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troubles mentaux

Troubles mentaux ! Un ouvrage éclairant

Dans cet ouvrage Michel LEGOUINI traite des troubles mentaux et particulièrement des thèmes cliniques qui font le quotidien des soignants et accompagnants des secteurs sanitaire, médico-social et social.

Ces thèmes cliniques sont également des sujets fréquemment débattus en séances d’analyse des pratiques professionnelles.

*La maladie dépressive est saisie comme un affect trans-structural et phénomène universel affectant le corps d’un sujet perdu. C’est une pathologie de la perte chez la personne âgée confrontée à l’épreuve narcissique du vieillissement. Douleur de grandir de l’enfant et de l’adolescent en devenir dans son lien d’attachement.

*Les troubles psychiques dans les névroses sont produits par l’inconscient d’un sujet soumis au pouvoir des mots; tandis que les troubles mentaux dans les psychoses sont des phénomènes élémentaires hors sens surgis de l’inconscient à ciel ouvert d’un sujet soumis à des automatismes mentaux. 

*Les troubles de l’attachement affectif comme lien précoce à l’Autre primordial sont un défaut de constitution d’une base de sécurité affective. Cet angle de théorisation du lien social enrichit la réflexion clinique sur l’impact traumatique de la violence familiale, les troubles du désir humain et la conduite du lien transférentiel par les professionnels de la protection de l’enfant et de l’adulte très vulnérable.

* L’accompagnement médico-psychologique au quotidien de sujets très vulnérables en Maison d’Accueil  SpécialiséeMAS – affectés de troubles mentaux et de pathologies neurodégénératives s’inscrit dans une culture de soins et d’accompagnement spécifique. Elle a pour composantes, une exigence de qualité de soins constants de confort et une éthique de tolérance de l’étrange altérité.

*Le projet de vie personnalisé au quotidien dans les MAS exige une méthodologie d’élaboration rigoureuse. Cette méthodologie permet d’utiliser le projet de vie personnalisé comme un outil d’accompagnement, de management, de communication et de cadrage de  sa pratique professionnelle.

Cet ouvrage est à même de contribuer à l’amélioration des outils de soins et d’accompagnement psychologique de patients en grandes difficultés de vie par les soignants hospitaliers ou des accompagnants medico-sociaux, .

troubles mentaux

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dispositifs

Dispositifs d’analyse des pratiques et d’intervention en 220 Pages

Les auteurs de l’ouvrage « Dispositifs d’analyse des pratiques et d’intervention » viennent présenter pour vous, sur le Portail, leur ouvrage.

Approches théoriques et cliniques du concept de dispositif.

Ce livre fait le point sur le contexte actuel des analyses de pratiques professionnelles. Il a été coordonné par deux intervenants ayant une longue expérience dans ce domaine, aussi bien dans la construction du cadre d’analyse des pratiques que dans son application au sein d’institutions variées. Les contributions de ce livre reconnaissent le succès apparent de cette appellation « analyse des pratiques » mais en soulignent l’aspect trompeur : cette appellation est utilisée en effet dans des sens très différents. Raison pour laquelle les auteurs ont voulu recentrer l’approche sur la conceptualisation, la méthodologie, les objectifs de cette analyse des pratiques et son utilisation effective.

L’ouvrage s’intéresse aux glissements qui peuvent brouiller les repères : glissement thérapeutique où l’analyse des pratiques tend à devenir un dispositif thérapeutique individuel et collectif. On perd alors de vue la dimension formative essentielle de cette méthode comme aidant à la construction normale de l’identité professionnelle. L’autre glissement consiste à prescrire l’analyse des pratiques comme solution miracle à tous les problèmes, ce qui a pour effet néfaste d’effacer les places et les rôles, les hiérarchies et les fonctions dont la reconnaissance est essentielle à l’intelligence d’une institution.

L’analyse des pratiques ne produit pas seulement des effets individuels mais aussi collectifs. L’importance de plus en plus grande de la dimension institutionnelle dans laquelle s’exerce cette méthode oblige à considérer les concepts de dispositifs et d’intervention comme essentiels à la compréhension du cadre même de l’analyse des pratiques.

Les auteurs ont voulu montrer l’importance des questions à traiter en amont et au cœur même de la démarche d’analyse des pratiques : la dimension groupale de l’équipe de travail, son histoire, sa culture spécifique. Quelle sera la place de la hiérarchie dans cette analyse? D’où la nécessité d’associer au champ de l’analyse des pratiques, le champ de l’intervention.
Le concept de dispositif est central. Il est parfois conçu mécaniquement, comme un outil préfabriqué. Or il est sans cesse en construction, toujours à inventer en fonction des contextes et de la nature de la demande.

Un ouvrage coordonné par Jean Chami et Chantal Humbert
Paris, L’Harmattan, 2014

dispositifs

Dispositifs d’analyse des pratiques et d’intervention
de Jean Chami et Chantal Humbert
essais cliniques

Essais Cliniques : Un Livre de Michel LEGOUINI

Les thèmes cliniques que nous présente Michel LEGOUINI dans cet ouvrage sont articulés dans un style clair, accessible, documenté et s’adressent aux médecins, psychiatres, psychologues, psychanalystes, psychothérapeutes, soignants, travailleurs sociaux , formateurs désireux d’approfondir leurs savoirs cliniques et ajuster leur position d’analysant de leurs pratiques professionnelles.

« Ce livre offre une lecture clinique au quotidien de troubles psychiques et de pathologies considérés comme des problèmes de santé publique.

