou difficulté. Une fois la situation retenue, le professionnel qui en est à l’origine est invité à en faire un récit détaillé. Les autres participants adoptent une posture d’écoute active, sans interruption. À l’issue de cette présentation, un temps de clarification est proposé : les membres du groupe peuvent poser des questions factuelles afin de mieux comprendre le contexte, les enjeux et le déroulement de la situation.
Dans un second temps, le professionnel est invité à formuler une demande explicite au groupe, sous la forme suivante : « J’aimerais que le groupe m’aide à… »
Puis chaque participant est invité à se positionner en partant de la situation exposée, en exprimant :(ce qu’il aurait ressenti dans une situation similaire, ce qu’il aurait envisagé de faire ou d’expérimenter, etc.). Le professionnel à l’origine de la situation reste en posture d’écoute et peut prendre des notes, sans intervenir.
Une fois l’ensemble des contributions exprimées, la parole lui est redonnée. Il est alors invité à partager les éléments qu’il a retenus comme pertinents ou éclairants, ce qui lui semble transférable dans sa pratique. Le groupe peut alors, construire ensemble des pistes d’action.
L’animation propose alors un déplacement du regard à partir de questions telles que :
Au regard de la situation analysée :
En mettant en lumière les liens entre pratiques professionnelles et dynamique organisationnelle, des perspectives de transformation peuvent émerger. Avec le consentement du groupe celles-ci peuvent donner lieu à des éléments de bilan de l’APP transmissible à la direction, équipe managériale.
Bien cadrer son intervention et distinguer les deux temps
Ne pas inquiéter le groupe quant à la lourdeur de la trame d’animation, une fois celle-ci posée, les échanges sont fluides et le cheminement du groupe intéressant.
Réussir à inviter le groupe à faire confiance pour mener un travail qui ouvre les pratiques professionnelles à la dimension organisationnelles leur permettant de ne pas être seuls à travailler pour une amélioration des pratiques, celles-ci prenant racines dans l’environnement qui les soutient ou qui les fragilisent.
Elle prend sa source avec Laurent Garcia, pour qui « les groupes d’analyse de la pratique sont des temps de convocation des processus de l’imaginaire ; des temps où se réinventent les pratiques ; des temps où la parole porte la créativité, l’inventivité des participants ! »4 et qui s’enrichie mon approche de sociologue des organisations ayant mené un travail de recherche autour du discours et des pratiques professionnelles en univers bureaucratique convoquant Max WEBER, Michel Crozier, Erhard Friedeberg, Marie ANNE Dujarier.
1 Reynaud, Jean-Daniel. Le travail prescrit, le travail réel (1973, Revue française de sociologie),
2 Crozier, M. (1964). Le phénomène bureaucratique. Seuil. Et Friedberg, E. (1993). Le pouvoir et la règle. Dynamiques de l'action organisée. Seuil.
3 Dujarier, M.A. (2015). Le management désincarné : Enquête sur les nouveaux cadres du travail. La Découverte.
4 Garcia, L. (2023, 23 août). L’imaginaire dans les groupes d’analyse des pratiques.