L’analyse de pratiques professionnelles

Une clinique d’inspiration psychanalytique

L’analyse de pratiques professionnelles clinique d’inspiration psychanalytique est un travail de parole uniquement qui se réalise en groupe restreint. Il nécessite de l’implication de tous les membres, au sens fort du terme, dans le récit et dans l’écoute. Si les participant-e-s sont volontaires , l’accent sera porté sur la dimension personnelle à l’œuvre dans la pratique professionnelle (les dimensions institutionnelles seront moins travaillées). L’analyse sera faite et conduite avec, comme référent théorique, la psychanalyse, qui va déterminer en partie la manière de guider le travail (groupe d’inspiration Balint , avec les adaptations liées aux travaux scientifiques de Claudine Blanchard-Laville ). Des liens pourront être faits entre la situation présentée et des souvenirs d’enfance et d’adolescence. Ce travail opère un dégagement psychique qui permet d’évoluer vers une posture professionnelle et qui permet de « devenir professionnel/le avec ce que l’on est soi » .

Le public concerné :

Toute personne exerçant dans les métiers dits « de la relation », qu’elle soit d’accueil, éducative, formative ou de management d’équipe. Les groupes seront constitués de pairs ; aucune relation hiérarchique ne doit exister entre eux.

Les objectifs de la démarche : Espace de formation et donc de transformation, le groupe d’analyse de pratiques professionnelles permettra aux participant-e-s de :

  • Réfléchir sur leurs pratiques professionnelles. A partir d’études de cas vécues, le groupe analysera des situations professionnelles relatées par chacun/e dans leurs dimensions personnelle et/ou institutionnelle. Ce qui permet de questionner sa pratique, d’amoindrir le sentiment de solitude professionnelle, de construire et/ou développer sa posture professionnelle.
  • Analyser en profondeur la situation professionnelle relatée en prenant en compte les émotions engendrées, en fonction de l’histoire personnelle. Ce qui opère une prise de distance et l’identification de ce qui se réactive dans les relations professionnelles.

La démarche globale :

Le groupe sera constitué de 8 à 12 participant/es. L’analyse de pratiques professionnelles pourra se dérouler sur une période de six mois minimum, correspondant à une initiation, à raison d’une séance de trois heures toutes les trois semaines environ.

La démarche d’analyse de la situation :

La situation, qui n’est pas préparée avant la séance, est un regard sur ce qui s’est passé suivi d’une analyse ; une situation qui a laissé des questionnements, dans le plaisir ou non ; une scène que l’on a vécue soi-même et que l’on souhaite mettre au travail.

    Chaque situation dure environ une heure comme suit :

  1. Récit d’un moment particulier et précis (étude de cas).
  2. Questions du groupe pour affiner le récit (compréhension).
  3. Petit à petit, des associations d’idées et métaphores sont exprimées par les membres du groupe, ainsi que des constructions d’hypothèses de compréhension.
  4. L’exposant-e a la possibilité de répondre ou non et de s’exprimer à chaque fois s’il/elle le souhaite.

Il ne s’agit pas de trouver des solutions mais d’accompagner l’exposant-e dans sa parole et dans l’élargissement de sa vision de la situation. Il/elle trouvera ensuite ses propres solutions. C’est le contre-transfert du/de la professionnel/le qui est utilisé. Le groupe réfléchit donc sur le transfert du sujet qui expose, pour majorer son acte professionnel et ne pas le sortir de sa pratique. Pour autant, on peut s’autoriser à aller assez loin dans les associations personnelles, les liens avec l’histoire personnelle de l’exposant-e et sur la question de l’inconscient.

A la séance suivante, la situation est reprise pendant environ une heure, pour travailler à nouveau sur ce qui a été agité et poursuivre ainsi le travail engagé : où étaient les peurs, les angoisses, les tensions ? Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le temps méta :

Un temps de parole sera parfois animé en début ou fin de séance pour que celles et ceux qui le souhaitent puissent exprimer leurs sentiments par rapport à ce qu’ils/elles vivent et ressentent au sein de ce groupe.