Les traumatismes psychiques sont à décrypter comme des blessures psychiques provoquées par la rencontre avec un danger extérieur innommable  à savoir la terreur de maltraitances physiques et/ou psychologiques.

Sortir de l’événement traumatique est possible en inventant une solution singulière et advenir comme sujet désirant.

C’est opérer un clivage  entre un obscur trauma irréversible  et une clairvoyante extraction d’un corps étranger intrusif.

Désangoisser des patients et des personnes accompagnées c’est les apaiser en misant sur le pouvoir de la parole soignante et contenante.

L’angoisse phénomène universel, arrimé à aucun mot ou image, est un signe signalant quelque chose d’innommable pour un sujet dépersonnalisé.

Se désangoisser, c’est pour le professionnel canaliser son angoisse pour ne pas être submergé par ce toxique pouvant irradier son corps et brouiller son discernement.

S’interroger à propos de l’autisme , catégorie clinique complexe qui recouvre un spectre très vaste de phénomènes cliniques et de traits autistiques.

L’expérience clinique nous enseigne la multiplicité des tableaux cliniques en matière de troubles du spectre autistique.

Dans le cadre nosographique des troubles envahissants du développement sévères, ce sont des altérations neuro-psychiques associées à des anomalies génétiques et des co-morbidités somatiques et motrices.

Cette clinique de l’autisme  dans toutes ses formes diverses nécessite une méthodologie de projets de vie personnalisés  axée sur la sortie du repli autistique moyennant un usage de la parole car le sujet affecté d’autisme est surtout à  l’aise dans l’écrit comme l’affirme josef Schovanec.

Les enjeux de soins spécifiques et de l’accompagnement psychologique de sujets affectés de pathologies neurodégénératives exigent un savoir clinique actualisé et éclairé au cas par cas.

La qualité de l’accompagnement de  personnes âgées ou non cérébro-lésés  accueillies en hôpital gériatrique, en EHPAD, en MAS et en FAM, peut-être améliorée selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé avec l’outil analyse des pratiques orientée par une éthique du bien soigner et du bien-être accompagné.

Autisme, pathologies neurodégénératives, traumatismes psychiques sont associés à des troubles du comportement qui mettent en difficultés soignants hospitaliers et accompagnants médico-sociaux et sociaux.

Michel LENGOUINI Essais cliniquesAgressivité et violence , distinctement symptôme affectif explicite et trouble  pulsionnel opaque, s’inscrivent dans une dynamique de répétition traumatique.

Traiter l’agressivité et la violence implique  un positionnement asymétrique de l’accompagnant  qui fait fonction de contenant affectif , de tiers social séparateur et garant d’une protection de sujets très vulnérables.

A ces troubles affectant le corps sont associés des troubles de la fonction alimentaire, assez fréquents chez les personnes accompagnées  dans le secteur médico-social.

Ces troubles alimentaires révèlent des difficultés d’exister avec son corps et son histoire.

Ces différents troubles alimentaires, anorexie/boulimie, potomanie, pica, mérycisme… sont des solutions extrêmes ou identifications au pire par des êtres de langage pour tenter de résoudre des conflits psychiques face à une réalité extérieure difficile à incorporer. »

En savoir plus sur Michel LEGOUNI
Psychanalyse, Consultant, Formateur
Intervenant en Analyse des Pratiques, Supervision et Régulation d’équipe

essais cliniques

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Essais Cliniques
de Michel LEGOUINI

Pro-en-Conduite-du-changement

Livre: Pro en conduite du changement

Valérie Moissonnier et Juliette Ricou – Editions Vuibert

Découvrez un extrait de l’ouvrage

Le codéveloppement professionnel est une méthode qui a été modélisée au Canada dans les années 80 par Payet et Champagne.

Il vise l’accompagnement de groupes de pairs (souvent des managers de services différents), de 5 à 8 personnes, dans des contextes de :

  • Conduite du changement.
  • Développement des compétences managériales.
  • Ou sur des thématiques diverses telles que la prévention des risques psychosociaux, le développement durable, etc.

Le codéveloppement est très proche dans l’esprit et la méthode des Analyses de Pratiques Professionnelles pratiquées dès les années 1970 dans le secteur médicosocial.

On y retrouve un même groupe de pairs, du début à la fin, animé par un intervenant neutre, préférentiellement un coach.

La méthode s’appuie sur des séances de ce même groupe, d’une demi-journée.

Chaque séance est consacrée au traitement de 2 cas concrets d’une durée de 1h30  de membres du groupe appelés «clients », les autres membres étant leurs « consultants ». Le groupe se réunit régulièrement à une fréquence de 4 à 8 semaines environ.

Le cadre et les règles sont posées et régulées par le coach et s’appuient notamment sur :

  • L’authenticité, la bienveillance et la confidentialité.
  • La capacité des consultants à pratiquer l’écoute active, la reformulation et le questionnement ouvert.
  • L’implication du client dans l’écoute des conseils, l’élaboration d’un plan d’action et son débriefing en début de séance suivante.

Une séance de codéveloppement se déroule en 7 étapes.

  • Choix du client.
  • Exposé par le  client de sa situation problème.
  • Questions de clarification par les consultants.
  • Contrat de consultation dans lequel l’animateur veille à la qualité de formulation de l’objectif recherché par le client.
  • Consultation : conseils, propositions, suggestions des consultants.
  • Synthèse et plan d’action rédigés par le client.
  • Apprentissages, régulation et évaluation par le groupe.

