A QUEL INTERVENANT CONFIER SES ÉQUIPES ?
D'AP, APP, ADP À GAP OU GAPP ?
Dans ce chapitre, nous proposons de caractériser la posture professionnelle de l'intervenant en analyse des pratiques, comme l'intervenant extérieur garant d'un cadre, référencé et contractualisé, pour bien différencier ce qui relève d'un GAPP et ce qui s'en distingue.
Nous pouvons observer que certains parlent davantage d'Analyse des Pratiques, au sens large, en précisant Professionnelles ou de Groupe d'Analyse des Pratiques, en précisant Professionnelles ou pas. Cette petite nuance illustre une centration différente, selon que l'on privilégie l'activité générique d'analyse ou l'une de ses modalités, en groupe dédié. Cette deuxième option insiste sur la nécessaire dynamique collective sans laquelle l'analyse, toujours possible, paraît d'un autre ordre. Dans les deux cas, l'adjectif « professionnelles » n'est pas systématiquement utilisé parce qu'implicite.
Il est ainsi question de groupes, qui plus est animés par des intervenants extérieurs. Sans entrer dans une problématique de genre, on peut nommer « gappeur » l'animateur d'un GAPP. Le fait que l'on cherche un terme spécifique pour nommer le prestataire souligne que l'activité tend à devenir un véritable métier en voie de reconnaissance et de professionnalisation.
Deux orthographes sont possibles « gapeur/gappeur », sachant que ce terme désigne en premier lieu un « petit instrument métallique destiné au réglage des bougies d'allumage » ! Un tout autre univers que celui auquel nous nous intéressons. Pour autant la description de l'objet précise :
« Si vous recherchez un moyen efficace et précis de tester les lacunes d'étincelles, ne cherchez pas plus loin que notre outil Spark Gaps²⁴. Cet outil est spécialement conçu pour les professionnels qui ont besoin d'une lecture précise à chaque fois. L'outil est facile à utiliser et peut résister aux environnements les plus difficiles. »
Une corrélation aux résonances métaphoriques ! Ces « lacunes d'étincelle » font écho aux moments où l'on a perdu toute clarté dans certaines situations, ce « besoin des professionnels d'une lecture précise » est explicite et enfin cette résistance aux « environnements les plus difficiles » nous paraît poser l'ambition de l'APP.
QUELS PROFILS D'INTERVENANTS ?
Un intervenant en GAPP n'a pas besoin d'être un pair, qui fait le même métier que les participants, ni un ex-pair, qui l'aurait pratiqué précédemment, ni un expert, qui aurait fait des recherches ou des spécialisations sur leurs champs d'action ou leurs publics. Sa valeur ajoutée, y compris en tant qu'élément extérieur à l'institution, peut être cette forme d'ignorance qui invite à tous les questionnements, à traquer les allant de soi, afin de construire des repères pour rendre plus intelligibles les situations complexes qui sont travaillées.
Il ne s'agit pas pour autant de poser un modèle. Chaque cas de figure peut présenter des avantages et des inconvénients :
- Pair et ex-pair bénéficieront des mêmes référentiels que les participants mais auront peut-être davantage de difficultés à prendre du recul et à faire un pas de côté. Par ailleurs, on ne peut nier la richesse de l'expérience de terrain qui, selon la complexité des problématiques rencontrées, représentera un atout indiscutable. Beaucoup de chefs de service en milieu ou fin de carrière animent ainsi des séances d'APP avec un bagage qui peut s'avérer précieux, pour autant qu'ils ont réfléchi au changement de posture.
À noter que, s'il s'agit d'un cadre en exercice, les tensions hiérarchiques seront autant de biais pour des échanges authentiques.
- Un expert disposera d'un vocabulaire adapté pour une analyse fine des processus à l'œuvre, cependant il sera peut-être tenté, ou sollicité, d'occuper une posture de « sachant » limitant l'élaboration par les participants. Il peut en être ainsi des précurseurs dans ce type d'interventions, notamment des psychanalystes, médecins psychiatres et autres professionnels de la santé mentale… Si leur formation initiale présuppose plusieurs compétences fondamentales (écoute active, position méta…), leur naturel peut entraîner des dérives à visée thérapeutique.
QUELLES FORMATIONS POUR QUELLE LÉGITIMITÉ ?
La légitimité pose d'abord la question du contrat de l'intervenant avec lui-même. Il s'affirme comme intervenant dans un processus méta qui engage et mobilise toute une énergie collective dont il assumera, en bonne part, la responsabilité, sinon en totalité.
Il est donc question de sa posture et des compétences liées. Les postures se réfléchissent, s'adaptent et se calibrent. Les compétences s'acquièrent, se développent et se valorisent.
Pour travailler ces deux dimensions, il existe aujourd'hui de nombreux cursus que l'on peut retrouver sur la page des formations pour intervenants du Portail.
Les compétences communes sont les suivantes :
- Maîtrise du processus,
- Développement de la posture,
- Gestion de la dynamique de groupe,
- Analyse de la demande,
- Connaissance des cadres théoriques,
- etc.
Certains professionnels maîtrisent ces compétences de par leur formation initiale voire leur expérience de terrain. Il existe aussi des formations à l'animation de groupes d'analyse des pratiques dans des cursus très divers, de l'initiation à la certification d'expert.
En tant que prescripteur, il est important de s'intéresser aux ancrages théoriques de l'intervenant qui peuvent être très divers et plus ou moins adaptés au contexte et aux problématiques rencontrées. Pour exemple citons :
- L'approche Systémique,
- L'analyse Transactionnelle (et T.O.B.),
- L'approche Psychanalytique (type Balint),
- L'approche Gestaltiste,
- L'approche issue des Sciences de l'Éducation (Protocole GEASE),
- etc.
À noter que dans la sélection de l'intervenant, le fait qu'il dispose lui-même d'une supervision où il pourra prendre du recul sur ses propres pratiques sera un plus.
UN OUTIL D'ACCOMPAGNEMENT PROFESSIONNEL PARMI D'AUTRES
La notion d'accompagnement est de plus en plus travaillée dans nos métiers de la relation à autrui. Il est question le plus souvent de la posture adoptée vis-à-vis des bénéficiaires à qui laisser toute leur place, leur responsabilité et leur autonomie. Dans nos propos, les bénéficiaires de l'accompagnement sont les professionnels eux-mêmes et l'accompagnement est le plus souvent collectif, sous différents formats : GAPP, régulation, coaching, formation-action, groupe de parole, supervision technique, supervision d'équipe…
Le GAPP n'est donc pas la seule modalité de cet accompagnement mais il cumule plusieurs points forts :
- Récurrence et régularité des rencontres,
- Des protocoles ritualisés qui favorisent l'expression, la prise de recul et l'intelligence collective,
- Des participants mobilisés en tant qu'acteurs, véritables experts de leurs pratiques,
- Une réflexion collective en présence d'un professionnel extérieur, animateur, facilitateur, régulateur, qui contribue à valoriser les ressources du groupe.
À retenir
Il est important de bien border la prestation. Nous renvoyons pour cela vers l'autodiagnostic et le cahier des charges en début de guide.
THIERRY MULIN Formateur, coach, animateur de GAPP, intervenant en analyse des pratiques, superviseur d'équipe.
Note de bas de page
²⁴ Wikipédia.