L’analyse des pratiques dans un service d’urgence (1)

Synthèse du Mémoire de fin d’étude en soins infirmiers

Les services d’urgences sont bien soumis à de nombreuses situations imprévisibles, aiguës, et mettant en tension le fonctionnement du service et du personnel. Elles apparaissent comme non exceptionnelles voire même fréquentes. Leur diversité rend impossible le fait de limiter la notion de situation de crise à un type de situation donnée. C’est d’ailleurs aussi ce qui fait de ces situations des situations de crises. De même les plus fréquentes et celles pour lesquelles des réflexions et des actions ont déjà été mené sont toujours présentes. S’il n’est pas réaliste de développer une solution pour toutes les situations à venir il est primordial que les soignants aient des outils pour y faire face (et cela tant pour le soignant que pour l’usager).

Des réponses sont apportées par la protocolisation et la législation. Cependant elles ne peuvent répondre qu’à une problématique fréquente et standardisée. Elles peuvent difficilement répondre à des problématiques humaines plus complexes.
D’autres réponses peuvent être apportées par la formation. Les savoirs sont unanimement reconnus comme un outil pour mieux répondre à ces situations. L’analyse des pratiques a d’ailleurs besoins de ces savoirs pour fonctionner.

Le milieu médical et paramédical n’est pas historiquement et culturellement ancré dans cette démarche d’analyse. Si elle n’est pas nouvelle elle a d’abord été investie par d’autre secteur d’activité. Aujourd’hui la démarche qualité intègre le sanitaire, dans cette approche la réflexivité et l’analyse des pratiques fait désormais partie intégrante de la formation initiale des infirmiers.

L’analyse des pratiques est théoriquement une réponse adaptée dans une démarche d’amélioration des situations de crise. Elle se base sur du concret, se centre sur l’usager et prend en compte la globalité des aspects de la situation (dont l’émotionnel). Elle permet d’accéder individuellement et collectivement à de nouvelles solutions.

Elle est particulièrement adaptée aux situations rencontrées dans un service d’urgence de par leurs multitudes, leurs richesses et leurs variétés. Les soignants reconnaissent les perspectives d’évolutions qu’elle permet. Elle apparait alors comme un excellent outil pour donner du sens aux gestes et aux postures soignantes. Son bénéfice est immédiat et les bénéficiaires sont à tous niveaux : le soignant qui va évoluer, mieux s’adapter et mieux vivre ces situations, le service qui va fonctionner plus efficacement, et bien sur l’usager.

Sa mise en place laisse beaucoup de possibilité à son développement, l’institution l’intègre au travers des Evaluations des Pratiques Professionnelles (EPP) qui sont une obligation pour l’accréditation, et les soignants réalisent déjà parfois des démarches personnelles plus ou moins collectives qu’ils reconnaissent comme importantes. Si en dehors de ses pratiques il n’y a pas grand-chose elles sont tout de même une base et peuvent s’inscrire dans « une politique des petits pas ».

Il y a cependant un chemin important entre une réflexion occasionnelle et une pratique réflexive :

  • « Il arrive évidemment à chacun de réfléchir spontanément sur sa pratique, mais si cette mise en question n’est ni méthodique, ni régulière, elle ne mène pas nécessairement à des prises de conscience et à des changements »
  • « Un praticien réflexif ne cesse pas de réfléchir dès qu’il arrive à se débrouiller, à être moins angoissé. Il continue pour progresser dans son métier, même en l’absence de difficultés ou de crise » .

Mais il y a des freins à sa mise en place. Les difficultés institutionnelles avec des services qui même s’ils ne manquent apparemment pas de personnel font appel aux vacataires et intérimaires. Il apparait difficile voire probablement inefficace de vouloir la mettre en place.

La forte technicité de ce service impose aussi au préalable et inévitablement une maitrise de ces techniques. D’ailleurs les formations sont souvent axées sur celles-ci. Mais la technique n’empêche pas une approche globale. Au contraire même si elle est indispensable au soin elle n’est pas le soin. Démarche dans laquelle l’analyse des pratiques trouve tout son intérêt.

Les DMS (Durée Moyenne de séjour) courte semblent rendre certaines problématiques moins prégnantes, que des services ou les DMS sont plus longues.

L’inertie au changement est présente comme dans tous domaines. Le fait qu’elle touche l’intimité du soignant, ses mécanismes de défenses, ses représentations, ses émotions rendent son acceptation parfois difficile. Il y a une crainte du jugement et des mécanismes personnels qui pourraient mis à mal.

Je citerai Manuel AGUILA pour terminer cette synthèse.

«C’est indispensable car on peut pas intervenir sur tout. Par contre on peut intervenir sur soi.».

Extrait du mémoire de Monsieur Sylvain BONNAL
Institut de Formation en Soins Infirmiers
Rambouillet 2012

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