L’intérêt du codéveloppement

  • La mise en mouvement des membres du groupe pour résoudre les cas concrets amenés à chaque séance.
  • Le développement des compétences relatives à la thématique traitée mais aussi à la capacité d’écoute, à l’accompagnement d’autrui et à la créativité.
  • Le développement de la communication transverse au sein de l’entreprise, accrue par le nombre de groupes de codéveloppement constitués.
  • La transparence, l’entraide et l’autonomisation dans l’exercice du métier ou dans le cadre du projet de changement faisant l’objet des séances.

 Un exemple d’application

120 managers d’une entreprise d’énergie voient leur fonction se transformer dans le cadre de l’ouverture à la concurrence.

De lobbyiste, la fonction doit s’élargir au commercial tout en perdant un levier de relation avec les élus (financement d’actions sur le terrain au travers de SEM).

Dans ce contexte, le responsable du codéveloppement de l’entreprise mandate des coachs internes et externes pour animer 9 sessions sur 3 ans.

Les contrats de consultations traités durant les séances de codéveloppement révèlent les thématiques suivantes :

  • Quel est mon rôle dans le cadre d’un projet de méthanisation en cours ?
  • Comment dire non à une agglomération pour un projet qu’elle veut mettre en place ?
  • Comment rendre les réunions de présentation d’activité plus attractives et à valeur ajoutée ?
  • Comment mieux accéder aux décideurs et être présents sur ces réseaux ?
  • Comment gérer une relation conflictuelle avec un maire ?

Sur le long terme, les participants ont appris à se prendre davantage en charge en sollicitant leurs collègues plutôt que leurs hiérarchies. Petit à petit, ils ont fait le deuil de leur ancienne fonction et ont appris à développer leur créativité commerciale.

 Les pièges à éviter

    • Faire participer au codéveloppement des membres d’une même équipe et/ou de niveau hiérarchique différent. Cela risque de brider la liberté de parole et met à mal le respect de la confidentialité sur ce que disent nominativement les participants.
    • Vouloir traiter plus de 2 cas par séance au risque de bâcler la consultation et de mettre le client en situation d’échec.

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Livre: Les outils de la supervision

Florence LAMY et Michel MORAL – InterEditions

Écrit à deux voix par Florence Lamy et Michel Moral, l’ouvrage débute par un dialogue des auteurs qui met en jeu les bonnes raisons de s’être lancés dans ce projet. Leur expérience est celle du coaching et de la position de superviseurs de coaches. C’est de cet accompagnement qu’ils ont construit un corpus de références et de pratiques de la supervision.

La supervision individuelle y est déployée, tout comme celle qui se pratique en groupe inter-entreprise. Ce que les auteurs appellent la supervision « intra entreprise » y trouve place. Un autre préliminaire à la lecture, de notre observation, a trait à ce que, des enjeux du coaching d’entreprise, Florence Lamy et Michel Moral en prennent en compte les exigences de performance et d’efficacité des coachés, la réalité économique du marché du coaching et donc de celui de la supervision. Les exigences des entreprises clientes n’y sont pas posées comme un problème, à l’inverse comme un facteur de tension productive du métier de l’accompagnement en entreprise.

De la même façon, les auteurs prennent appui sur les normes internationales des métiers du coaching pour se référer à une conception qui s’inscrit dans un système régulé par des principes de Qualité et de référentiels de compétences. Ce point de vue socio-économique et idéologique nous paraît opérer un choix pour le lecteur : l’accepter et en tirer d’utiles conséquences, ou le refuser et se mettre en résistance.

Pour notre part, nous reconnaissons aux auteurs le mérite de ne pas se cacher derrière leur petit-doigt. Le coaching et ses extensions dont la supervision fait partie, individuelle comme groupale, relèvent bien d’une réalité socio-économique et d’une demande sociale : celle des entreprises et par conséquent des enjeux de marché avec leurs tensions, leurs logiques compétitives et la demande d’efficacité. Souvent, nous entendons un discours lénifiant sur le coaching, du côté de l’humanisme, alors que les enjeux des dirigeants et des managers comportent des plans politiques, de pouvoir et de responsabilités, dans une ambivalence de contexte normatif prégnant allié à la recherche de singularité : préserver et soutenir les avantages concurrentiels de son entreprise, et la mobilisation des employés. Les auteurs rappellent l’histoire de la supervision, en tout cas et les débuts de son histoire contemporaine associée à la psychanalyse et au contrôle d’un clinicien par un autre placé dans la position de superviseur, et les évolutions en lien avec l’émergence d’autres référentiels liés au renouvellement thérapeutique et de la relation d’accompagnement.

Riche d’informations et de modèles diversifiés, le lecteur du livre de LAMY et MORAL n’y trouvera pas un courant ou une clinique, mais un vaste panorama dans lequel chacun-e puisera selon le contexte de ses interventions et besoins, tout comme de sa professionnalisation. Guide pratique, voire pragmatique, « les outils de la supervision » est organisé en deux parties.

  1. La première partie a trait aux compétences du superviseur. Y est déployée la question de l’organisation de la profession de superviseur, notamment l’organisation des qualifications et accréditation. On y trouvera d’utiles références aux normes et définitions internationales des métiers de l’accompagnement, dans un monde économique où les processus Qualité et les référentiels occupent de la place en tant que choix et transactions entre clients et prestataires. La suite de la première partie de l’ouvrage développe les éléments de la relation d’accompagnement individuel : du contrat de supervision, de la relation entre superviseur et supervisé, du processus de supervision et de ses points aveugles, des questions éthiques, et de la posture professionnelle du superviseur.
  2. La deuxième partie aborde les techniques de supervision, à la fois dans l’individualisation d’un processus d’accompagnement et la supervision de groupe. Les différents modèles y sont passés en revue, avec quelques repères importants. La richesse informative de l’ouvrage se trouve aussi dans cette deuxième partie avec un nouveau panorama, cette fois celui des techniques collectives. On appréciera cette ouverture, car dans l’animation de supervisions collectives, lorsque la démarche bloque ou se fige, le processus même du travail groupal et des techniques utilisées peut faire frein et nécessiter que le superviseur repense son approche ou les moyens qu’il emploie pour mettre le groupe qu’il anime au travail.