Les règles indispensables :

Bienveillance et non jugement. Confidentialité : c’est une parole de l’instant, qui appartient au groupe ; l’anonymat des personnes doit être respecté ; on parle plutôt de soi. Restitution : pendant la pause et à la fin de la séance, personne n’en parle plus. Si on continue à en parler, on s’engage à le restituer au groupe la semaine suivante. Ne pas écrire : il n’y a aucune prise de notes pendant les séances pour être le plus en contact avec ce que l’inconscient a retenu, par associations libres, comme en psychanalyse.

L’évaluation :

Des temps méta à la fin de certaines séances. Une évaluation collective à mi-parcours et en fin de parcours.


1 Si les participant-e-s ne sont pas volontaires, les souvenirs d’enfance et d’adolescence ne seront pas recherchés, sans pour autant les inhiber chez les personnes qui le souhaiteraient. Les dimensions personnelles seront explorées au travers de l’expression des émotions actuelles et les dimensions institutionnelles seront analysées (organisation, interactions, systèmes, acteurs). Ce travail permet de favoriser une prise de distance qui permet de trouver ses propres solutions dans l’après-coup en fonction de sa personnalité, de l’institution, des situations rencontrées et du moment.2
2 Michaël BALINT (1896-1970) a inventé les groupes d’analyses de pratiques professionnelles dans les années 50. « Médecin et psychanalyste anglais d’origine hongroise, Michael Balint, de son vrai nom Mihaly Bergsmann, effectua d’abord des études de médecine en Hongrie, avant de s’intéresser, par l’intermédiaire de sa future femme, Alice, à la psychanalyse freudienne. Installé à Berlin, Michaël Balint entame une analyse avec Hanns Sachs à l’institut de psychanalyse de Berlin, analyse qu’il continuera avec Sandor Ferenczi à Budapest, avant de s’exiler définitivement en Angleterre. Michaël Balint est surtout connu pour avoir développé ce que l’on a appelé les groupes Balint, au sein desquels médecins et psychanalystes se réunissaient afin d’échanger des études de cas (case work) qu’il s’agissait de commenter librement. Cette pratique connût un réel succès partout en Europe et, particulièrement, en Angleterre et en France ». in Portrait de psychanalystes. BALINT Michael. 2002. [en ligne]. Paris : Abréactions associations. http://www.psychanalyse-paris.com/BALINT-Michael.html (dernière consultation en octobre 2011).
3 Claudine Blanchard-Laville – professeure émérite à l’université de Paris Ouest Nanterre – anime des groupes d’analyse de la pratique professionnelle, notamment dans le cadre de la formation des enseignant-e-s. Elle a coordonné plusieurs ouvrages collectifs sur l’analyse des pratiques professionnelles.
4 D’après une expression de Françoise Hatchuel – maîtresse de conférence à l’université de Paris Ouest Nanterre.
5 « Désigne, en psychanalyse, le processus par lequel les désirs inconscients s’actualisent sur certains objets dans le cadre d’un certain type de relation établi avec eux et éminemment dans le cadre de la relation analytique. Il s’agit là d’une répétition de prototypes infantiles vécue avec un sentiment d’actualité marqué ». in LAPLANCHE J. PONTALIS J.-B. 1967/ 2002 (3ème édition). Vocabulaire de la psychanalyse. Paris : Quadrige.
6 Au sens du sujet de l’inconscient Freudien. « Au sens « topique », inconscient désigne un des systèmes définis par Freud dans le cadre de sa première théorie de l’appareil psychique : il est constitué de contenus refoulés qui se sont vu refuser l’accès au système préconscient-conscient par l’action du refoulement (refoulement originaire et refoulement après-coup) ». in LAPLANCHE J. PONTALIS J.-B. 1967/ 2002 (3ème édition). Vocabulaire de la psychanalyse. Paris : Quadrige.
7 Méta – Elément, du grec meta, exprimant la succession, le changement, la participation, et en philosophie et dans les sciences humaines “ce qui dépasse, englobe” (un objet, une science) : métalangage, métamathématique. In Le nouveau petit Robert de la langue française. 2009.

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isabelle HARDY

Formatrice
Analyste de Pratiques Professionnelles
Membre du Réseau d'intervenants en Analyse des pratiques et Supervision d'équipes APP
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