En annexe, l’ouvrage comprend un chapitre qui éclaire les mécanismes intrapsychiques et interpersonnels à l’oeuvre dans toute dynamique groupale et relation à un tiers. Une conversation entre les auteurs et une bibliographie aux sources internationales fournies concluent ce livre documenté.

Une Note de Lecture de Marc LASSEAUX …en savoir plus…

Livre – La posture du superviseur

Supervision, analyse des pratiques, régulation d’équipes…

sous la Direction de Joseph Rouzel – Eres, 2017

J’ai apprécié ce livre, confrontation de points de vue de quatorze superviseurs, en majorité psychana-lystes. C’est une vraie gageure que de se trouver dans la position de travailler au grand jour des éléments transférentiels et contre-transférentiels appartenant au secret des séances de supervision, que ce soit dans ce livre ou lorsque l’on forme des superviseurs ou intervenants en analyse de pratiques. Et ce, dans le respect de la confidentialité.

C’est une gageure et cela me paraît la seule manière d’opérer pour transmettre et rendre compte de notre travail, à partir du moment où la supervision est avant tout un espace. Un espace psychique transférentiel où des professionnels pris dans le fonctionnement institutionnel et dans le mode psychique des personnes qu’ils accompagnent, leurs clivages, dénis et conflits, peuvent se dégager des émotions enkystées qui les engluent et, déplaçant ainsi le transfert, peuvent « mettre leurs forces vives au service » de ces personnes en souffrance, absentes de la séance (Joseph Rouzel). Le temps de supervision est avant tout le temps où chacun peut exprimer ce qui le situe dans son rapport à une autre personne accompagnée, en relation avec le groupe, groupe des autres professionnels, groupe des autres personnes accueillies.

Dans cet espace « peut se déployer une parole qui ne concerne pas leur seule pratique mais vient mettre en jeu tout ce qui, de leur subjectivité personnelle et groupale, interfère avec leur action » (Claude Allione) Etant entendu que dans le cadre de l’intervention, bien explicité à la Direction et à l’équipe, figure expres-sément le fait qu’on travaille à partir de la part professionnelle de la personnalité.

Pour être superviseur il ne suffit pas de pouvoir repérer, vivre et utiliser les transferts, il faut une solide expérience des groupes et de l’institution. Et chacun des auteurs, à sa manière, nous raconte comment il travaille, comment il assure la consistance et la légitimité de cette place et de cet espace spécifiques. Qu’est-ce pour lui de tenir cette posture, et quels effets cela a-t-il sur le groupe de professionnels ?

Les trois temps de la séance de supervision sont évoqués par plusieurs. Plusieurs vignettes cliniques savoureuses montrent le bienfondé du choix de ne pas interrompre et de ne pas laisser interrompre le temps de l’exposition.

La discrétion du superviseur est de mise ; de par la massivité des symptômes qui se rejouent sur la scène de la supervision, son engagement et sa prise de risque sont tout autant nécessaires, afin que sa place opère en guise de « cellule de désenvoutement. » La pertinence de telle ou telle intervention du supervi-seur, de son dire, susceptible de faire acte, et permettant « cette fabrique de paroles » dans l’institution, est examinée à travers des vignettes cliniques vivantes, d’un point de vue éthique et depuis le contre-transfert du superviseur. (Claude Sibony, Jacques Cabassut). L’incidence du désir du superviseur sur l’éthique de la supervision est questionnée.

Le seul support sur lequel puisse s’appuyer le superviseur par rapport aux contenus imprévisibles et contaminés qui émergent en séance, c’est sa posture. Etymologiquement le mot posture, au-delà de la signification morale ou psychique, condense plusieurs sens : il interroge le lieu et la place quand il s’agit de poser et de déposer (positus, participe passé de ponere). Il renvoie à la perte (autre sens de ponere : pondre ; quelque chose est déposé, qui vient du corps et n’y retournera pas), à la coupure, « à la capacité à en soutenir les effets sans mascarade ». (Isabelle Pignolet de Fresnes).
Car parler de la posture du superviseur conduit nécessairement à parler d’imposture, et réciproquement. Comment savoir quand nous nous sentons un imposteur – sentiment fréquent chez le superviseur – si nous le sommes? Un superviseur imposteur, qu’est-ce que ce serait ? Ce thème court au long du livre.

Les butées et limites de la supervision sont questionnées. L’un des auteurs nous montre l’annonce dans l’analyse de la demande d’un conflit institutionnel violent dont le superviseur est un révélateur de plus. L’auteur nous montre très précisément comment le transfert négatif envers le superviseur qui occupait la place d’un autre trop menaçant a entravé toutes ses tentatives de mise au travail. N’était-ce pas plutôt d’ailleurs un transfert du négatif ? La question est alors de comment supporter d’être ce mauvais objet sans s’y croire. (Isabelle Piekarski). Elle nous raconte comment dans l’après coup elle a pu faire le lien avec ce qui c’était rejoué pour elle de son histoire dans la rencontre avec cette équipe. Il y a des possibilités de re-questionner la pertinence du dispositif en cours de supervision, voire d’émettre une autre proposition.

Par ailleurs, le travail de supervision doit pouvoir être repris, autrement, dans d’autres instances institu-tionnelles, sous peine de risquer de rester lettre morte.
C’est ainsi qu’Agnès Benedetti nous raconte pour notre bonheur les répercussions positives de l’écriture à partir des situations exposées en séances d’analyse de pratiques, suite à la demande en séance d’un participant. Ces séances ont restitué aux professionnels une capacité de rêverie éteinte, contraignant l’ex-posant à reprendre la lecture des faits de façon inédite. Alors que de graves difficultés institutionnelles malmenaient profondément les équipes, cette initiative a été reprise avec l’accord de la direction par d’autres éducateurs, à leur manière, dans d’autres lieux de l’institution et d’abord sans en parler à l’intervenante, et a impacté toute l’institution de manière vivante et joyeuse. Elle nous montre comment ce dispositif d’écriture, transposable, demeure une histoire de transfert.

Jean-Pierre Lebrun lie les difficultés de l’action collective à l’intrication de deux problématiques contra-dictoires : « l’abus de pouvoir et les ravages de l’impouvoir », la charybde de la restauration d’un pouvoir pyramidal et patriarcal organisé selon un modèle religieux et la scylla d’une gestion horizontale aux mains des partenaires. Les défaillances à soutenir l’action collective risquent de mettre en difficulté la nécessité d’un fonctionnement démocratique. Un contexte de méfiance à l’égard de toute autorité peut favoriser l’épuisement des dirigeants, et les dirigés ne distinguent plus ce qui fait autorité, chacun étant pris dans le cycle action/réaction et les conduites bureaucratiques. Le burn-out des équipes peut aussi être analysé comme l’absence de lecture de ces phénomènes. L’auteur explore comment la supervision, espace où se découvrent les différentes facettes des personnes accompagnées et des professionnels, s’insère dans cette problématique.

Alors que les professionnels de la relation d’aide sont de plus en plus confrontés à des sujets présentant des déstructurations profondes associées à de graves difficultés sociales et familiales, Claude Allione nous rappelle que cet espace qu’est la supervision permet le déploiement du transfert dissocié, et de donner forme et élaboration à la constellation transférentielle, matrice à partir de laquelle la relation de transfert dissocié de ces sujets peut être traitée. Le pouvoir du superviseur consiste à permettre que cela ait lieu.

La supervision est un espace. Espace de déminage et « entreprise de salut public » qui rouvre le ques-tionnement (Joseph Rouzel) et la bonne curiosité que les modes opératoires, le cycle action/réaction, et la haine de la parole tendent à clore. Un autre des pouvoirs du superviseur est de protéger la parole. « Il doit en être convaincu et tout mettre en œuvre pour cela »(Claude Allione), afin que « ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire trouve enfin une écriture » (Claude Sibony).

Un Article de Catherine Farzat, Psychanalyste et Superviseur d’équipes dans le champ social, médical et médio-social, Formatrice de Superviseurs et d’Intervenants en Groupe d’Analyse de Pratiques Type BalintEn Savoir Pus…

 

Livre – L’analyse des pratiques en travail social

Auteur de l’ouvrage : Francis ALFÖLDI – Editions DUNOD – Janvier 2017.

On se réjouira de la lecture de l’ouvrage de Francis ALFÖLDI, écrit selon son auteur « à l’ancienne », c’est-à-dire en une aventure écrite. Nous l’avons comprise comme un livre écrit avec patience, en laissant le temps de la recherche bibliographique et de la conception de l’ouvrage.

Un des intérêts du livre est de donner à son lecteur un point de vue historique à l’analyse des pratiques. L’histoire permet de comprendre d’où l’on vient, tout comme l’état actuel de l’art. Pour Francis ALFÖLDI, analyse des pratiques et supervision ne se confondent pas. Aussi c’est bien du champ professionnel de l’analyse des pratiques que traite ce livre. L’auteur qui a de robustes convictions sait engager l’humour et la pédagogie, et éclairer le lecteur par des cas qui viennent étayer son propos. On retiendra au chapitre trois les grands concepts : l’empowerment, la centration sur la personne et le contre-transfert comme autant de plans de mise au travail.

Au chapitre 4, l’auteur y détaille les axes de travail de l’analyse des pratiques en se référant à l’approche clinique. Par clinique, il faut entendre ce qui est mis au travail en groupe, tant par les conditions de l’espace ouvert par le dispositif que par ce qui s’y analyse et se résout du travail social investigué. Dans ce même chapitre, Francis ALFÖLDI revient sur la question de la gestion de la violence comme une réalité intrinsèque aux métiers du social, avec une exposition en miroir des professionnels. En abordant cette réalité comme une modalité psychosociale du travail social, en explicitant les formes de l’acte violent, l’auteur donne à penser la violence dans l’institution. Non pas comme un acte qui prend par surprise, mais entre dans le fonctionnement de l’institution par les prises en charge éducatives et de ce qu’elles transportent de souffrance captées du terrain.

On retiendra aussi les facteurs du climat de travail d’un dispositif en termes de cadre, et d’une définition de la professionnalité, métiers et compétences. L’auteur apporte son expérience et des fondements qui remettent en perspective le socle du métier et de ce qu’il engage au delà d’un emploi, de la compétence en tant que mobilisation « de savoirs ajustés à la singularité de chaque situation ».

Dans le chapitre des conditions de mise en œuvre, Francis ALFÖLDI répond aux questions des choix initiaux, c’est-à-dire du lancement du dispositif. S’il y a des enjeux pour le groupe professionnel bénéficiaire, les enjeux de l’institution à cette étape des choix initiaux s’y trouvent aussi posés. Les responsables d’institutions trouveront des réponses à leurs interrogations et doutes quant à la prescription de l’analyse des pratiques. Pour un responsable d’institution qu’en sera-t-il de la participation effective des salariés, de ce que la proposition managériale aura comme effets. Aussi l’auteur s’emploie à donner du crédit à ce qui valorise l’engagement plutôt que l’obligation, la conviction plutôt que la contrainte. Force est de constater que dans bien des cas, un dispositif d’analyse des pratiques prend son origine dans un contexte institutionnel et professionnel où les acteurs sont à l’épreuve de difficultés, d’écarts entre le projet de service et le réel, parfois de positions défensives respectives.

Résumés et définitions, idées-phares, schémas, tableaux méthodologiques et…dessins humoristiques font de ce livre « l’analyse des pratiques en travail social » un ouvrage de référence pour des praticiens intéressés par les conditions historiques, sociales et contextuelles de l’analyse des pratiques, et par le tissage entre théorie de la dynamique des groupes et des outils nécessaires à son portage. Des responsables d’institutions en questionnement pourront y trouver une réflexion préalable à la mise en oeuvre d’un dispositif. Car instituer de l’analyse des pratiques ne relève pas du seul champ de l’incitation de la tutelle ou de la demande routinière, mais, disons-le en citant Winicott, d’instituer la possibilité d’un espace de jeu dans l’institution autour de la parole, des affects, des métiers, de leurs difficultés terrain, c’est-à-dire de la valeur du « réel du travail », de ce qui se passe plutôt que ce qui devrait être, et de la régulation dans le groupe constitué.

Note de lecture réalisée par Marc LASSEAUX, Psychanalyste et Intervenant en Analyse des Pratiques…En Savoir Plus…

   

Livre : L’analyse de la pratique : à quoi ça sert ?

2015, érès, 403 p. Sous la direction de Jeannine DUVAL HERAUDET

Quel est le dispositif proposé ?

Il nous faut préciser d’emblée ce à quoi correspond pour nous ce terme « analyse de la pratique » qui est un véritable mot-valise. Ce dernier recouvre en effet des dispositifs multiples, lesquels peuvent viser des objectifs différents et se référer à des théories diverses. Je maintiens cependant ce terme car il est en usage dans les différentes institutions mais je précise d’emblée « analyse clinique  de la pratique », en considérant qu’il est alors synonyme de « supervision ». Le mot « clinique » n’est pas anodin car il suppose la référence à la théorie psychanalytique et la mise en œuvre d’un cadre spécifique.

Le dispositif que je propose aujourd’hui aux groupes de professionnels que j’accompagne en tant que superviseur et qui est à l’œuvre dans cet ouvrage se centre sur l’analyse de la relation entre un professionnel et l’enfant, l’adolescent ou l’usager comme il est dit dans le domaine médico-social[1].

En analyse clinique de la pratique, la parole est première et seule véhicule de la pensée. Une posture clinique implique le doute sur les effets de l’intervention sur l’autre, une mise en question permanente. Le professionnel reconnaît et accepte son implication subjective et les effets du transfert au sein de la relation avec celui qu’il accompagne. En s’entendant parler, puis en entendant les résonances que sa parole a provoquées chez l’un puis l’autre participant, une distanciation s’effectue pour le narrateur avec les éprouvés, les affects, les émotions ressentis lors de la situation dont il fait le récit au groupe. Le croisement  des points de vue divergents mais tout aussi subjectifs en provenance de chaque participant permet de faire ouverture dans une situation qui paraissait souvent bloquée. Il devient possible de formuler des hypothèses concernant les déterminants du comportement de cet autre dont il est question et des propositions de pistes de travail diversifiées peuvent émerger au sein même du groupe. Cependant, prendre le risque de sa propre parole dans le groupe requiert des conditions de sécurité. Cette dernière  est garantie par les règles que pose d’emblée le superviseur : écoute de l’autre, écoute  de soi, non-jugement, confidentialité en ce qui concerne les propos personnels. Dans les métiers de l’humain, l’articulation entre l’histoire personnelle et les postures professionnelles sont toujours étroitement intriquées. Le contexte de l’analyse de pratique est professionnel. Les échanges dans le groupe viennent fréquemment faire résonance avec l’intime du professionnel. Une position éthique et déontologique impose cependant de respecter les limites de ce qui est travaillé au sein du groupe et il revient à chaque professionnel de travailler ailleurs et s’il en éprouve le besoin les questions qui touchent l’intime de sa personne.

Comment avons-nous conçu cet ouvrage ?

Psychopédagogue pendant de longues années, accompagnant dans un registre relationnel des enfants ou des adolescents « en difficulté «ordinaire »[2] qui ne parvenaient pas,  en raison de leur  histoire personnelle et/ou familiale à s’inscrire dans les apprentissages de l’école ou dans les règles proposées  par  celles-ci, j’ai éprouvé le besoin du « holding » d’un travail de supervision. J’ai donc vécu cette expérience d’une manière individuelle ou en groupe pendant de nombreuses années, avant même d’envisager occuper un jour la place du superviseur et de me former pour cela. La lecture de nombreux ouvrages m’a conduite à m’interroger : Pour quelles raisons ce sont les superviseurs qui écrivent sur cette  pratique, présentant leur dispositif et l’éclairant de vignettes cliniques ? Ne pourrait-on pas envisager une autre entrée et arrêter de parler au nom des participants qui sont quand même les premiers concernés ? Que cherchent ceux-ci dans ce  dispositif ? Qu’est-ce qu’ils y vivent ? Qu’est-ce qu’ils y trouvent ?  Quels effets peuvent-ils repérer quant à leur pratique professionnelle ? L’idée était lancée mais elle devait faire son chemin. Celui-ci nous a pris deux années entières.

Le passage à l’écrit demande une distanciation supplémentaire par rapport au travail oral habituel en analyse de  pratique. J’ai proposé ce projet à différents groupes de professionnels spécialisés que j’accompagnais depuis un temps suffisant en analyse de pratique pour qu’ils se soient bien approprié le dispositif et pour qu’ils disposent du recul nécessaire pour passer à l’écrit. Des obstacles étaient inévitables, et en premier  lieu le peu de directives données au départ quant à cette écriture.

Quelles étaient les consignes données ?

Mon souhait était de respecter l’implication subjective de chacun et en premier lieu   l’entrée qu’il choisirait.  Une situation pour laquelle il avait été le narrateur ? Son vécu en tant que participant à un moment particulier ou d’une manière plus générale ? Sa perception du groupe dont il a fait partie ? Son rapport évolutif vis-à-vis de ce travail d’analyse ? Les effets éventuels de ce travail d’analyse sur sa pratique ? etc.

Cette subjectivité et cette liberté devaient être également respectées quant à la forme que chacun souhaitait donner à sa trace écrite, celle dans laquelle il se sentirait le plus à l’aise : un texte dont la longueur n’était pas imposée, – une seule page étant possible -, des dessins, une bande dessinée, un poème…

Le positionnement éthique et déontologique qui pose des limites à l’investigation concernant l’intime dans le cadre d’une analyse de pratique professionnelle devait s’appliquer à l’écriture. Chacun était libre de décider des limites de ce qu’il souhaitait transcrire au niveau d’une trace communicable, celle-ci pouvant être lue par des supérieurs hiérarchiques. Cette prise de risque a fait peur à certains qui se sont rétractés quant à une écriture possible de leur part. Pour  d’autres, cette éventualité a été souhaitée et elle a constitué une motivation supplémentaire à écrire : ils allaient enfin pouvoir témoigner véritablement de leur métier et, peut-être, être entendus ?

Chacun devait assumer sa parole et accepter de signer son texte. Accepter également d’être relu par d’autres pour un retour et une éventuelle aide à l’écriture, voire une invitation à approfondir si possible tel ou tel point. Il était posé cependant d’emblée qu’aucune censure ne serait faite quant au contenu. Par contre, comme dans tout écrit clinique, l’anonymat était indispensable vis-à-vis de ceux qui étaient impliqués dans la restitution des différentes situations.

Le peu de consignes préalables a pu en dérouter certains, les déstabiliser, car en rupture avec leurs souvenirs scolaires, universitaires ou leurs mémoires professionnels. Il fallait se risquer à tous les niveaux. Ceux qui ont franchi le pas ont montré que ce pari de départ a permis l’originalité, la diversité et la richesse des écrits.

Trois parties, trois sources principales…

Cet ouvrage est collectif. Ceci ne signifie en aucun cas écriture collective ou en groupe. L’aventure, elle, fut collective. Dans deux parties distinctes au vu de leur appartenance institutionnelle, ont été réunis les textes de professionnels de l’éducation spécialisée. Tous accompagnent des enfants et des adolescents en difficulté. Difficultés scolaires, difficultés d’intégration sociale, difficultés  en lien avec leur histoire personnelle et familiale.

En première partie, des rééducateurs de l’Éducation nationale qui accompagnent des enfants en « difficulté ordinaire ». Ces enfants, élèves d’une classe et d’une école maternelle ou primaire, semblent refuser ou ne peuvent entrer dans les apprentissages, voire dans les règles de l’école. Il s’agit alors pour ces professionnels spécialisés de les accompagner pendant un temps limité de la semaine, en dehors du groupe-classe. Diverses médiations sont proposées à l’enfant pour l’inviter à exprimer  ce qui encombre sa pensée, ce qui fait obstacle, ce qui l’empêche de devenir un élève à part entière, heureux de grandir et d’apprendre, comme les autres. L’intervention se veut préventive, même s’il s’agit déjà de prévention secondaire.

La deuxième partie réunit des textes de professionnels travaillant dans deux ITEP différents – des éducateurs spécialisés et une veilleuse de nuit.  Les enfants dont il est question ont été orientés en ITEP en raison de difficultés qui affectent leur comportement de telle sorte qu’ils semblent avoir besoin, pour un temps, de cet accompagnement plus global. Le cadre et l’organisation spécifiques de l’ITEP deviennent des éléments importants de l’aide apportée par les professionnels.

S’il était nécessaire, la richesse de  ces textes atteste de l’implication et de la professionnalité de chacun de ces narrateurs mais aussi de l’approfondissement et du réajustement  de ses postures professionnelles grâce aux échanges réalisés dans  le groupe auquel il a participé.

J’avais sollicité, encouragé, soutenu l’écriture de chacun. Sous la forme d’une boutade, certains participants m’ont lancé « Et si toi aussi tu écrivais ? » J’avais bien entendu prévu et assumé la responsabilité d’introduire puis de conclure cet ouvrage mais cette  question m’a touchée plus profondément, en écho à ce qu’avance Lacan à propos de l’analyste, lequel se trouve « pressé de déclarer ses raisons »[3]. L’interpellation était pertinente  et légitime. Il me fallait moi aussi apporter mon témoignage. Pour quelles raisons en effet avais-je éprouvé un jour le désir d’occuper cette place, vide de surcroît, si l’on se réfère aux Quatre Discours présentés par LACAN dans L’envers de la psychanalyse ? Quel cheminement m’y avait conduit ? Par quelles étapes étais-je passée ? Mon expérience professionnelle, celle de la supervision en tant que participante, un doctorat en Sciences de l’Éducation, des formations diverses dont un DU en Analyse de la pratique, une longue expérience en formation d’adultes dans le domaine de l’éducation spécialisée ou non, avaient ponctué ce parcours[4]. Pour quelles raisons je soutenais aujourd’hui un dispositif plutôt qu’un autre, pour quelles raisons l’avais-je un peu bricolé à ma convenance, après en avoir goûté et expérimenté d’autres ? De quelle manière je concevais  aujourd’hui de tenter d’occuper cette fonction de superviseur ? En référence aux Quatre Discours et à la place de l’analyste, en tant que « +1 » extérieur à chacun des groupes concernés et à leur institution, la tâche principale du superviseur consiste à poser les règles du jeu puis à s’en porter garant, à soutenir la parole de chacun au sein du groupe et les analyses afin d’aider les professionnels à répondre à leurs propres questions. Cependant le superviseur-funambule est confronté lors de chaque rencontre avec l’imprévu de ce qui va être apporté dans le groupe. Le doute et la remise en question permanentes sont pour lui aussi des postures épistémologiques. Il se soutient de son éthique, de son expérience, de ses savoirs théoriques et de son savoir sur lui-même, de son dispositif et de son cadre que les participants s’approprient peu à peu. Sachant que rien n’est jamais acquis, qu’est-ce que je devais encore et toujours interroger, travailler, afin de pouvoir tenir cette place, afin de tenir le cap, malgré les remous et turbulences institutionnels inévitables ? Quel « holding du holding »[5], pouvais-je trouver pour moi-même ?

Joseph ROUZEL, psychanalyste et Directeur  de Psychasoc[6] a accepté de soutenir cette aventure et d’en écrire la préface. En guise de conclusion à cette présentation, je lui laisse la parole :

«  …Les textes de cet ouvrage feront date. Nous avions jusque-là des témoignages de pratique de supervision ou analyse de la pratique.[7] Mais s’ouvre ici une petite fenêtre sur ce que ce travail produit chez des professionnels. On peut donc juger sur pièces. C’est chose suffisamment exceptionnelle pour être soulignée. Généralement l’espace de supervision est bordé et borné par une obligation de confidentialité à laquelle se soumettent autant le superviseur que les supervisés. Or ici le cercle protecteur s’ouvre sur un autre espace: l’écriture. Sans rien trahir de ce qui s’y déroule, les professionnels qui, non sans un certain courage et une certaine prise de risque, ont produit les textes qui suivent, évoquent et donnent à lire ce qui s’y est mis en jeu  pour eux. Nous sommes dans un temps second, un autre temps, une autre scène. L’espace de la supervision reste clos. Ce qui s’y déroule brille par son absence.  L’écriture, comme dans un révélateur photo, fait apparaître des reliefs étranges, des paysages inconnus; ouvre des rues et des avenues dont on ignorait l’existence… Chacun dans l’après-coup de ces bricolages de parole et d’écriture qu’entraine la supervision,  a jugé bon, tout en se coltinant au collectif, de rendre publique  sa position de sujet. Ce faisant il en endosse la responsabilité, il en répond au sens où « de notre position de sujet nous sommes toujours responsables.[1]» La prise de risque de l’écriture fait relance du désir. Peut-être comprendrons-nous alors, dans cet autre après-coup du lecteur, comment ça s’écrit, supervision… »

Jeannine DUVAL HERAUDET, le 25 août 2017


[1] Articles publiés à ce jour à la suite de la sortie de cet ouvrage : Comprendre ce qui se joue, Revue ASH n° 2973, 2 septembre 2016 ; L’analyse de la pratique : à quoi ça sert ?, Revue VST, n° 135 – 06/07/2017
[2] DUVAL HERAUDET J., 2001, Une difficulté si ordinaire, les écouter pour qu’ils apprennent, Paris : EAP, 373 p.
[3] Jacques LACAN, Janvier 1977, Ouverture de la section clinique, Ornicar ? 9, Paris : Lyse, avril 1977
[4] Un site a été créé pour partage : www.jdheraudet.com
[5] Le terme de « holding a été repris de Dr D.W. WINNICOTT (Fragment d’une analyse, Paris : Payot, coll. Science de l’homme, 330 p.). Claude Allione évoque le holding du holding. Il prend pour exemple un tableau de Léonard de Vinci « La vierge à l’enfant avec Sainte-Anne ». (ALLIONE, C., La part du rêve dans les institutions, régulation, supervision, analyses des pratiques, Encre Marine, 2005, p.) Dans l’esquisse qui a précédé ce tableau, Léonard De Vinci a peint Anne, Marie, et Jésus qui tend les bras à un autre enfant : Jean-Baptiste. Cette esquisse me semble encore plus évocatrice de l’accompagnement éducatif qui vise à aider l’autre à s’inscrire dans le lien social).
[6] Institut européen Psychanalyse et travail Social
[7] A titre d’exemple : Claude Allione, La part du rêve dans les institutions: Régulation, supervision, analyse des pratiques, Les Belles Lettres, 2011; Joseph Rouzel, La supervision d’équipes en travail social, Dunod, 2007;  Claudine Blanchard-Laville et Dominique Fablet (sous la dir.), L’analyse des pratiques professionnelles, L’Harmattan, 2006.
[8] Jacques Lacan, « La science et la vérité », in Ecrits, Seuil, 1966.

   
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